Gaza, jour 934 : Israël a violé le prétendu “cessez-le-feu” 2 400 fois depuis octobre

Israël semble avoir encore accéléré ses violations du “cessez-le-feu” conclu en octobre dernier, dans l’une des semaines les plus meurtrières de ces derniers mois.

Par l’Agence Média Palestine, le 28 avril 2026



Alors que des médias israéliens rapportaient la semaine dernière que l’armée israélienne s’apprêtait à “reprendre” ses hostilités à Gaza “dès le mois prochain”, les Palestinien-nes craignent que le génocide, déjà loin de s’être arrêté avec le “cessez-le-feu”, ne s’accélère encore.

Israël a commis au moins 2 400 violations de ce prétendu “cessez-le-feu”, selon un décompte du Bureau des médias du gouvernement de Gaza, qui recense entre autres des frappes ciblées, des arrestations, le blocus et la privation de nourriture infligée aux habitant-es de Gaza.

Malgré des circonstances catastrophiques, des élections locales ont eu lieu samedi à Deir el-Balah, pour la première fois depuis 2006, dans un effort symbolique destiné à réaffirmer l’unité de la Palestine (voir notre article à ce sujet). Le taux de participation n’a pas dépassé 23 %, la commission attribuant ce faible chiffre à un registre civil obsolète ne reflétant pas l’ampleur des déplacements et des décès, et à une population palestinienne dont l’attention reste davantage tournée vers la survie que vers l’administration municipale.

Les évacuations médicales ont repris cette semaine, après avoir été suspendues au début du mois suite au meutre de Majdi Aslan, travailleur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) âgé de 54 ans, assassiné le 6 avril alors qu’il conduisait un véhicule de l’ONU visé par une frappe israélienne. 

La Société du Croissant-Rouge palestinien a annoncé ce matin, mardi 28 avril, l’évacuation de 47 personnes dont 24 patient-es et 23 accompagnateur-ices, via le point de passage frontalier de Rafah, dans le cadre des évacuations médicales coordonnées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Hier, 189 autres personnes ont également été évacuées, dont 81 patient-es et 100 accompagnateur-ices. 

Des meurtres quotidiens

Cette semaine a été marquée par certaines des frappes les plus violentes contre des infrastructures civiles et policières depuis le cessez-le-feu d’octobre. Selon le ministère de la Santé de Gaza, 40 Palestinien-es ont été tué-es entre le 20 et le 27 avril.

Parmi elles et eux figuraient trois policiers tués lors d’une frappe de drone à Khan Younis le 21 avril, cinq personnes (dont trois enfants) tuées lors d’une frappe aérienne dans la cour d’une mosquée à Beit Lahiya le 22 avril, et trois autres le lendemain, jeudi 23 avril, lors d’une frappe israélienne sur le camp de réfugié-es d’al-Maghazi.

Huit personnes ont été tuées lors d’une attaque contre un véhicule de police à Khan Younis le 24 avril. Une autre attaque à Gaza City a également coûté la vie à deux policiers le même jour. Deux autres personnes encore ont été tuées lors du bombardement d’une maison à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, faisant de ce vendredi 24 avril la journée la plus meurtrière de la semaine.

Trois Palestinien-nes dont un enfant ont été tué-es et d’autres blessé-es samedi 25 avis au soir, lors d’une frappe aérienne israélienne visant le quartier de Cheikh Radwan, au nord de la ville de Gaza. Un autre Palestinien a été assassiné par l’armée israélienne ce même jour dans le camp de Jabalia. Des sources médicales rapportent, en outre, le décès de deux autres personnes dont une enfant, des suites de blessures infligées par des attaques dans les jours précédents.

Al Jazeera rapporte, pour la journée du 26 avril, une personne tuée lors d’une frappe aérienne près du village d’al-Mughraq, dans le centre de la bande de Gaza, et deux autres tuées par des tirs et des bombardements près de la ville de Gaza. Les autorités sanitaires rapportent également le meurtre par des soldat-es israélien-nes d’une femme palestinienne de 40 ans à Khan Younis.

Un enfant palestinien a été tué et un autre blessé hier, lundi 27 avril par des tirs de l’armée israélienne à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza.

Ce matin, mardi 28 avril, un enfant de 9 ans a été tué lors d’une frappe aérienne israélienne à l’est de Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Plus tôt, une femme a été blessée par des tirs israéliens dans le nord de Gaza, au milieu de bombardements d’artillerie et de frappes visant plusieurs zones, notamment Beit Lahia et le camp de réfugié-es de Jabalia, ainsi que l’est de Khan Younis.

Quatre personnes ont été tuées cet après-midi dans un bombardement à l’ouest de la ville de Gaza, selon des sources locales. Les victimes ont été identifiées comme étant Iyad Al-Shanbari et son fils Salah Al-Shanbari, Shaaban Ayesh et Khaled Naim Abou Nahl, fils du  chef de la sécurité intérieure à Gaza Naim Abou Nahl, ce dernier étant dans un état grave.

Le nombre de Palestinien-nes tué-es depuis le cessez-le-feu du 11 octobre 2025 s’élève désormais à 822, tandis que le nombre total de blessé-es dépasse les 2 278. 

11 000 porté-es disparu-es

Durant cette même période, 761 corps ont été retrouvés sous les décombres, une goutte d’eau parmi les milliers de corps disparus au cours des deux années de bombardement génocidaire israélien.

Dans un communiqué relayé par l’agence de presse palestinienne WAFA, le ministère de la Justice palestinien a déclaré qu’une équipe de l’Autorité palestinienne chargée d’enquêter sur le sort de plus de 11 000 Palestinien-nes porté-es disparu-es à Gaza avait entamé ses travaux mardi.

Cette équipe représente selon le ministère une « initiative nationale fédératrice » visant à donner suite à la question des personnes disparues. Le ministère de la Justice a précisé que ce chiffre comprend des « milliers de victimes dont les corps reposent sous les décombres des bâtiments détruits » à Gaza, ainsi qu’un nombre inconnu de détenu-es incarcéré-es dans des prisons israéliennes sans reconnaissance officielle de leur détention.

Sur le terrain à Gaza, le travail s’annonce titanesque, les équipes médico-légale ne disposant pas de l’équipement lourd nécessaire pour récupérer les restes humains sous les bâtiments détruits.

À ces conditions extrêmes de recherche s’ajoute l’absence d’équipement d’identification, et notamment de recherche d’ADN. Les corps sont donc photographiés, documentés, puis transférés à la médecine légale, afin que ces images et données soient présentées aux familles pour tenter une reconnaissance visuelle. Une méthode douloureuse et peu efficace.

« À cause du temps passé sous les décombres, de la décomposition avancée, de la chaleur et de l’exposition aux animaux sauvages lorsqu’ils sont dans des zones à découvert, les corps perdent effectivement leurs traits distinctifs, expliquait en février dernier Mahmoud Ashour Abou Ahmad sur The Independant. “Cela rend l’identification extrêmement difficile, voire impossible. » (voir notre article à ce sujet)

Un chaos volontairement entretenu

On assiste à des violations et des atteintes quotidiennes contre la population : des frappes aériennes quotidiennes, des drones qui vrombissent sans cesse dans le ciel, et les blocs jaunes qui s’enfoncent toujours plus loin dans la bande de Gaza “, explique depuis Gaza la journaliste d’Al Jazeera Hind Khoudary, qui dénonce que l’armée israélienne continue d’étendre la “ligne jaune” en déplaçant progressivement les marqueurs de celle-ci.

“Cela signifie que davantage de personnes vont être abattues. Quiconque franchit ces blocs jaunes est abattu, ce qui restreint la liberté de circulation”, ajoute-t-elle.

L’analyste Ahemd Al-Tanani fait remarquer qu’Israël a ainsi étendu sa zone de contrôle de 37 km, détenant désormais 60 % de l’enclave, divisant de fait le territoire palestinien et restreignant considérablement la liberté de circulation, en violation flagrante de ses engagements en vertu de l’accord de « cessez-le-feu », selon lequel Israël retirerait progressivement ses troupes de Gaza.

Le Comité populaire de Gaza a pour sa part condamné « les attaques répétées contre la police palestinienne », les qualifiant d’« atteinte directe à la sécurité et à la sûreté des citoyens » (voir notre article à ce sujet). Des analystes soulignent que ces attaques risquent de démanteler les structures de gouvernance dont même le Conseil de paix a besoin pour fonctionner avant que la reconstruction ne puisse commencer, soupçonnant Israël de rechercher le chaos afin de rendre Gaza “inhabitable”.

Ces escalades coïncident avec la paralysie de l’autoproclamé “conseil de la Paix”, présidé par Donald Trump, qui devait superviser l’implémentation du cessez-le-feu et la reconstruction de Gaza.

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