Plusieurs centaines de milliers de personnes déplacé·es au Liban, Smotrich promet que le sud de Beyrouth “ressemblera à Khan Younis”

L’armée israélienne poursuit son agression sur le Liban, faisant au moins 123 morts depuis lundi, et déplaçant de force des centaines de milliers de personnes.

Par l’Agence Média Palestine, le 6 mars 2026


“Les banlieues sud [de Beyrouth] ressembleront à Khan Younis.” C’est la sombre promesse du ministre israélien des finances, Bezalel Smotrich, lancée depuis le long de la frontière libanaise. Un rappel, si besoin était, de la continuité entre le génocide commis par Israël à Gaza et cette nouvelle campagne militaire au Liban.

Au moins 123 mort·es en 4 jours

Le bilan des attaques israéliennes contre le Liban s’élève à au moins 123 mort·es et 683 blessé·es depuis lundi, selon le décompte du ministère libanais de la Santé publique annoncé hier, jeudi 5 mars au soir. Un bilan qui continuera de s’alourdir dans les prochaines heures, alors qu’Israël a revendiqué “26 vagues de frappes dans la banlieue de Beyrouth” au cours de la nuit. 

Les autorités libanaises rapportent en outre que d’autres frappes nocturnes israéliennes ont ciblé les localités de Srifa, d’Aïta El-Chaab, de Touline, d’Al-Sawana, et de Majdal Selem, dans le sud du Liban. Tôt ce matin, une nouvelle frappe israélienne a visé le village de Dours, en périphérie de Baalbek, dans l’est du pays, et de nouvelles frappes sont rapportées sur la banlieue de Beyrouth.

Ces nouvelles agressions ré-ouvrent un front de la guerre expansionniste israélienne, enterrant définitivement le cessez-le-feu conclu en novembre 2024. L’armée israélienne fait peser la menace d’attaques terrestres, prétendant vouloir créer une “zone tampon” au-delà de sa frontière.

Sur le média sraélien I24, le chef de l’opposition israélienne Yair Lapid a déclaré que les villages du sud du Liban devraient être évacués afin de créer ce qu’il a qualifié de « zone stérile » le long de la frontière, quitte à « raser deux ou trois villages libanais », comparant cette stratégie à la « ligne jaune » à Gaza.

Pour l’organisation Human Rights Watch (HRW), l’ordre d’évacuation forcée émis par Israël à des centaines de milliers d’habitant·es du sud du Liban « soulève de sérieux risques de violations du droit de la guerre ».

« Appeler toutes les personnes vivant au sud du [fleuve] Litani à évacuer immédiatement soulève de graves questions juridiques et humanitaires et fait craindre pour la sécurité des civils », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur au Liban pour HRW, dans un communiqué.

« Comment les personnes âgées, les malades et les personnes handicapées vont-elles pouvoir évacuer immédiatement ? Et comment leur sécurité sera-t-elle garantie lorsqu’ils partiront ? »

Un million de déplacé·es?

Jeudi, Israël a ordonné aux habitant·es de quatre quartiers de la banlieue sud de Beyrouth d’évacuer immédiatement et de se diriger vers le nord et l’est de la capitale.

C’est la première fois depuis 2006 qu’Israël dépeuple de force des quartiers entiers de la banlieue connue sous le nom de Dahiyeh, où résident entre 600 000 et 800 000 personnes. Les banlieues sud de Beyrouth ne sont pas uniquement peuplées de Libanais, mais aussi de réfugié·es syriens et palestiniens.

Des images de la capitale libanaise montrent des embouteillages monstres et des foules de familles évacuant à pied suite à la menace israélienne. Si le gouvernement libanais a annoncé avoir ouvert des centres d’accueil d’urgence et incite la population à se déplacer vers le Nord, une grande partie des personnes évacuées ne dispose pas de moyen de transport. 

Zeina Khodr, en reportage à Beyrouth pour Al Jazeera, rapporte que la crise humanitaire s’aggrave rapidement. « Il n’y a pas assez d’écoles pour accueillir les centaines de milliers de personnes qui ont été contraintes de fuir leurs maisons après la menace d’évacuation forcée de la banlieue sud de Beyrouth lancée hier par Israël », explique-t-elle. « Les gens nous disent : ‘Nous ne sommes pas des animaux, nous sommes des êtres humains, nos enfants ont froid’ ».

Les travailleurs humanitaires font état d’une panique générale et de déplacements massifs, les familles trouvant refuge dans les écoles pour tenter d’échapper aux frappes aériennes meurtrières et aux ordres d’évacuation forcée ; ils estiment à plus d’un million le nombre de personnes déplacées.

Le directeur de l’organisation humanitaire libanaise Islamic Relief, Akram Sadeq, affirme que les frappes aériennes sont encore plus violentes que celles de la guerre de 2024, qui avait causé des destructions massives et fait de nombreuses victimes civiles dans tout le pays :

« On s’attend à ce qu’un million de personnes fuient leurs maisons, et l’afflux de personnes du sud du Liban vers le nord est massif. La situation est très tendue. Les gens fuient le sud à cause des frappes aériennes israéliennes et des ordres d’évacuation, mais ce qu’ils redoutent encore plus, c’est la possibilité d’une invasion terrestre.”

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