La violence des colons et de l’armée d’occupation s’intensifie dans le silence international
Par l’Agence Média Palestine, le 31 mars 2026

Funérailles d’un adolescent de 15 ans tué par les forces israéliennes, Bethléem, 28 mars 2026 Photographe : Mosab Shawer
La semaine du 24 au 31 mars 2026 a été marquée en Cisjordanie par une intensification des opérations militaires israéliennes et des violences de colons. La communauté internationale reste quant à elle tournée vers la guerre israélo-américaine contre l’Iran. Raids nocturnes, expulsions forcées à Jérusalem-Est, destructions de terres agricoles et arrestations arbitraires se sont succédées sans interruption. Selon l’OCHA, le nombre de Palestinien·nes déplacé·es depuis le début de l’année dépasse déjà le total recensé pour l’ensemble de 2025.
Trois Palestiniens tués en une semaine
Le 30 mars 2026, un jeune Palestinien a été tué par les forces israéliennes dans le village de Kharsa, au sud-ouest d’Hébron. Selon WAFA, les soldats ont empêché les secours d’accéder au blessé, confisqué les clés des ambulances jusqu’à son décès, puis emporté son corps vers une destination inconnue. L’OCHA recense deux autres morts cette semaine : l’un tué par des colons près de Bethléem, l’autre par les forces israéliennes dans le camp de Qalandia. Depuis le 7 octobre 2023, le Bureau central palestinien des statistiques dénombre 1 116 civil.es tué.es en Cisjordanie et plus de 9 000 blessé.es.
Raids nocturnes de Ramallah à Qalqilya
Dans la nuit du 29 au 30 mars 2026, les forces d’occupation israéliennes ont mené des opérations simultanées dans plusieurs villages à l’est et au nord de Ramallah, notamment à Taybeh, Deir Jarir, Rammun, Deir Dibwan, al-Mazra’a, al-Sharqiya et Silwad. À Sinjil, elles ont protégé les colons qui débutaient des travaux de terrassement d’un nouvel avant-poste près d’Aghraba. Selon le journaliste Muhammad Ghafri, une route d’environ trois kilomètres reliant la colonie de Ma’ale Levona au site avait déjà été goudronnée. À Qalqilya, un jeune Palestinien a été agressé par des soldats près du mur de séparation.
Incendies, oliviers rasés, villages pris d’assaut
Depuis le déclenchement de la guerre contre l’Iran, les attaques de colons se multiplient à un rythme moyen de plus de six par jour, touchant près de quatre-vingt-dix communautés selon l’OCHA. Le 27 mars, à Beit Imrin, l’armée a tiré des gaz lacrymogènes pour couvrir des colons installant des tentes tandis que des coups de feu retentissaient.
Dans la région de Naplouse, environ 200 hectares d’oliviers centenaires ont été déracinés à Al-Lubban ash-Sharqiya. À Arraba, au sud de Jénine, 2,5 hectares supplémentaires ont été rasés au bulldozer. La famille de Jihad Musa a reçu un ultimatum de 48 heures avant la démolition de ses commerces et de sa maison. Entre Jaba et Sanur, des colons ont installé un nouvel avant-poste. Le 30 mars, des véhicules ont été incendiés et des slogans racistes anti-Palestiniens ont été inscrits sur des murs à Shuyukh al-Aroub, au nord d’Hébron, et à Nahalin, à l’ouest de Bethléem.
Expulsions et démolitions à Jérusalem-Est
Les forces israéliennes ont arrêté plusieurs Palestinien·nes après que ceux-ci ont été agressés par des colons. À Masafer Yatta, des colons ont détruit la clôture du terrain de Muhammad Musa Makhamra et lâché leur bétail dans ses arbres fruitiers. Lorsque Muhammad et ses deux fils, Luay et Laith, ont tenté d’intervenir, ils ont été violemment battus puis arrêtés. À Jérusalem, Atiya Abu Teir a été contraint de démolir lui-même 30 m² de son domicile à Umm Tuba — l’une des seize auto-démolitions recensées entre février et mars 2026. À Silwan, au moins quinze familles ont été expulsées du quartier de Batn al-Hawa, leurs logements remis à l’organisation de colons Ateret Cohanim. B’Tselem dénonce une politique de nettoyage ethnique fondée sur une loi de 1970 accordant aux seuls Juifs le droit de revendiquer des biens d’avant 1948. Le 26 mars, plus de deux cents ONG et l’Équipe humanitaire de l’ONU ont appelé Israël à cesser ces expulsions. Environ 900 personnes restent menacées dans ce seul quartier. Le 30 mars, des bulldozers ont démoli une maison et des murs d’enceinte dans le secteur d’al‑Bustan.
La mosquée d’Al‑Aqsa et la basilique du Saint‑Sépulcre : réactions internationales contrastées
Depuis le 28 février 2026, la mosquée Al‑Aqsa demeure fermée aux fidèles musulmans pour la trentième journée consécutive — une situation inédite depuis 1967, qui est restée sans réaction diplomatique majeure. Le 29 mars, la police israélienne a pour sa part brièvement empêché le cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, d’accéder au Saint‑Sépulcre avant la messe des Rameaux. Cet incident a aussitôt suscité des protestations officielles en Italie, en France et au Canada, tandis que seule la Jordanie a souligné dans le même temps la fermeture prolongée d’Al‑Aqsa.
Dans ce contexte de silence sélectif, des groupes extrémistes israéliens ont tenté d’introduire des animaux destinés au sacrifice sur l’esplanade du Haram al‑Sharif — site abritant la mosquée Al‑Aqsa et le Dôme du Rocher au cœur de la Vieille Ville de Jérusalem, troisième lieu saint de l’islam. Les autorités palestiniennes dénoncent ces actions comme une nouvelle étape dans la politique de judaïsation du lieu saint.
Des journalistes de CNN violemment attaqués par l’armée Israélienne
Le 26 mars 2026, une équipe du média étasunien CNN couvrant une attaque de colons israéliens près du village palestinien de Tayasir, en Cisjordanie occupée, a été détenue par des soldats de l’armée israélienne. D’après The Guardian, les soldats ont braqué leurs armes sur l’équipe de journalistes et sur des civils palestiniens, alors même que les journalistes avaient décliné leur identité professionnelle. Un soldat de la Force de Défense d’Israël (IDF) a ensuite saisi le photojournaliste Cyril Theophilos par derrière, l’a mis en clé d’étranglement et l’a projeté au sol, endommageant son matériel. L’Association de la presse étrangère (FPA), qui représente plusieurs centaines de journalistes couvrant Israël et la Palestine, a fermement condamné cet incident, le qualifiant d’agression violente contre des journalistes clairement identifiés. L’IDF a indiqué que les faits seraient examinés, son porte-parole international, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, précisant sur X que le comportement des soldats « ne représente pas l’IDF ». Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large : quelques jours auparavant, d’après l’Orient-le-jour, un producteur de CNN avait eu le poignet fracturé lors d’une agression qualifiée de non provoquée par des policiers israéliens à Jérusalem-Est. La FPA souligne que ces événements reflètent un « schéma profondément alarmant d’hostilité envers les médias ».



