Il faudra 10 milliards de dollars pour reconstruire le système de santé de Gaza, mais certains dégâts sont irréversibles

Il faudra au moins 10 milliards de dollars pour reconstruire le système de santé de Gaza, dévasté par plus de deux ans de guerre génocidaire menée par Israël, a déclaré vendredi l’Organisation mondiale de la santé.

Par l’Agence Média Palestine, le 28 avril 2026



Reinhilde Van de Weerdt, représentante de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les Territoires palestiniens occupés, a détaillé l’ampleur des destructions à Gaza lors d’une conférence de presse.

1 800 établissements de santé ont été partiellement ou totalement détruits par les frappes israéliennes, un chiffre qui inclut les laboratoires, les pharmacies, les cliniques et les centres de santé locaux. Les destructions ont en outre touché toutes les infrastructures sanitaires, de traitement des eaux et déchets, favorisant la prolifération de nuisibles et d’épidémies.

« 80 % des 1 600 sites d’hébergement des personnes déplacées présentaient une présence fréquente et visible de rongeurs et de nuisibles ; plus de 80 % de ces sites ont signalé des infections cutanées, telles que la rage, les poux et les punaises de lit », a déclaré Reinhilde Van de Weerdt.

Les restrictions imposées par Israël à l’aide d’urgence et aux fournitures ont entraîné une pénurie importante de médicaments et de matériel médical depuis 2023. Plus de la moitié des médicaments essentiels sont désormais indisponibles à Gaza, tandis qu’environ 70 % des fournitures médicales ont été épuisées, limitant considérablement la capacité des hôpitaux à procéder aux soins de base.

Le ministère de la Santé de Gaza a signalé qu’au moins six patient-es meurent chaque jour en raison d’un accès entravé aux traitements, que ce soit à cause des restrictions sur les approvisionnements ou du refus de délivrer des autorisations d’évacuation médicale.

Pour pallier cette situation et répondre à l’urgence, Reinhilde Van de Weerdt appelait vendredi à un plan d’investissement massif, de 10 milliards, sur 5 ans. Mais certains dommages humains sont irréparables.

Des blessures bouleversant la vie

Selon l’ONG Humanity & Inclusion UK, le nombre d’amputations pratiquées à Gaza a atteint des niveaux « sans précédent » pendant le génocide, et pourrait continuer d’augmenter alors qu’Israël continue de restreindre l’acheminement de l’aide médicale vers cette bande de terre dévastée, a averti une organisation humanitaire.

« Au plus fort du conflit, des rapports indiquaient que jusqu’à dix enfants par jour subissaient l’amputation d’une jambe ou des deux jambes. Même les chiffres les plus prudents font état d’un nombre exceptionnellement élevé d’amputations par rapport à la population de Gaza, ce qui place probablement ce territoire parmi les taux les plus élevés d’amputations liées à un conflit par habitant au niveau mondial », alerte le groupe.

L’OMS estime qu’entre 5 000 et 6 000 personnes à Gaza ont subi des amputations depuis le début du mois d’octobre 2025, date de l’entrée en vigueur du prétendu cessez-le-feu. 42 000 Palestinien-nes de Gaza ont subi au cours de ce génocide des blessures dites “bouleversant la vie” : qui auront un impact durable sur leur quotidien.

Outre les violations presque quotidiennes du “cessez-le-feu” par Israël, les munitions non-explosées représentent un grave danger pour les civils qui arpentent les ruines de Gaza, et en particulier les enfants. 

« En 2024, l’utilisation d’armes explosives à Gaza a laissé en moyenne 475 enfants par mois avec des handicaps pouvant durer toute leur vie, tels que des amputations, des brûlures graves, des fractures complexes et une perte auditive », indiquait en novembre dernier un rapport de l’ONG Save the children.

Le traumatisme, une souffrance silencieuse

Outre ces blessures physiques, les soignant-es de Gaza alertent sur les séquelles psychologiques du génocide, affirmant qu’au moins 1,1 million de personnes ont besoin de soins de santé mentale et d’un soutien psychosocial.

Un reportage d’Al Jazeera se penche sur des cas de mutisme observés chez de nombreux enfants, qui perdent soudainement leur capacité de parler.

« Ce sont des enfants qui ont été exposés à un traumatisme extrême et qui, sans aucune cause médicale, cessent de parler », explique la psychothérapeute pour enfants Katrin Glatz Brubakk. « Ce n’est pas un choix. C’est une réaction physique. »

« À un moment donné, le monde semble complètement imprévisible, et l’enfant est en danger imminent. Le corps dit : je ne peux pas lutter contre ça. Des gens peuvent mourir. Je peux mourir. La chose la plus sûre est donc de rester immobile, attendre que le monde redevienne sûr. »

Mais l’impact s’étend au-delà de la perte de la parole, ajoute la psychologue. « Si les enfants cessent de jouer et d’interagir, ils cessent d’apprendre et de se développer », dit-elle. « J’appelle cela des blessures de guerre cognitives. »

Un traumatisme prolongé maintient le cerveau en mode survie, tandis que les systèmes responsables de l’apprentissage et de la régulation émotionnelle sont inhibés. « Même lorsqu’un enfant semble s’être refermé sur lui-même, son système nerveux reste en état d’alerte maximale. Au fil du temps, cela a des effets très graves sur son développement. »

Interrogée par Al Jazeera, la psychologue ajoute qu’en 12 ans d’expérience, elle n’a jamais observé de situation similaire à celle de Gaza. Selon elle, la particularité tient au fait que la totalité de la population a été exposée au trauma, et ne dispose d’aucun espace de sûreté.

« Des bombes partout, tout le monde est touché, tout le monde est en danger : il n’y a aucun endroit sûr. (…) Il n’y a nulle part où aller. Et c’est cette combinaison qui rend les conséquences si graves. »

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

Retour en haut