Entretien avec Céline Lebrun Shaath, qui dénonce la volonté politique derrière les mesures administratives sans fondement judiciaire dont est victime Ramy Shaath, son mari.
Par l’Agence Média Palestine, le 19 mai 2026

“Au lieu de mettre fin à sa complicité dans le génocide, et de présenter les excuses que l’Histoire lui imposera un jour, le gouvernement français intensifie sa campagne raciste contre les Palestiniens en France, et plus largement contre le mouvement de soutien à la Palestine, dans l’espoir de priver le peuple français de son droit à écouter, débattre et comprendre. Il a tenté de faire adopter une loi destinée à interdire toute parole sur la Palestine ; et malgré l’échec de cette loi liberticide, le gouvernement utilise aujourd’hui contre moi les mêmes idées discréditées.”
C’est ainsi que Ramy Shaath résume, dans un communiqué, la campagne dont il fait l’objet. Figure politique palestinienne-égyptienne, proche conseiller de Yasser Arafat et fils de l’ancien ministre des affaires étrangères palestinien Nabil Shaath, Ramy Shaath a été emprisonné par le régime égyptien de 2019 à 2022, date à laquelle il a été libéré sous la pression d’une campagne internationale de solidarité, soutenue notamment par la France qui avait alors accueilli à bras ouvert le militant.
“Il s’agissait alors de libérer un prisonnier politique du régime autoritaire égyptien au nom de la liberté d’expression”, ironise Céline Lebrun Shaath, épouse de Ramy Shaath, contactée par téléphone par l’Agence Média Palestine. “Mais quand il s’agit de réprimer les voix palestiniennes, et plus généralement les militants et les citoyens qui les soutiennent en France, le gouvernement n’a rien à envier aux autorités égyptiennes.”
Quatre ans plus tard effectivement, alors qu’Israël poursuit sans relâche sa campagne génocidaire à Gaza, le ton a changé : depuis deux ans et demi, le ministère de l’intérieur refuse à Ramy Shaath le renouvellement de son titre de séjour, auquel il a pourtant droit en tant qu’époux et parent de ressortissante française. Et alors qu’aucune charge n’a été retenue contre lui suite à une affaire classée sans suite pour “apologie du terrorisme”, la préfecture a engagé une procédure d’expulsion contre lui.
“On observe une intensification ces derniers mois, une escalade de la répression, maintenant que le génocide ne fait plus la une des médias”, considère Céline Lebrun Shaath. “Il s’agit maintenant de réprimer le mouvement de solidarité qui a mis en lumière ce quise passait, et contraint Israël à accepter un cessez-le-feu, aussi fragile soit-il. On observe la même logique au Royaume-Uni, avec les attaques contre Palestine Action, aux États-Unis contre Mahmoud Khalil : c’est un effort concerté de réprimer les figures d’un mouvement qui dérange.”
Ramy Shaath est effectivement l’une des figures majeures du collectif Urgence Palestine, créé en octobre 2023, visé par une procédure de dissolution et dont les militants subissent une répression que dénoncent les défenseurs des droits et libertés, et jusqu’aux rapporteurs spéciaux de l’ONU qui ont interpellé l’État français à ce sujet en décembre dernier.
C’est dans ce contexte qu’il a été visé par une plainte en apologie du terrorisme, concernant un discours prononcé lors d’une manifestation, au cours duquel Ramy Shaat “n’a fait que rappeler le droit international”, souligne son épouse. Le tribunal a également jugé qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre le militant et classé l’affaire sans suite.
C’est pourtant cette affaire qui notamment est évoquée pour justifier l’acharnement dont Ramy continue d’être victime : ces propos tenus en manifestation sont cités, de manière erronée, dans une note blanche pour justifier une procédure d’expulsion, quand bien même aucune décision de justice ne le justifie. “On voit bien qu’il y a là une volonté politique d’expulser Ramy, nous sommes donc très inquiets : même si la commission des expulsions départementales se prononçait contre, son avis n’est pas contraignant, et la préfecture pourrait poursuivre sa procédure.”
“C’est d’autant plus inquiétant qu’il s’agit d’une expulsion difficile : Ramy est palestinien, et dans le contexte actuel, on voit mal comment la France pourrait le renvoyer là-bas. Il n’y a d’ailleurs pas d’aéroport en Palestine, donc il devrait passer par l’Égypte, dont il n’a plus la nationalité et dont on connaît bien l’hostilité envers lui. Une autre option serait que la France passe un accord avec un pays tiers et y enverrait Ramy, qui n’aurait pas son mot à dire : déplacé comme une chaise, dans un pays où il n’aurait aucune attache, aucun système de soutien.”
“La dernière option est plus inquiétante encore, et elle est évoquée dans la note blanche des renseignements généraux : ce serait une assignation à domicile, avec restriction des déplacements à la commune, obligation de pointer matin et soir au commissariat et confiscation du passeport : un enfermement de fait, sans aucune décision de justice pour le justifier.”
Céline Lebrun souligne, en outre, que cet enfermement de fait a déjà cours depuis deux ans et demi, le refus injustifié du renouvellement du titre de séjour de Ramy Shaath empêchant le militant de se déplacer à l’étranger. Des mesures politiques qui ne disent pas leur nom et déforment le droit administratif pour assigner à résidence les voix qui dérangent. Une pétition en ligne, qui a réuni près de 3 000 signatures en quelques jours, appelle à l’arrêt immédiat de cette procédure d’expulsion, la fin de la répression contre les voix palestiniennes, et la fin de la complicité de la France dans le génocide en cours. Les soutiens de Ramy Shaath appellent en outre à se rassembler lors de son audience au tribunal judiciaire de Nanterre, jeudi 21 mai à 13h. Un point presse se tiendra à l’issue de l’audience prévue à 14h.



