Par Meriem Laribi pour l’Agence Média Palestine, le 28 avril 2026
Depuis l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2025 à Gaza, violé chaque jour par Israël, l’armée israélienne multiplie les attaques meurtrières contre la police palestinienne chargée des postes de sécurité, des points de contrôle, du maintien de l’ordre et de la protection des biens publics et privés.

Ces attaques se sont intensifiées ces derniers jours. Dans la nuit du 24 au 25 avril 2026, un véhicule de police dans le secteur de Mawasi, à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, a été ciblé par une frappe israélienne, faisant cinq morts. Une autre frappe de drone a tué le 24 avril deux policiers et en a blessé plusieurs autres près du commissariat de Sheikh Radwan, dans le nord-ouest de la ville de Gaza. L’attaque a eu lieu dans une zone densément peuplée, mettant directement en danger les civils. La veille, le 23 avril au soir, une frappe de drone a ciblé un point de contrôle de sécurité dans la région d’al-Maslakh, au sud-ouest de Khan Younis. Deux jours auparavant, le 21 avril dans la nuit, une frappe israélienne a touché un poste de sécurité au nord du quartier d’Al-Amal, dans l’ouest de Khan Younès, faisant quatre morts. Le 20 avril, un drone israélien a ciblé un rassemblement de personnel de sécurité près du rond-point de Joudeh dans le camp de réfugiés de Bureij, tuant un officier et en blessant un autre.
Le Centre palestinien pour les droits de l’homme (PCHR) de Gaza dénonce une « politique manifeste visant à saper l’autorité des forces de l’ordre et à créer délibérément un vide sécuritaire ». Fondée en 1995 par un groupe d’avocats et de militants palestiniens des droits de l’homme, cette organisation palestinienne indépendante alerte sur le fait que le ciblage de la police de Gaza a permis à des milices et à des groupes de collaborateurs de l’armée israélienne de pénétrer dans les zones de déplacement et d’y commettre de graves violations, notamment des enlèvements de civils et des attaques contre des biens, ainsi que de faciliter le pillage de l’aide humanitaire en l’absence de protection efficace. Le PCHR avertit que la poursuite de ce type d’attaques « menace non seulement des vies individuelles, mais sape également les fondements sociaux de la gouvernance et érode le droit de la population à la sécurité personnelle et à la protection juridique ».
« Les Israéliens essaient d’affaiblir la police afin de semer le chaos sécuritaire et arriver à une guerre civile à Gaza »
Le journaliste palestinien Rami Abou Jamous qui tient un journal de bord de Gaza sur le site Orient XXI alertait déjà sur cette situation dans sa dernière chronique publiée le 3 avril, intitulée « Si le Hamas est désarmé, c’est la guerre civile à Gaza. » Joint par l’Agence Média Palestine, il rappelle que depuis le cessez-le-feu d’octobre 2025, 31 policiers ont été assassinés. « Pourquoi les policiers ? Parce que les Israéliens veulent créer un chaos sécuritaire à Gaza. Ils ont vu que le Hamas était bien organisé, que la police est toujours là malgré les bombardements, qu’il y a des barrages, que les agents de police sont toujours dans leurs commissariats, ou bien à côté, qu’ils essayent d’établir et de faire respecter la loi », explique Rami Abou Jamous.
Selon ce journaliste palestinien, le dernier ciblage de policiers à Khan Younès a eu lieu après une bagarre entre deux familles avec des tirs d’armes à feu. Les policiers sont intervenus et ont arrêté deux ou trois membres de la famille à l’origine de la rixe. En rentrant vers leur commissariat, leur voiture a été ciblée par l’armée israélienne et tout le monde a été tué : les policiers et ceux qu’ils avaient arrêtés. Pour Rami Abou Jamous, ce ciblage est opéré à dessein : « cela engendre des tensions et crée une rancune entre la population et la police dans le but de provoquer un chaos sécuritaire à Gaza et de faire régner la loi de la jungle, la loi des grandes familles qui peuvent dominer dans le chaos. Il s’agit aussi de renforcer les milices qui sont à l’intérieur de la ligne jaune [zone définie et occupée par Israël à l’est de Gaza et interdite aux Palestiniens, sauf à certaines milices, NDLR] parce qu’à chaque fois que les miliciens essayent de rentrer ou d’attaquer des personnes à Gaza, la police ou la branche armée du Hamas sont toujours là pour les contrer. C’est pourquoi les Israéliens essayent d’affaiblir la police afin de semer le chaos sécuritaire et arriver à une guerre civile à Gaza. »
Le PCHR appelle la communauté internationale à « prendre des mesures urgentes pour mettre fin au ciblage des forces de l’ordre civiles, assurer une protection efficace des civils et ouvrir des enquêtes internationales indépendantes sur ces crimes, en vue de traduire les responsables en justice et de mettre fin à l’impunité ». La Direction de la police de Gaza a pour sa part appelé le Comité international de la Croix-Rouge à faire pression sur Israël pour qu’il cesse de cibler les forces de police civiles.
818 Palestinien.nes ont été tué.es et 2 235 blessé.es par Israël depuis le cessez-le-feu du 10 octobre, selon le ministère palestinien de la Santé dans la bande de Gaza.



