Interpellation de Nicolas Shahshahani : une nouvelle étape dans la répression du mouvement pro-palestinien en France

Par l’Agence Média Palestine, le 19 mars 2026

L’interpellation de Nicolas Shahshahani, vice-président de l’organisation EuroPalestine, relance le sujet du durcissement du traitement judiciaire des militants pro-palestiniens en France. Âgé de 78 ans et malade sous traitement strice, le militant a été interpellé à son domicile lors d’une perquisition tonitruante le 17 mars avant d’être placé en garde à vue dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme », avant d’être déféré devant le parquet. Il sera jugé le 9 septembre 2026.

Une interpellation à l’aube

Six heures du matin. Huit policiers cagoulés font irruption au domicile de Nicolas Shahshahani. Sa compagne, Olivia Zémor, présidente d’EuroPalestine, décrit une scène brutale : « Les policiers immobilisent Nicolas, m’interdisant de m’approcher de lui. Puis se mettent à fouiller la maison mettant nos affaires sens dessus dessous. » Elle dénonce également un commentaire tenu lors de la perquisition : « un des policiers se permet de dire “Ils n’ont pas l’air d’aimer les juifs”, avant de savoir que nous sommes juifs et que je lui fasse remarquer son amalgame dangereux entre juifs et politique israélienne. » Lors de la fouille du domicile, aucun élément incriminant n’a été découvert : « Ni armes, ni drogue trouvées, mais deux keffiehs brandis comme des trophées ! », ironise la militante. Elle ajoute que son compagnon a été emmené sans pouvoir prendre ses médicaments : « En l’emmenant sans lui laisser prendre ses médicaments […] ils ont le culot de me dire “On vous le ramènera mercredi”. »

Une procédure disproportionnée

Elsa Marcel, avocate de Nicolas Shahshahani, jointe par l’Agence Média Palestine, critique vigoureusement l’intervention policière : « Ce qui est complètement délirant c’est la disproportion des moyens utilisés […] huit policiers cagoulés qui ont tout cassé chez eux […] ils auraient pu le convoquer en audition, il n’y avait aucune raison d’employer ces méthodes-là. » L’avocate insiste sur la situation médicale du militant et décrit une procédure lourde pour des faits mineurs : « Tout cela pour un extrait d’un discours lors d’une manifestation le 7 octobre 2025 […] trois phrases qui ne posent aucune difficulté. »

Joint par l’Agence Média Palestine, Nicolas Shahshahani revient sur son arrestation. Il confirme : « Les policiers ont mon numéro de téléphone, mon adresse, ils auraient très bien pu me convoquer. Au lieu de ça ils sont venus à huit, l’arme au poing, c’est évidemment un choix de leur part. » Il décrit ensuite les objets saisis lors de la perquisition : « Un inventaire à la Prévert : un chapeau noir que je portais lors du rassemblement, un sweatshirt avec écrit dessus “Free Palestine”, des keffieh, quelques autocollants et un livre. Ils ont tout mis sous scellés. » Sur son état de santé, il dénonce une prise en charge défaillante : « Ils ont refusé que je prenne mes médicaments. Je n’ai eu ma dose du matin qu’à 17h. Ensuite mes médicaments ont été perdus lors des transferts. Mes besoins médicaux ont été négligés. » En tout, l’homme a subi 36 heures de détention, plusieurs auditions et un déferrement au parquet. Il a été libéré le 18 mars en fin d’après-midi. Le parquet avait initialement requis un pointage régulier au commissariat et une interdiction de manifester, mais il n’a pas été suivi par le juge des libertés. 

Dès le 17 mars, EuroPalestine a appelé un rassemblement de soutien devant le tribunal judiciaire de Paris le jour-même de l’interpellation. Un appel auquel ont répondu de nombreuses personnes et auquel s’est jointe l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) qui a dénoncé la multiplication des « procédures bâillons », la criminalisation de la solidarité avec la Palestine et une répression croissante des militants.

« L’apologie du terrorisme » au cœur des critiques

Au-delà de son cas personnel, Nicolas Shahshahani estime que la situation dépasse largement son propre dossier : « Je suis lucide : on est en présence d’une offensive de taille contre tous les soutiens du peuple palestinien, qui s’est aggravée terriblement depuis le 7 octobre 2023, avec un recours généralisé à cette loi sur l’apologie du terrorisme, que je considère comme scélérate. » Il décrit également un usage systématique de mesures policières lourdes : « Perquisitions, gardes à vue prolongées… là où il n’y a pas le début d’une justification. Je ne me cache pas, je ne vais pas fuir, j’ai toujours répondu aux convocations. Mais je ne suis pas le seul dans ce cas. En cellule, il y avait plusieurs jeunes gens arrêtés pour les mêmes raisons. »

Comme dans d’autres affaires récentes, les poursuites reposent sur la qualification d’« apologie du terrorisme ». Depuis octobre 2023, son usage est de plus en plus contesté : flou juridique sur la frontière avec la liberté d’expression, extension à des discours politiques liés à Gaza et la crainte d’un effet dissuasif sur la parole militante. Cette évolution s’inscrit dans le cadre de la circulaire du 10 octobre 2023 du garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti, appelant à une réponse pénale ferme et une vigilance accrue sur les discours liés au « conflit ».

Des affaires similaires, dont celle d’Omar Al Soumi, porte-parole d’Urgence Palestine, sont régulièrement citées par les organisations de défense des libertés publiques comme exemples d’une judiciarisation croissante du militantisme pro-palestinien. En juin 2025, Urgence Palestine, avec le soutien du Centre d’étude, de recherche et d’information sur les mécanismes à l’origine du maldéveloppement (CETIM), saisissait les mécanismes de protection des droits humains de l’ONU pour dénoncer la « mécanique répressive du gouvernement français » qui souhaitait dissoudre Urgence Palestine. Par un communiqué du 18 mars 2026, à l’occasion de la 61e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Urgence Palestine et le CETIM annoncent saisir à nouveau les mécanismes de protection des droits humains de l’ONU, pour dénoncer « la criminalisation et persécution » d’Omar Alsoumi.

Lire aussi : Arrestation d’Omar Alsoumi : une nouvelle attaque contre la solidarité

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut