Dehors les Palestinien·nes, place aux travailleur·ses étranger·es : comment Israël est en train de remodeler sa main-d’œuvre.

Pilier de longue date de l’économie israélienne à bas salaires, les Palestinien·nes de Cisjordanie et de Gaza sont écarté·es depuis le 7 octobre — remplacé·es par un afflux de travailleur·ses migran·tes soumis·es à des conditions de travail extrêmement précaires.

La police des frontières israélienne arrête des Palestiniens qui ont tenté d’entrer illégalement en Israël après s’être cachés dans une camionnette à un poste de contrôle au nord de Jérusalem, le 30 mars 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Par Charlotte Ritz-Jack et Dana Mills, le 6 mai 2026

Une benne de camion poubelle s’ouvre lentement. Environ 70 Palestiniens y sont entassés, les yeux encore éblouis par la lumière après ce qui semble avoir été une traversée étouffante. Ils se protègent les yeux alors que des lampes torches braquent leurs visages. Des policiers israéliens pointent leurs fusils sur eux à bout portant et leur crient des ordres, certains hommes levant instinctivement les mains. Un par un, ils sont tirés hors du camion, un bras plaqué dans le dos, puis emmenés en garde à vue.

La vidéo de près de 10 minutes diffusée par la police israélienne le 13 avril, peu après l’interception du véhicule sur l’autoroute reliant l’agglomération de Tel-Aviv à la Cisjordanie occupée, montre les conséquences d’une tentative de passage en Israël par des ouvriers palestiniens sans permis. Traités comme s’ils étaient de dangereux terroristes, ces hommes ne cherchaient rien d’autre que de gagner de quoi subvenir aux besoins de leur famille.

Depuis des décennies, l’emploi dans les secteurs à bas salaires en Israël — notamment dans la construction, l’agriculture et d’autres formes de travail manuel — constitue un pilier essentiel des moyens de subsistance des Palestinien·nes dans les territoires occupés, où l’asphyxie de l’économie par Israël maintient les salaires à un niveau bas et le chômage à un niveau élevé. Avant le 7 octobre 2023, ces travailleur·ses insufflaient environ 380 millions de dollars par mois dans les marchés locaux. Dans certaines villes de Cisjordanie, plus de 90 % des hommes dépendaient d’un emploi en Israël.

Aujourd’hui, ces possibilités ont pratiquement disparu. Après le 7 octobre, plus de 200 000 Palestinien·nes venu·es de Cisjordanie et de Gaza — parmi lesquel·les 150 000 titulaires de permis delivrés en Cisjordanie, environ 50 000 personnes travaillant sans permis et 18 500 personnes de Gaza — se sont vu interdire l’entrée en Israël, officiellement pour des « raisons de sécurité ».

En réalité, la guerre contre Gaza a fourni à l’État israélien le prétexte pour réduire considérablement sa dépendance de longue date à l’égard de la main-d’œuvre palestinienne, marquant un tournant décisif dans l’équilibre qui prévalait depuis des décennies entre l’impératif idéologique d’exclure les travailleur·ses palestinien·nes et leur rôle essentiel dans le développement économique israélien.

Israeli Border Police officers detain Palestinians who attempted to enter Israel illegally to work after hiding inside a rubbish truck, al-Za’im checkpoint, Jerusalem, March 23, 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Des agents de police interpellent des Palestiniens qui ont tenté d’entrer illégalement en Israël pour y travailler après s’être cachés dans un camion poubelle, au poste de contrôle d’Al-Za’im, à Jérusalem, le 23 mars 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Un équilibre précaire

« Avant la guerre, l’intégration des travailleur·ses palestinien·nes sur le marché du travail servait les intérêts économiques d’Israël », explique Maayan Niezna, experte juridique qui étudie le recours à la main-d’œuvre migrante en Israël, à +972 Magazine. « Mais cela s’inscrivait également dans le projet politique de l’occupation : celui de créer une dépendance tout en « maîtrisant » le risque de résistance grâce à une certaine stabilité économique. »

À cette fin, lorsque Israël entame son occupation militaire de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, il délivre rapidement des permis aux Palestinien·nes souhaitant travailler en Israël, mettant ainsi en place une politique qualifiée d’« inclusion contrôlée ». Entre 1968 et 1973, le nombre de Palestinien·nes travaillant en Israël augmente de plus de 38 % par an. En réponse à la première Intifada à la fin des années 1980, Israël impose toutefois un régime de permis strict qui limite l’accès des Palestinien·nes à son marché du travail, et commence à remplacer ces travailleur·ses par une main-d’œuvre migrante.

Les travailleurs thaïlandais occupent des emplois dans l’agriculture, tandis que les ouvriers chinois et indiens sont recruté·es pour le secteur du bâtiment et les Philippin·nes pour les services à la personne. En 2000, lorsqu’éclate la deuxième Intifada, environ 240 000 travailleur·ses migrant·es, en situation régulière ou irrégulière, représentent près de 10 % de la main-d’œuvre israélienne.

Mais l’économie tourne mal : en 2002, elle enregistre ses pires résultats depuis 1953. Alors que la suprématie juive et le racisme deviennent de plus en plus manifestes dans la politique israélienne, le gouvernement commence se met à désigner les travailleur·ses étranger·es comme boucs émissaires de la récession, les accusant d’être responsables de la hausse du chômage et de « porter atteinte au caractère juif de l’État à la suite de mariages mixtes ».

En 2002, Ariel Sharon, alors Premier ministre, lance une campagne d’expulsion massive visant les travailleur·ses migrant·es. Les autorités recrutent des informateurs qui laissent des marques visibles sur les portes des logements des travailleurs étrangers, dans le but de diviser délibérément les communautés de personnes migrantes. Quelque 40 000 personnes sont expulsées, et environ le double de ce nombre sont intimidées au point de partir de leur propre gré.

Immigration police arresting migrant workers in an apartment, which triggering an anti-deportation protest in Levinsky Park, Tel Aviv, Aug. 1, 2009. (Shachaf Polakow/ActiveStills)

La police de l’immigration procède à l’arrestation de travailleur·ses migrant·es dans un appartement, déclenchant une manifestation contre les expulsions au parc Levinsky, à Tel-Aviv, le 1er août 2009. (Shachaf Polakow/ActiveStills)

Au cours des années 2010 et au début des années 2020, Israël rouvre progressivement ses frontières aux travailleur·ses étranger·es, notamment dans les secteurs de l’agriculture, du bâtiment et des services à domicile. Dans les deux premiers secteurs, le personnel étranger remplace progressivement la main-d’œuvre palestinienne, tandis que le secteur des services à domicile créé un nouveau créneau (les quotas gouvernementaux plafonnent la main-d’œuvre étrangère dans l’agriculture et le bâtiment à environ 30 000 personnes par secteur, alors que le secteur des services à domicile n’est soumis à aucune restriction).

Bien que l’emploi des Palestinien·nes en Israël continue d’augmenter jusqu’au 7 octobre — avec plus de 20 % des Palestinien·nes des territoires occupés employé·es en Israël en 2022, contre 13 % en 2020 —, leur emploi demeure fortement contrôlé : concentré dans des secteurs peu valorisés, dépendant de systèmes de permis instables et du parrainage des employeurs, et souvent informel ou non réglementé, avec peu de recours contre l’exploitation.

Puis arrive le 7 octobre. Du jour au lendemain, des centaines de milliers de travailleur·ses palestinien·nes perdent leur emploi après la révocation de leurs permis d’entrée. Des milliers de Gazaoui·es, qui constituaient autrefois l’épine dorsale de cette main-d’œuvre, sont placé·es en détention ou se retrouvent bloqué·es en Cisjordanie. Au cours des mois suivants, la construction résidentielle en Israël chute de 95 %, tandis que la production agricole baisse de 80 %.

Les « préoccupations sécuritaires » invoquées par Israël pour justifier cette mesure — suggérant que les travailleurs pourraient profiter de leur accès pour aider le Hamas dans la guerre — ne résistent pas à un examen minutieux. Des recherches menées par des institutions liées aux propres services de sécurité israéliens, telles que l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS), indiquent que les travailleur·ses palestinien·nes titulaires d’un permis ne sont presque jamais impliqué·es dans des activités menées par des activistes, y compris le 7 octobre.

« C’est une forme de punition collective », affirme Niezna. « Interdire l’accès aux travailleur·ses palestinien·nes n’a aucun sens d’un point de vue sécuritaire ; cela n’a de sens que dans le cadre d’un projet politique d’occupation et d’annexion. » Dans le contexte des violences commises par les colons en Cisjordanie et du génocide à Gaza, a expliqué Niezna, l’affaiblissement de l’économie palestinienne vise à étouffer les derniers soubresauts d’autosuffisance et d’autonomie politique palestiniennes.

« Les personnes migrantes sont invitées en tant que travailleur·ses, pas en tant qu’êtres humains »

Si les efforts visant à mettre fin à la dépendance vis-à-vis des travailleur·ses palestinien·nes remontent bien avant l’actuel gouvernement israélien, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’est imposé comme une figure centrale de leur accélération. Sous le couvert de la guerre, son ministère a pris des mesures pour accélérer les réformes néolibérales du travail, assouplissant la réglementation tout en faisant peser les coûts les plus lourds sur les travailleur·ses migrant·es et les rares travailleur·ses palestinien·nes restant·es, qui sont les moins bien protégé·es par la loi et la société contre les abus.

« Nous avons allégé la réglementation », s’est vanté Smotrich dans une annonce faite en 2024 pour promouvoir des politiques visant à accroître le recrutement de main-d’œuvre étrangère. « [Nous] avons fait venir plus de 20 000 travailleur·ses étranger·es dans le pays depuis le début de la guerre à Gaza. »

Cette même annonce présentait des projets visant à recruter quelque 65 000 travailleur·ses originaires d’Inde, du Sri Lanka et d’Ouzbékistan par l’intermédiaire de nouveaux centres de recrutement implantés dans les grandes villes, des négociations étant en cours pour porter ce chiffre jusqu’à 80 000. Selon l’organisation de défense des droits du travail Kav LaOved, environ 270 000 travailleur·ses migrant·es sont actuellement employé·es en Israël.

Les conséquences de cette évolution ont été dévastatrices pour les travailleur·ses palestinien·nes. Les 8 000 permis délivrés en 2025 pour travailler en Israël ne représentent qu’une fraction de ce qui est nécessaire pour maintenir à flot l’économie de la Cisjordanie, alors même que plus de 10 000 Palestinien·nes continuent de travailler dans les colonies. Privés des salaires israéliens, des ménages entiers ont perdu leur seule source de revenus et sont poussés au bord du gouffre.

Palestinian workers squeeze themselves through an Israeli checkpoint to head to their work in Israeli cities, Bethlehem, West Bank, Feb. 26, 2017. (Ahmad Al-Bazz/ActiveStills)

Des travailleurs palestiniens se faufilent à travers un poste de contrôle israélien pour se rendre à leur travail dans des villes israéliennes, à Bethléem, en Cisjordanie, le 26 février 2017. (Ahmad Al-Bazz/ActiveStills)

« Les travailleurs palestiniens sont confrontés à une véritable pauvreté », souligne Yael Berda, sociologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, qui a beaucoup écrit sur le travail palestinien sous le régime des permis israéliens. « Ils n’ont même pas de quoi se nourrir correctement — la situation est vraiment extrême. »

Dans ce contexte, de nombreux travailleur·ses palestinien·nes prennent de graves risques pour subvenir aux besoins de leur famille. On estime à 10 000 le nombre de Palestinien·nes travaillant en Israël sans permis, un chiffre qui serait probablement plus élevé sans l’effet dissuasif des violences endémiques dans les prisons israéliennes.  

Les travailleur·ses palestinien·nes, les plus durement touché·es, ne sont pas les seul·es à avoir vu leurs moyens de subsistance mis à rude épreuve ces dernières années. L’état de guerre permanent en Israël a fait grimper le taux de chômage au sein de sa propre population à près de 10 %. Parallèlement, les dispositifs d’indemnisation mis en place par le gouvernement ont délaissé la protection salariale au profit des congés sans solde, ce qui a perturbé la constitution des droits à la retraite et privé de nombreux travailleur·ses d’un revenu stable.

Ces changements se sont accompagnés de budgets axés sur l’austérité et d’une confrontation croissante avec les syndicats, notamment par des tentatives visant à empêcher les grèves. Les tribunaux israéliens se sont de plus en plus rangés du côté du gouvernement, ordonnant parfois aux employé·es de reprendre le travail alors même que les tirs de missiles se poursuivaient. En conséquence, les travailleur·ses à bas salaire de tous les secteurs ont du mal à joindre les deux bouts et disposent d’un faible pouvoir de négociation collective.

Pour les travailleur·ses migrant·es et les Palestinien·nes, les risques sont encore plus grands : la menace d’une expulsion ou d’un retrait de permis confère aux employeurs un moyen de pression considérable pour exploiter la main-d’œuvre. « Ces travailleur·ses peuvent se syndiquer », relève Yaniv Bar Ilan, porte-parole du syndicat israélien Koach LaOvdim. « Mais comme ces dernier·es se trouvent dans une situation très précaire — [ils et elles] ne peuvent pas se plaindre par crainte de représailles et ignorent souvent leurs droits —, les tentatives en ce sens restent limitées. »

Si, sur le papier, les droits du travail sont les mêmes pour les travailleur·ses israélien·nes et les travailleur·ses migrant·es, « on constate des différences manifestes dans la manière dont les règles de sécurité et les mesures de protection sont appliquées », explique Yahel Kurlander, sociologue spécialisée dans la main-d’œuvre agricole migrante en Israël. En moyenne, les travailleur·ses migrant·es employé·es dans le secteur agricole israélien ne perçoivent qu’environ 70 % du salaire qui leur est légalement dû.

Ces disparités sont encore amplifiées en temps de guerre. L’accès aux abris anti-bombes et aux autres mesures de sécurité est souvent laissé à la discrétion des employeurs, malgré les risques accrus — en particulier dans l’agriculture, où le travail s’effectue souvent dans des zones frontalières instables. L’État a largement failli à son devoir de fournir une formation ou des conseils de base en matière de sécurité, laissant les travailleur·ses sans même une compréhension minimale des protocoles d’urgence.

Migrant workers labor in a field near the Israeli-Gaza border, July 16, 2014. (Oren Ziv/ActiveStills)

Des travailleurs migrants travaillent dans un champ près de la frontière entre Israël et la bande de Gaza, le 16 juillet 2014. (Oren Ziv/ActiveStills)

Les conséquences ont été catastrophiques. Lors des attaques du 7 octobre, 22 travailleur·ses thaïlandais·es ont été pris·es en otage et 32 ont été tué·es. Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran fin février, au moins trois travailleur·es migrant·es ont été tué·es lors de frappes de missiles. Pourtant, le sort de ces travailleur·ses n’a suscité qu’un intérêt limité de la part du public, ce qui reflète leur statut au sein de la société israélienne : indispensables à l’économie, mais rendu·es invisibles.

Deux ans et demi après le début de la guerre contre Gaza, « il n’y a toujours pas d’instructions pour les aides à domicile sur ce qu’il faut faire en cas d’alerte », relate Kurlander. « Les migrant·es sont invité·es en Israël uniquement en tant que travailleur·ses, pas en tant qu’êtres humains. »

« La situation pourrait s’inverser »

En Israël, à l’instar du système de la kafala en vigueur dans les pays du Golfe, les visas (pour les migrant·es) et les permis (pour les Palestinien·nes) sont généralement liés à l’employeur du travailleur. Les travailleur·ses migrant·es se voient généralement délivrer des visas de cinq ans parrainés par leurs employeurs, qui sont légalement tenus de leur fournir un logement, de leur faciliter l’ouverture d’un compte bancaire et de leur garantir un nombre suffisant d’heures de repos hebdomadaires. De plus, ils contractent souvent des emprunts pour financer leur déménagement, s’endettant ainsi de plusieurs milliers de dollars qu’il leur faudra des mois, voire des années, de salaire pour rembourser.

Dans la pratique, cette dépendance rend les travailleur·ses extrêmement vulnérables — et même lorsque leurs droits sont formellement égaux à ceux des citoyens israéliens, leur application est inégale. Un rapport de 2014 publié par Kav LaOved a révélé que les travailleur·ses agricoles signalent régulièrement être exposé·es à des pesticides sans protection ni formation adéquates, subir des retenues sur salaire, souffrir de la faim et vivre dans des logements impropres à l’habitation humaine. Les employeurs omettent également fréquemment d’ouvrir des comptes bancaires pour les travailleurs, comme l’exige la loi.

En l’absence d’intervention gouvernementale, ces abus sont devenus la nouvelle norme. Comme le souligne le rapport, « le secteur agricole israélien est devenu dépendant de salaires illégalement bas », et celui-ci met en garde contre le fait que « l’application de la loi sans aucune forme de compensation pour les agriculteurs pourrait causer un grave préjudice au secteur ». Ces violations représentent 500 millions de NIS de pertes annuelles pour les travailleurs.

Les récentes dynamiques de guerre ont mis en évidence ce changement. Le meurtre de trois travailleurs migrants en Israël par des missiles iraniens lors de la dernière escalade s’ajoute à des pertes similaires dans les pays du Golfe, soulignant les parallèles entre le modèle de main-d’œuvre israélien et ceux d’économies plus dépendantes de la migration.

Si les travailleur·ses migrant·es représentent une part plus faible de la main-d’œuvre israélienne — environ 7 à 15 %, contre 90 % aux Émirats arabes unis —, le système partage une caractéristique essentielle : la dépendance des travailleur·ses vis-à-vis de la volonté de leurs employeurs et de l’État. Cela rend les travailleur·ses facilement remplaçables, permettant des changements vastes et rapides sur le marché du travail — comme on l’a vu après le 7 octobre, lorsque la main-d’œuvre palestinienne a été rapidement réduite et remplacée par des travailleur·ses migrant·es.

Palestinian laborers illegally crossing into Israel seeking work through a hole in a fence in the outskirts of Hebron, West Bank, Aug. 30, 2020. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

Des travailleurs palestiniens entrent illégalement en Israël à la recherche d’un emploi en passant par une brèche dans une clôture à la périphérie d’Hébron, en Cisjordanie, le 30 août 2020. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

Il est toutefois encore trop tôt pour dire si cette exclusion des travailleur·ses palestinien·nes marque un changement durable. Tout comme Israël a rapidement remplacé la main-d’œuvre palestinienne par des travailleur·ses migrant·es, il pourrait choisir de faire l’inverse si les conditions politiques et économiques venaient à changer. « C’est comme un pendule » estime Niezna. « Il pourrait basculer dans l’autre sens. »

L’érosion des protections des travailleur·ses ne s’est pas limitée aux personnes migrantes : sur l’ensemble du marché du travail, les travailleur·ses israélien·nes, palestinien·nes et étranger·es à bas salaire ont vu leurs conditions se détériorer en raison de la déréglementation de la main-d’œuvre migrante.

Pourtant, alors même que leurs destins sont étroitement liés, le taux de chômage élevé et la précarité des conditions de travail ont compromis toute possibilité de solidarité interethnique. Dans des secteurs comme la construction et l’agriculture, les travailleur·ses palestinien·nes ont souvent été présentés comme étant en concurrence avec la main-d’œuvre israélienne, tandis que la main-d’œuvre migrante est parfois accusée de nuire aux deux. 

Après la première Intifada, par exemple, le regain des campagnes en faveur de la « main-d’œuvre hébraïque » — popularisées pour la première fois lors des premières vagues d’immigration sioniste en Palestine — a poussé les entreprises à éviter d’embaucher des travailleur·ses palestinien·nes, qu’elles considéraient comme responsables de la baisse des salaires et du remplacement des Israélien·nes. De tels discours occultent le rôle des politiques néolibérales d’Israël dans la baisse des salaires et des protections sociales, tout en alimentant facilement un discours populaire raciste qui fait des Palestinien·nes et des travailleur·ses migrant·es des boucs émissaires.

« J’ai entendu certains qualifier les travailleurs migrants de “briseurs de grève” », a indiqué Matan Kaminer, professeur d’anthropologie au Royaume-Uni qui mène des recherches sur la main-d’œuvre migrante en Israël, à +972. Même si on les a fait venir pour remplacer les Palestinien·nes dans les emplois peu rémunérés, il rejette cette interprétation. « L’État israélien repose sur une idée de suprématie juive, et ces personnes sont utilisées à des fins politiques et économiques qui n’ont vraiment rien à voir avec ce qu’elles pensent elles-mêmes de la situation.

« Un imaginaire véritablement progressiste et décolonial envisage un avenir dans lequel toutes les personnes vivant dans le pays jouissent de droits égaux », a-t-il poursuivi. « Cela va au-delà du nationalisme et même du binationalisme comme seule frontière possible. »

Charlotte Ritz-Jack est rédactrice en chef adjointe au magazine +972, dont le siège est à Jérusalem. Elle a obtenu son diplôme à l’université Harvard au printemps 2025.

Dana Mills est écrivaine, militante, danseuse et responsable du développement des ressources chez +972/Local Call. Elle est l’autrice de Dance and Politics: Moving beyond Boundaries (2016), Rosa Luxemburg (2020), Dance and Activism (2021) et One Woman’s War (2024).

Source : +972

Traduction : JC pour l’Agence Média Palestine

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