Des colons ont ligoté et passé à tabac des Palestinien.nes et des militant.es dans la communauté pastorale de Humsa, tout en agressant sexuellement un homme, dans le cadre d’une vague d’attaques dans la région.
Par Oren Ziv, le 17 mars 2026

À l’entrée de la tente où des colons israéliens se sont rassemblés et ont frappé des habitants et des militants, dans la communauté pastorale de Khirbet Humsa, dans la vallée du Jourdain, le 13 mars 2026. (Oren Ziv)
Dans la nuit du 12 mars, des colons israéliens ont fait irruption dans l’enceinte résidentielle de la famille Abu Al-Kbash, dans la communauté pastorale palestinienne de Khirbet Humsa, au nord de la vallée du Jourdain. Ils ont ensuite forcé les résident.es et les militant.es de la présence internationale de protection à entrer dans une tente, où ils.elles ont été ligoté.es et maltraité.es pendant environ une heure.
Selon des témoins, une dizaine d’adultes et sept enfants ont été retenu.es à l’intérieur de la tente. Les assaillants les ont frappés à coups de matraque, leur ont versé de l’eau froide dessus, les ont menacés et ont agressé sexuellement l’un des résidents. Quatre Palestinien.nes et deux militant.es internationaux.ales ont ensuite été transportés à l’hôpital de la ville voisine de Tubas.
Cette attaque survient dans un contexte d’escalade de la violence et des déplacements dans le nord de la vallée du Jourdain, où les communautés pastorales palestiniennes subissent une pression croissante de la part des colons israéliens et de l’armée. Rien que ces dernières semaines, au moins quatre communautés de la région ont été contraintes de quitter leurs foyers. Ces violences ont également donné lieu à des incidents mortels impliquant les forces israéliennes. Tôt dimanche matin, dans le village de Tammun, quatre membres de la famille Bani Odeh — Ali, 37 ans ; sa femme Wad, 35 ans ; et leurs fils Othman, sept ans, et Muhammad, cinq ans — ont été abattus alors qu’ils revenaient de Naplouse, où ils s’étaient rendus pour faire des achats en vue de l’Aïd al-Fitr, sans savoir qu’une unité israélienne en civil opérait dans le village.
Avec une vingtaine d’habitant·es, Khirbet Humsa est l’une des rares communautés encore présentes dans la région. Les colons pénètrent sur ses terres presque quotidiennement, tandis que l’armée arrête fréquemment des Palestinien.nes qui font paître leurs moutons dans des zones que les colons revendiquent comme leur appartenant.
Selon quatre témoins qui se sont confiés à +972 — tous ayant demandé à rester anonymes par crainte de représailles —, l’attaque a commencé tard dans la nuit et a impliqué des dizaines de colons. A., âgé d’environ 40 ans, a déclaré qu’un groupe important était arrivé à la première maison du village vers 1 heure du matin.
« J’ai essayé de m’enfuir, mais ils m’ont rattrapé, m’ont frappé, m’ont entaillé la main avec un couteau et m’ont attaché les mains et les pieds avec des attaches en plastique », a-t-il déclaré à +972, en montrant les marques laissées sur ses bras et ses jambes. « Ils étaient tous masqués, sauf un. Nous l’avons reconnu. » Un autre groupe de colons a pris d’assaut les enclos à moutons. « Ils ont ouvert les enclos et ont libéré les moutons », a-t-il dit. « D’autres sont allés voir mes frères, les ont battus et leur ont versé de l’eau froide dessus. »
Les assaillants, armés de gourdins et de couteaux, ont forcé les habitant·es à entrer dans une tente au centre de la communauté. « Ils nous ont rassemblés dans une seule pièce — hommes, femmes et jeunes enfants », a déclaré A. « Personne n’est resté dehors. Ils nous ont jetés les uns sur les autres sur le sol en béton. Ils ont ligoté les femmes aussi et ont continué à nous frapper. »
Selon A., certains des assaillants parlaient arabe. « Ils ont dit : “Aujourd’hui, nous prenons vos moutons, mais la prochaine fois que nous viendrons, nous brûlerons les maisons, tuerons les enfants et violerons les femmes.” »
D., un autre habitant, a déclaré avoir entendu la même menace. « Ils m’ont poussé contre un poteau en fer, m’ont traîné dans la tente et m’ont frappé », a-t-il déclaré.
Un autre habitant, H., a décrit les violents coups qu’il a reçus à la tête, aux bras et au ventre avant d’être ligoté. « Quand j’ai commencé à perdre connaissance, ils m’ont aspergé d’eau froide », se souvient-il. « Pendant ce temps, l’un d’eux m’a pris ma montre-bracelet. »
Les assaillants ont également pris les téléphones portables des habitants — l’un d’entre eux a été retrouvé à proximité le lendemain — et ont endommagé les caméras de sécurité ainsi qu’un routeur Internet.
Même dans le contexte de la violence systématique et bien documentée des colons en Cisjordanie, cet incident était d’une gravité inhabituelle, rappelant les événements de Wadi Al-Siq du 10 octobre 2023, lorsque des colons et des soldats avaient attaqué des Palestinien.nes et des militant.es de solidarité et agressé sexuellement plusieurs victimes. Dans une démarche rare, l’armée israélienne a par la suite dissous l’unité « Desert Frontier », qui avait recruté des jeunes des collines pour servir en Cisjordanie.
« Tout ce que nous entendions, c’étaient des cris et des hurlements »
Dans un témoignage écrit envoyé à +972, une militante internationale d’une vingtaine d’années qui séjournait à Khirbet Humsa dans le cadre d’une initiative de présence protectrice a décrit l’attaque et les violences sexuelles dont elle a été témoin.
« Avant d’atteindre la tente où nous étions retenus, nous avons vu des colons commettre collectivement une agression sexuelle brutale sur quelqu’un », a-t-elle noté. « C’était l’une des pires choses que j’aie jamais vues. Tout le temps qui a suivi, j’ai pensé que nous allions être violé·es. »
Elle a témoigné que le raid avait commencé alors qu’elle dormait chez une famille locale, peu avant qu’elle ne doive se réveiller pour prendre son quart de garde de nuit. « Le père de famille et moi nous sommes réveillés vers 1 h 20 du matin, lorsque mon amie nous a crié de nous lever », se souvient-elle. « Nous avons immédiatement été encerclé·es et piégé·es dans la tente par environ six colons israéliens masqués, armés de lourds bâtons en bois.
« Ils nous ont tous les trois jetés·e à terre, nous frappant au visage à coups de poing et de matraques. Ils nous ont attaché les mains et les pieds avec des attaches en plastique et hurlaient des choses comme : “On va vous tuer.” Ils ont baissé le pantalon du père palestinien, l’ont aspergé d’eau et l’ont brutalement roué de coups dans la boue. »
« Tout ce qu’il pouvait faire, c’était se recroqueviller en position fœtale et hurler pendant qu’ils le frappaient avec leurs gourdins », a-t-elle déclaré. « D’autres ont fouillé nos sacs, volant nos portefeuilles et nos passeports. Une fois qu’ils ont trouvé nos téléphones, ils ont traîné mon amie dehors par les chevilles car elle ne pouvait pas se tenir debout à cause des attaches. Ils m’ont tirée vers le haut et m’ont traînée hors de la tente par les cheveux. Ils ont poussé le père dehors, pieds nus.
« Une fois à l’air libre, ils ont continué à frapper le père palestinien avec leurs matraques, lui assénant des coups sur l’œil gauche. L’un d’eux me tenait par les cheveux et m’attrapait sans cesse l’oreille, tirant vers le bas comme s’il essayait de me l’arracher. » Dehors, des dizaines de colons se déplaçaient dans la communauté.
« Ils nous ont ensuite poussés tous les trois, tout en nous frappant avec leurs matraques », a-t-elle déclaré. Nous avons vu le troupeau de moutons de la famille se disperser et une trentaine de colons israéliens illégaux courir partout en frappant le reste de la famille palestinienne. On n’entendait que des cris et des hurlements. »
Les colons les ont finalement forcés à entrer dans une autre tente où le reste des résident·es était retenu. « Ils nous ont poussés tous les trois à terre dans la tente avec d’autres hommes palestiniens. Ils nous frappaient et nous donnaient des coups de pied par intermittence, les Palestinien.nes recevant les coups les plus brutaux. »
À côté d’elle gisait un membre âgé de la famille. « Il était recroquevillé en position fœtale, attaché avec des liens en plastique, avec une entaille sanglante sur sa joue enflée, et semblait inconscient », a-t-elle déclaré.
Environ sept enfants se trouvaient également dans la tente, rassemblés au fond et « forcés de regarder », a-t-elle ajouté. « Ils gémissaient. Si les enfants se mettaient à pleurer, les colons leur criaient dessus et allaient vers eux pour les effrayer. »
À un moment donné, les assaillants lui ont jeté un tissu sur le visage tout en continuant à frapper les personnes à l’intérieur. « Ce que j’ai entendu quand ils m’ont jeté le tissu sur le visage — ce qui m’a aidée à supporter cette horreur —, c’était les enfants qui priaient avec constance à voix basse », a-t-elle déclaré. « Chaque fois que l’un d’entre eux se mettait à pleurer, les autres essayaient de le faire taire avant que les colons ne s’approchent d’eux. Puis ils reprenaient rapidement leur prière silencieuse ou leurs gémissements. »
Les assaillants ont également menacé les militant·es directement. « Ils ont crié à mon ami et à moi de retirer nos bagues, en disant : “Je vous casserai les doigts si vous ne les enlevez pas plus vite” », a-t-elle déclaré. À un moment donné, ils ont versé de l’eau sur les personnes à l’intérieur de la tente. « Au début, j’ai cru que c’était de l’essence », se souvient-elle. « J’ai commencé à penser que nous allions être brûlés vifs dans la tente avec la famille palestinienne.
« Quelqu’un a déchiré ma veste avec un couteau, en coupant de mon aisselle gauche jusqu’à ma hanche », a-t-elle ajouté. « Un colon a commencé à tripoter ma ceinture et j’ai crié parce que je pensais qu’ils allaient me violer. »
Peu après, les assaillants sont partis brusquement. « Ils ont coupé tous nos liens en plastique, ont roulé mon ami par-dessus l’un des autres hommes palestiniens au sol, puis se sont retirés », a-t-elle déclaré.
Samedi, au lendemain de l’attaque, quatre des victimes qui avaient été hospitalisées sont rentrées chez elles, bien que plusieurs résidents aient encore besoin de soins supplémentaires. Des proches venus de toute la Cisjordanie sont arrivés pour soutenir la famille.
La police, l’armée et les forces du Shin Bet se sont rendues sur les lieux samedi matin et ont recueilli les témoignages des résident·es — une démarche rare en Cisjordanie, reflétant peut-être la gravité inhabituelle de l’agression. Pourtant, de nombreux résidents ont exprimé leur scepticisme quant à la possibilité que les agresseurs soient tenus pour responsables.
« Si un Palestinien jette une pierre, ils l’arrêtent immédiatement », a déclaré un proche venu rendre visite. « S’ils voulaient arrêter les agresseurs, ils pourraient le faire en une minute. » Dans un communiqué conjoint, la police et l’armée ont déclaré que des forces avaient été dépêchées au village après avoir reçu des informations faisant état d’une agression et du vol de moutons. Elles ont indiqué que les enquêteurs avaient recueilli des témoignages et des preuves sur les lieux et qu’une enquête sur l’incident était en cours, ajoutant que les forces de sécurité « condamnaient fermement les incidents de violence et de criminalité ».
Quand un commandant militaire parle « comme un colon »
Quelques jours avant l’attaque à Khirbet Humsa, les habitants de plusieurs communautés pastorales palestiniennes du nord de la vallée du Jourdain affirment qu’un officier supérieur de l’armée israélienne les a exhortés à quitter leurs foyers.
Lors d’une visite le 8 mars, le colonel Gilad Shreiki, commandant de la brigade régionale de la vallée du Jourdain de l’armée israélienne, a déclaré aux habitant·es qu’ils « se trouvaient sur une terre juive » et qu’ils « auraient tout intérêt à partir ». Il a également averti qu’une « barrière de sécurité » de 23 kilomètres qu’Israël est en train de construire dans la vallée « rendrait leur vie plus difficile », selon plusieurs témoins.
Les habitant.es palestinien.nes ont qualifié ces propos d’exceptionnellement explicites pour un officier supérieur de l’armée. Alors que les colons disent fréquemment aux Palestinien.nes qu’ils ont l’intention de les expulser de leurs terres, les responsables de l’armée formulent généralement ces pressions en termes juridiques ou de sécurité.
Shreiki a visité les communautés de Khirbet Samra, Khallet Makhoul, Ein Al-Hilweh, Hammamat Al-Malih et Al-Farisiya, toutes situées dans la zone C de la Cisjordanie, qui est sous contrôle total d’Israël. Ces dernières années, ces communautés ont été confrontées à une escalade du harcèlement et de la violence de la part des colons, souvent avec le soutien de l’armée.
Près de Khirbet Samra, des colons ont établi le mois dernier un nouveau poste avancé qui, selon les habitant·es, sert depuis de base pour des incursions dans la communauté. À Hammamat Al-Malih, des colons ont mené des raids dans le village pendant trois nuits consécutives cette semaine, blessant des habitant·es et des militant·es et endommageant des véhicules. À Al-Farisiya, les forces israéliennes ont arrêté un habitant après que des colons l’aient accusé de faire paître ses moutons dans une zone de tir voisine. D., un habitant de l’une de ces communautés, a déclaré que Shreiki lui avait dit que sa famille vivait sur des « terres juives » et lui avait suggéré de déménager dans la ville palestinienne voisine de Tubas. Lorsque D. a répondu que sa famille vivait là depuis des générations, Shreiki l’a averti que sa maison risquait d’être démolie et lui a demandé : « N’as-tu pas peur pour tes enfants ? »
Shreiki a déclaré que la zone était une zone de tir militaire où l’armée mène des exercices de tir réel. Mais dans la pratique, ont noté les habitants, les colons font régulièrement paître leurs troupeaux sur ces mêmes collines sans être inquiétés. Les communautés que Shreiki a visitées ne sont pas situées dans une zone de tir active, et la zone voisine est en grande partie inactive.
Par ailleurs, près du domicile de Shreiki, dans la colonie de Gitit, un avant-poste de colons connu sous le nom de « ferme d’Itamar Cohen » se trouve à l’intérieur de la zone de tir 904A. Dans toute la région, d’autres avant-postes ont été établis à l’intérieur ou à proximité des zones de tir. Dans les faits, les colons ont pris le contrôle de ces zones tandis que les communautés palestiniennes en sont chassées.
La « barrière de sécurité » mentionnée par Shreiki est un mur de séparation prévu qui annexerait de fait des dizaines de milliers de dunams de terres et isolerait davantage ces communautés des villes palestiniennes de Tammun et Tubas.
Au cours de leur conversation, D. a déclaré que Shreiki lui avait demandé s’il préférerait vivre du côté israélien de la barrière une fois celle-ci achevée. « Je lui ai dit que ce n’était pas un problème », a déclaré D. « Même aujourd’hui, j’ai du mal à me rendre dans ces villes. »
Selon D., le commandant de brigade a également demandé aux militants internationaux et israéliens assurant une présence de protection dans la région de partir. « C’est la première fois qu’un officier de l’armée de ce rang vient ici et nous parle ainsi », a-t-il ajouté. « C’est le langage qu’utilisent les colons. » Un autre habitant, A., âgé de 23 ans, né et élevé dans une communauté voisine visitée par Shreiki, a déclaré que le commandant l’avait également exhorté à partir.
« “C’est une honte pour vos enfants de vivre ici ; c’est dur, la vie n’est pas belle” », se souvient A. « J’ai répondu que nous vivions bien ici, que c’était notre terre et que nous avions un titre de propriété. Il a dit que c’était une terre israélienne — que tout cela faisait partie de la zone C. J’ai dit : “Très bien, si vous dites qu’elle appartient à Israël, je vivrai sur une terre israélienne.” Il a répété que je devais partir. »
Dans une troisième communauté, Shreiki a montré aux habitants la zone restreinte où, selon lui, ils étaient autorisés à faire paître leur bétail – uniquement les terres disposant de titres de propriété officiels –, alors que les terres ouvertes environnantes sont utilisées librement par les colons pour le pâturage.
« Cette montagne-là – c’est interdit », se souvient B., un habitant, l’avoir entendu dire. Comme d’autres habitants interrogés par +972, B. a déclaré que le commandant « parlait exactement comme un colon ».
« Il a dit qu’ils construisaient une clôture et que nous devrions aller là-bas [de l’autre côté], que c’était mieux là-bas », a déclaré B. « Il m’a dit que si j’avais de la famille à Tubas, je ne les reverrais peut-être plus. Mais même aujourd’hui, je vois plus souvent les militants [de la présence de protection] que ma famille là-bas. »
Les habitant.es ont déclaré avoir également été avertis par Shreiki que leurs maisons pourraient bientôt être démolies. « Il a dit que les maisons nécessitaient des permis », a déclaré un autre habitant, « et que dans une semaine ou un mois, il viendrait les démolir, donc qu’il valait mieux que nous allions à Tubas. »
En réponse à la demande de renseignements de +972, l’armée israélienne a déclaré que la visite du commandant de brigade visait à « donner aux communautés un sentiment de sécurité » et que l’armée était « responsable de la sécurité de tous les habitants de la région ».
Traduction pour l’Agence Média Palestine : L.D
source : +972 Magazine



