Un récit détaillé des horreurs que ma famille a vécues pendant la Nakba

Les travaux novateurs d’Eyal Weizman au sein de Forensic Architecture sont au cœur de son nouvel ouvrage,  Ungrounding : The Architecture of Genocide , qui aborde un sujet qui me préoccupe depuis longtemps : comment les colons sionistes ont détruit ma maison et construit un kibboutz sur mes terres.

Par Salman Abu Sitta, le 6 mai 2026. 

Salman Abu Sitta (au centre) dans le village d’Al-Ma’in avec sa famille, 1944. (Photo fournie par Salman Abu Sitta). 

Au sens littéral, l’architecture consiste à construire des habitations où vivre. Ce faisant, elle édifie en réalité un habitat humain dont les normes de cohabitation reflètent certaines valeurs. Ce processus s’appuie sur les codes éthiques qui unissent les personnes qui peuplent cet habitat.

Le terme « architecture médico-légale » a été inventé et utilisé par son brillant créateur, Eyal Weizman. Comme indiqué, il s’agit d’un organisme de recherche multidisciplinaire qui enquête sur la violence d’État, les violations des droits humains et la destruction de l’environnement à l’aide de techniques architecturales, d’analyses spatiales et de modélisation numérique. 

Le travail pionnier de Weizman est illustré dans son ouvrage Ungrounding: The Architecture of Genocide. Ce livre se lance dans une mission remarquable visant à faire évoluer l’image typique de l’architecture, faite de pierre et d’acier, vers une expression matérielle d’une société saine et bienveillante. 

Dès la première page, Weizman affirme clairement que « l’architecture, c’est la politique qui prend forme lentement. Un événement, c’est de l’architecture qui éclate en politique. »

Il considère le sol comme un organisme vivant, façonné par son relief, les précipitations et l’habitation humaine.

Ce livre m’a particulièrement attiré pour une raison bien précise : il comportait une section détaillée sur Al Ma’in, mon lieu de naissance. Le livre examine en détail le processus que je souhaitais connaître depuis mon enfance : comment les colons ont détruit ma maison et construit un kibboutz sur mes terres.

Le 14 mai 1948, une force de la Haganah, la première formation militaire de l’armée des colons juifs (qui deviendra plus tard l’armée israélienne), a attaqué ma maison à Al Ma’in. Elle a tué toutes les personnes présentes, démoli nos bâtiments et incendié notre campement.

Le jour où je suis devenu réfugié, David Ben-Gurion a proclamé l’État des colons juifs en Palestine, baptisé Israël.

Je suis réfugié depuis plus de 28 000 jours. Il ne se passe pas un seul jour sans que je repense à cette journée, à la façon dont elle s’est déroulée et à la manière d’en effacer les conséquences.

“Ungrounding” m’a fourni beaucoup de matière à cette fin. Le livre décrit comment les envahisseurs sont venus tuer et brûler, comment ils ont choisi des sites pour construire des cabanes à des emplacements stratégiques, à proximité de ressources en eau, qui sont devenus au fil du temps quatre kibboutzim : Nirim, Nir Oz, Ein Hashlosha et Magen.

Les colons ont démoli nos constructions, démonté et emporté les pompes et le matériel de la minoterie que mon père avait construite dans les années 1930, et détruit tout le reste. Ils ont également volé des objets de valeur, parmi lesquels figurait l’épée de mon père.

Il faut rendre hommage à Uri Davis, qui a passé des semaines à rechercher le voleur et à récupérer l’épée. Il n’a pas retrouvé l’épée, mais a identifié plusieurs personnes ayant attaqué Al Ma’in.

J’ai essayé de découvrir qui étaient ces voleurs, qui, avec le temps, sont devenus des colons jouissant d’une certaine respectabilité aux yeux de l’Occident. J’ai trouvé leurs noms : l’Ukrainien Meitiv, l’Allemand Boberman et le Sud-Africain Zipper, tous les trois avec les mains tachées de sang.

Le livre d’Eyal va bien au-delà de mes recherches rudimentaires. Ce livre est un exemple suprême de précision et d’attention aux détails. Il pourrait facilement servir de preuve dans une affaire judiciaire.

Cet ouvrage est imprégné de sympathie pour les Palestiniens, victimes de la barbarie sioniste.
Le livre décrit les actes de destruction sionistes, l’incendie de maisons, le minage des routes, l’empoisonnement des puits, toutes les caractéristiques du sionisme, d’hier et d’aujourd’hui.

Dans cet ouvrage remarquable, Weizman fait preuve d’une maîtrise de l’architecture, de la précision d’un géographe et de la rigueur d’un historien.

Surtout, il parvient à dépasser la tentation du repli tribal juif. Son livre échappe à cette critique souvent formulée.

Il se suffit à lui-même, professionnel, précis, instructif et humain.

Il mérite d’être salué comme tel à tous ces égards.

Source : Mondoweiss

Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.

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