Trois nouvelles mesures prises par Israël cette semaine viennent renforcer l’étouffement de la vie palestinienne à Jérusalem-Est occupée.
Par l’Agence Média Palestine, le 22 mai 2026

«Alors que se poursuit l’offensive illégale et meurtrière israélo-américaine contre l’Iran, Israël intensifie son nettoyage ethnique à Jérusalem-Est, jetant des familles palestiniennes à la rue », alertait l’ONG israélienne B’Tselem le mois dernier dans un message publié sur les réseaux sociaux. Divisée en deux lors du plan de partage, la partie Est de Jérusalem est occupée illégalement depuis 1967 par Israël qui, depuis lors, n’a cessé d’y imposer sa loi d’apartheid visant à “dé-palestiniser” la ville. Cette semaine encore, plusieurs nouvelles mesures menacent encore les communautés palestiniennes.
Une résolution de 1968 arbitrairement réactivée
Dimanche 17 mai dernier, les autorités israéliennes ont approuvé un plan visant à saisir des biens immobiliers palestiniens dans le quartier de Bab al-Silsila, adjacent à la sainte mosquée Al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem occupée. Le plan vise entre 15 et 20 propriétés historiques, situées le long de la route Bab al-Silsila, qui appartiennent à des familles jerusalemites et comprennent des bâtiments islamiques et des dotations datant des époques ayyoubide, mamelouk et ottomane.
Cette saisie s’inscrit dans un plan datant de 1968, visant à étendre le quartier juif de Jérusalem, passant de ses cinq dunams (0,5 hectares) d’origine à 116 (11,6 ha). Elle a été réactivée par le ministère israélien du Patrimoine, qui recommandait dimanche que la Société publique pour la reconstruction et le développement du quartier juif reçoive le feu vert pour s’emparer d’une cinquantaine de propriétés à Bab al-Silsila sous des prétextes liés au soi-disant « renforcement du contrôle et de la sécurité juifs » dans la région.
La décision de 1968 détaillait les mesures qu’Israël avait déjà prises l’année précédente, notamment la démolition et le déplacement forcé du quartier magharbeh (marocain) au tout début de l’occupation de la ville en juin 1967, qui avait donné lieu au déplacement forcé de centaines de familles. Elle prévoyait également la confiscation de biens palestiniens à Bab Al-Silsila au profit de la Société pour la reconstruction et le développement du quartier juif, fondée en juillet de la même année.
Selon l’avocat palestinien et conseiller juridique du gouvernorat de Jérusalem, Midhat Dibeh, les gouvernements israéliens successifs se sont abstenus de mettre en œuvre cette décision pendant des décennies, en grande partie en raison de « la possibilité de répercussions arabes et internationales ». Suspendue depuis 58 ans, la décision restait une menace tangible pour les Jérusalémites.
« Bien que des confiscations similaires aient eu lieu à Jérusalem, l’emplacement sensible de Bab al-Silsila rendait la tâche plus difficile », explique Midhat Dibeh au média Mondoweiss. « Le gouvernement actuel semble déterminé à mener à bien la judaïsation de Jérusalem. Il estime que le moment est venu. »
L’annonce suit de quelques jours les provocations de centaines de colons israéliens, qui ont défilé dans les rues de ce quartier pour la marche annuelle dite “des drapeaux”, donnant lieu à des agressions, des slogans racistes et célébrant le nettoyage ethnique, comme nous le rapportions dans cet article. Pour le gouvernorat de Jérusalem, l’activation 58 plus tard de cette décision constitue une escalade coloniale dangereuse visant à déplacer la population de Jérusalem et à renforcer le contrôle colonial sur les environs d’Al-Aqsa.
« Nous pensons que les autorités israéliennes testent le terrain avec cette annonce, pour voir quelle serait la réaction si elles confisquaient réellement nos propriétés », explique sur Mondoweiss un Palestinien de Jérusalem souhaitant rester anonyme. « Ce qui est évident, c’est qu’elles sont déterminées à s’emparer des environs d’Al-Aqsa et de toutes les voies menant au complexe ».
L’expulsion forcée des communautés bédouine de Jérusalem Est
Mardi 19 mai dernier, alors qu’on apprenait que le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich était visé par une demande de mandat d’arrêt du procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Karim Khan, ce même ministre a émis un ordre de démantèlement immédiat de la communauté bédouine de Khan al-Ahmar, dans le cadre de l’avancée du projet E1.
Le projet E1, longtemps suspendu et ré-enclenché en juillet dernier, comprend plus de 3400 unités de logements à construire sur un territoire de douze kilomètres carrés, entre Jérusalem à l’ouest, et la colonie israélienne illégale de Maale Adumim à l’est. S’il voit le jour, ce projet de colonie entraînera une coupure de la Cisjordanie d’ouest en est.
Les communautés bédouines palestiniennes qui vivent dans le désert de Jérusalem constituent un dernier rempart contre le projet de colonie E1 et un élément clé du plan vise à transférer la population bédouine concernée, et à forcer sa sédentarisation sur un terrain de 17 hectares à Abu Dis.
« Notre encerclement a commencé avec la confiscation de nos pâturages pour les colonies et les routes », explique Atallah al-Jahalin, représentant de la communauté de Jabal al-Baba, sur Mondoweiss. « Mais Israël n’est jamais satisfait. Il ne veut pas seulement nous éliminer en tant que communautés bédouines — il veut nous effacer du tissu démographique de Jérusalem. »
« Plus de 100 opérations de démolition ont été menées jusqu’à présent. Presque toutes les maisons de Jabal al-Baba ont été démolies à un moment ou à un autre », ajoute-t-il. « Et à chaque fois, nous reconstruisons, car nous n’avons pas d’autre choix. Nous refusons de revivre la Nakba que nos pères ont endurée. »
Israël veut installer un complexe militaire sur les ruines de l’UNRWA
Lundi 18 mai, le gouvernement israélien a approuvé la construction d’un complexe militaire, qui comprendrait un musée, un bureau de recrutement et un siège pour le « ministère israélien de la sécurité », sur les ruines du complexe détruit de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) dans le quartier de Sheikh Jarrah, dans la ville occupée de Jérusalem.
Dans un communiqué publié en réaction, le ministère palestinien des affaires étrangères a qualifié cette décision de « précédent grave », estimant qu’elle ne se limite pas à une atteinte au statu quo dans la ville occupée, mais qu’elle porte également atteinte aux fondements juridiques régissant l’action des Nations unies, de ses institutions et des immunités qui leur sont reconnues dans les territoires occupés.
Le plan a également été critiqué par plusieurs pays dont la France, et par le secrétaire général de l’ONU António Guterres qui a condamné « dans les termes les plus fermes » cette décision et rappelé que le site de l’UNRWA, même détruit demeurait un site des Nations Unies, ajoutant que ces mesures « sans précédent et escalatoires » constituent une violation de l’inviolabilité des locaux des Nations Unies et compromettent la mise en oeuvre du mandat confié par l’Assemblée générale à l’UNRWA dans le territoire palestinien occupé, y compris à Jérusalem-Est.
Essentielle dans l’infrastructure sociale, éducative et de santé de la vie palestinienne, l’UNRWA est également le symbole du droit au retour des Palestinien-nes expulsés de force de leur terres. Elle est la cible, depuis sa création et de manière accélérée ces trois dernières années, d’une campagne de délégitimation de la part d’Israël, qui a voté en janvier 2025 deux lois visant à interdire cette agence de l’ONU sur son sol.
Un an plus tard, en janvier dernier, le siège de l’UNRWA à Jérusalem-Est a été détruit par des bulldozers israéliens. Alors que le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, avait salué l’événement comme « jour historique » et qualifié le personnel de l’agence de « sympathisants du terrorisme », le commissaire général des Nations unies Philippe Lazzarini avait vivement condamné la démolition, la qualifiant de « nouvelle étape dans le mépris ouvert et délibéré du droit international, des privilèges et des immunités des Nations unies ».
Cette nouvelle étape, visant à construire un site militaire sur les ruines du siège de l’UNRWA, est une nouvelle assertion de ce mépris. Le gouvernorat de Jérusalem a condamné dans un communiqué « une violation grave de toutes les règles du droit international et des normes internationales, ainsi qu’une violation claire des obligations d’Israël, en tant que puissance occupante, en vertu de la quatrième Convention de Genève, notamment en ce qui concerne la protection des biens publics et le fait d’assurer le fonctionnement sans entrave des organismes humanitaires internationaux, outre la Convention de 1946 sur les privilèges et immunités des Nations Unies. »



