Nettoyage ethnique à Gaza : Israël assure qu’un plan de « migration volontaire » à grande échelle va être mis en place

Par l’Agence Média Palestine, le 28 mai 2026

Le ministre israélien de la Défense a affirmé être déterminé à procéder au nettoyage ethnique de Gaza par le biais d’une migration massive des Palestiniens, dans le cadre des plans d’Israël pour ce territoire, prévus de très longue date. 

Dans une déclaration publiée sur ses réseaux sociaux le 27 mai annonçant l’assassinat ciblé de Mohammed Odeh, le dernier commandant militaire du Hamas, Israel Katz a affirmé que le gouvernement mettrait en œuvre un plan de « migration volontaire » d’un grand nombre de Palestiniens « au moment opportun et de la manière appropriée ».

Ce plan a déjà été défendu par plusieurs ministres de la coalition de Benjamin Netanyahou depuis le 7 octobre 2023 mais il contrevient au plan de cessez-le-feu de Donald Trump pour Gaza, signé par Israël l’an dernier et violé chaque jour par Israël depuis. Le plan prévoit au contraire la reconstruction de Gaza à moyen terme au profit de sa population.

Pour de nombreuses organisations de défense des droits humains et pour plusieurs experts du droit international, cette rhétorique masque en réalité un projet de déplacement forcé de population, autrement dit un nettoyage ethnique. Elles rappellent que e droit international considère que des départs présentés comme « volontaires » ne peuvent être considérés comme tels lorsque la population est soumise à des bombardements massifs, à la famine, à l’effondrement sanitaire et à la destruction systématique des infrastructures civiles.

Mais ce projet ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans une longue histoire de doctrines israéliennes visant à réduire la présence palestinienne à Gaza ou à rendre l’enclave inhabitable.

Une idée ancienne : le « transfert » comme courant politique israélien

L’idée de déplacer les Palestiniens hors de leurs terres n’est pas nouvelle dans l’histoire du sionisme politique. Dès les années 1930 et 1940, certains dirigeants sionistes évoquaient la possibilité d’un « transfert » des populations arabes afin d’assurer une majorité juive durable dans le futur État d’Israël. Après la création d’Israël en 1948 et l’exode massif palestinien connu sous le nom de Nakba, Gaza devient l’un des principaux territoires-refuges pour les Palestiniens expulsés de villes et villages aujourd’hui situés en Israël. L’enclave accueille alors des centaines de milliers de réfugiés vivant dans des camps administrés par l’UNRWA, si bien que ces réfugiés constituent 80% des habitants de Gaza.

Depuis lors, plusieurs responsables israéliens ont périodiquement évoqué l’idée d’encourager l’émigration des Palestiniens de Gaza vers l’Égypte, la Jordanie ou d’autres pays arabes. Si ces projets sont longtemps restés implicites, depuis le 7 octobre 2023, ils se sont retrouvés au cœur du débat gouvernemental israélien.

Dès les premières semaines de la guerre, des ministres israéliens d’extrême droite réclament ouvertement une « émigration volontaire » des habitants de Gaza. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a affirmé à plusieurs reprises que la « solution correcte » serait une réduction massive de la population palestinienne dans l’enclave. Dans le même temps, l’armée israélienne a multiplié les ordres d’évacuation internes, poussant successivement les habitants du nord de Gaza vers le sud, puis vers Rafah, avant d’attaquer également cette zone. En mai 2025, l’armée israélienne annonce même qu’une nouvelle offensive inclura « le déplacement de la majorité de la population de la bande de Gaza ».

Les Nations unies et de nombreuses ONG dénoncent alors une stratégie de déplacement forcé systématique. La destruction massive des habitations, des hôpitaux, des universités, des réseaux d’eau et d’électricité contribue à rendre le territoire pratiquement invivable. Plusieurs responsables israéliens assument publiquement cette logique. Selon des déclarations rapportées en 2025, Benjamin Netanyahou a expliqué que la destruction des maisons à Gaza favoriserait « l’émigration forcée » des Palestiniens qui n’auraient plus d’autres choix que de partir.

En 2025, un autre projet provoque une forte indignation internationale : la création d’une prétendue « ville humanitaire » sur les ruines de Rafah. Le plan consistait à regrouper une grande partie de la population palestinienne dans une zone fermée et contrôlée militairement. Des juristes et experts des droits humains décrivent alors le projet comme un camp d’internement de masse et un « plan directeur pour des crimes contre l’humanité ».

Cette stratégie rappelle d’autres précédents historiques de concentration forcée de populations civiles sous contrôle militaire, sous couvert d’assistance humanitaire.

La logique des corridors et de la fragmentation territoriale

Parallèlement, Israël développe depuis 2025 une stratégie de fragmentation géographique de Gaza. L’établissement du « corridor Morag », séparant certaines parties de l’enclave, s’inscrit dans une logique de contrôle territorial durable. Benjamin Netanyahou déclare alors qu’Israël est en train de « diviser Gaza ». Il s’agit d’empêcher toute continuité territoriale palestinienne et de préparer une présence militaire israélienne de long terme dans certaines zones stratégiques.

Cette approche fait écho à la politique de séparation menée en Cisjordanie depuis des décennies : multiplication des checkpoints, fragmentation des territoires palestiniens et expansion des colonies israéliennes.

Pendant des années, l’idée d’une expulsion massive des Palestiniens de Gaza restait politiquement sensible au niveau international. Mais la radicalisation du gouvernement israélien et son indifférence aux pressions internationales ont mené Israël à assumer une stratégie de réduction démographique palestinienne entre la Méditerranée et le Jourdain.

Alors que la communauté internationale continue officiellement de défendre la solution à deux États, la réalité sur le terrain semble évoluer dans une direction opposée : occupation prolongée, fragmentation territoriale, destruction massive et déplacements de population.

Les déclarations d’Israel Katz apparaissent ainsi moins comme une rupture que comme l’aboutissement d’une évolution idéologique ancienne, désormais assumée au sommet de l’État israélien.

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