Par Meriem Laribi, pour l’Agence Média Palestine, le 19 mai 2026
Dans un rapport, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme estime que les actions menées par Israël à Gaza depuis le 7 octobre 2023 constituent des violations flagrantes du droit international et s’apparentent à des crimes de guerre et autres atrocités. Une réaction jugée tardive voir régressive pour les spécialistes.

31 mois après le début du génocide à Gaza, les Nations unies, à travers le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, exigent dans un rapport rendu public le 18 mai qu’Israël prenne toutes les mesures possibles « pour empêcher des actes de génocide à Gaza ». Le rapport dénonce des « signes » de nettoyage ethnique à Gaza comme en Cisjordanie, des violations flagrantes du droit international, des « crimes de guerre et autres atrocités ».
Dans sa conclusion, le haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’homme, Volker Türk, appelle Israël à veiller au respect de l’ordonnance de 2024 de la Cour internationale de justice (CIJ) lui enjoignant de prendre des mesures pour « prévenir » les actes de génocide à Gaza. Selon lui, Israël doit veiller « avec effet immédiat à ce que son armée ne se livre pas à des actes de génocide, [et prendre] toutes les mesures nécessaires pour prévenir et punir l’incitation au génocide ».
« Il s’agirait plutôt d’appeler à des sanctions coercitives »
Depuis octobre 2023, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme ne s’était pas encore prononcé sur la situation à Gaza et la temporalité extrêmement tardive de ce rapport a de quoi interroger. « Cela paraît totalement décalé voire régressif, et suggère un soutien politique à Israël et aux États-Unis de la part de certains organes de l’ONU », déplore Rafaëlle Maison auprès de l’Agence Média Palestine. Cette professeur de droit international à l’université Paris-Saclay rappelle que l’ordonnance de la CIJ enjoignait à Israël de respecter ses obligations de prévention et de répression du crime de génocide en janvier… 2024, il y a plus de deux ans. La Cour y alertait contre un risque réel et imminent de génocide des Palestinien.nes de Gaza. Depuis, ajoute Rafaëlle Maison, il y a aussi eu le rapport de la Commission d’enquête internationale indépendante de l’ONU de septembre 2025 qui constatait un génocide commis par Israël à Gaza. Dès mars 2024, la rapporteuse spéciale des Nations unies pour les territoires palestiniens, Francesca Albanese, avait en outre présenté une étude attestant de plusieurs actes de génocide à Gaza.
Insaf Rezagui, docteure en droit international public et membre de l’Association des Juristes pour le Respect du Droit International (JURDI) exprime le même étonnement sur les objectifs de ce rapport tardif : « Dans le droit international, il est prévu que l’obligation principale repose sur l’auteur du crime mais après deux ans et demi, on sait que celui-ci n’a pas l’intention de respecter le droit, donc la déclaration arrive tardivement et est complètement déconnectée. »
Pour cette spécialiste, l’ONU cherche probablement à redorer son blason au moment où la crise du multilatéralisme et les critiques contre l’institution n’ont jamais été aussi fortes. Cette réaction du Haut Commissariat de l’ONU « apparaît bien trop tardivement », estime-t-elle auprès de l’Agence Média Palestine. « On n’est plus dans le registre de la prévention puisque le génocide est en cours et continue, on a eu largement le temps de constater qu’Israël n’avait aucunement l’intention de cesser ses violations du droit international. Maintenant, il s’agirait plutôt d’appeler à des sanctions coercitives qui obligeraient Israël à cesser ses violations. L’ONU a aussi une responsabilité dans l’adoption de ces sanctions puisqu’elle en a la possibilité », préconise Insaf Rezagui.



