Un nouveau rapport d’Euro-Med souligne la récurrence, malgré le « cessez-le-feu », de meurtres de civils palestiniens par des tirs de drones israéliens, et dénonce un ciblage délibéré.
Par l’Agence Média Palestine, le 14 septembre 2026

Dans une interview publiée la semaine passée par le journal israélien Haaretz, un ancien opérateur de drone israélien a témoigné, sous couvert d’anonymat, du ciblage systématique et délibéré des civils palestiniens par l’armée israélienne.
Décrivant les meurtres de personnel humanitaire ou médical, l’ancien soldat assure qu’il s’agit d’une politique assumée. Il affirme que lors d’une discussion avec un officier au sujet des cibles, ce dernier lui aurait répondu : « Tu as deux millions de cibles à Gaza. »
Ce témoin anonyme affirme avoir servi dans une cellule d’attaque par drone, et avoir quitté l’armée en juillet. Il rapporte une déshumanisation des Palestinien-nes telle, que les soldat-es de sa cellule tiraient sans distinction, ni intention de distinguer. « Ils tirent sur tout ce qu’ils voient », résume-t-il, comparant l’ambiance régnant dans sa cellule d’attaque à celle d’un stade de football. « Tout comme on crie à un joueur : “Allez, marque un but !”, on crie à un soldat : “Tue-le, attaque-le !” »
Traquer et tuer
Ce témoignage glaçant apporte un sombre éclairage au rapport publié ce week-end par Euro-Med Human Rights Monitor, qui dénonce l’usage de drones quadricoptères israéliens dans le but de traquer et de tuer les civils palestiniens à Gaza.
Les quadricoptères sont de petits drones tactiques multirotors, dont certains modèles peuvent être pilotés par un seul soldat. Ils peuvent être équipés de caméras diurnes et thermiques, de systèmes d’identification et de suivi des cibles, ainsi que de systèmes de stabilisation des armes. Selon la mission, certains modèles peuvent également être équipés d’armes de 5,56 mm et 7,62 mm ou de munitions explosives de 40 mm.
La précision de ces engins permet à l’opérateur de surveiller de près des individu-es, de suivre leurs mouvements, puis de tirer sur elles et eux, ou de larguer des munitions à leur encontre avec une grande précision.
C’est cette précision qui permet à Euro-Med d’affirmer l’intention meurtrière à l’encontre des civils : l’organisation souligne que la technologie de ces drones réduit considérablement la marge d’erreur dans l’identification de la cible et renforce l’obligation de s’abstenir de toute attaque lorsque le caractère civil de la cible apparaît clairement ou lorsqu’il existe le moindre doute quant à son statut.
Or, depuis l’entrée en vigueur du prétendu « cessez-le-feu » en octobre dernier, Euro-Med a pu identifier au moins 60 meurtres de civils, tués par des tirs de drones. Parmi les victimes figurent des enfants, des personnes déplacées, des agriculteur-ices et des berger-es. Pour Euro-Med, leur statut clairement civil et l’absence de participation directe aux hostilités constituent « des preuves solides que des civils ont eux-mêmes été délibérément choisis comme cibles d’attaque, plutôt que d’avoir été tués à la suite d’une erreur d’identification ou touchés accidentellement. »
3 modes opératoires
Les 60 meurtres de civils documentés par Euro-Med, qui précise dans son rapport qu’il ne s’agit pas d’un recensement exhaustif et que ce sont plus de 1 368 personnes qui ont été assassinées par Israël pendant le « cessez-le-feu », font apparaître 3 modes opératoires distincts.
Dans le premier cas, Euro-Med liste des meurtres directs de civils par des tirs de drones, et souligne la précision du tir et l’évidence de l’absence de menace directe que représentait la victime.
La deuxième catégorie recense des cas où des explosifs ont été largués par des drones sur des groupes de civils, dans la rue, dans des tentes, près d’écoles. Là encore, l’organisation insiste sur la précision du tir et des facultés d’identification des cibles.
Le dernière catégorie concerne les civils tués par des drones à proximité de la « Ligne jaune » séparant la bande de Gaza en deux, plaçant plus de 60 % du territoire sous contrôle militaire israélien dont l’accès est interdit aux Palestinien-nes.
Depuis la mise en place de cette frontière, qui n’est pas toujours visiblement délimitée et dont les marqueurs sont fréquemment déplacés par l’armée israélienne, de nombreux civils ont été tués dans ces environs par des drones israéliens alors qu’ils cherchaient à rejoindre leurs habitations, leurs terres ou leurs moyens de subsistance.
Crime de guerre, crime contre l’humanité, génocide
Si ces rapports pourraient sembler redondants au regard de ce que l’on sait des trois années écoulées du génocide perpétré par Israël à Gaza, ils n’en constituent pas moins de nouvelles failles dans le narratif mensonger israélien.
Depuis le 7 octobre 2023, alors que de nombreux-ses politicien-nes israélien-nes affirment qu’il n’y a « pas de civils à Gaza » (sic), l’armée israélienne affirme ne pas cibler ces civils, et que leurs décès ne seraient que des pertes « collatérales », rejetant la faute sur le Hamas qui les utiliseraient comme « boucliers humains ».
Ce nouveau rapport démontre comment les soldat-es israéliens prennent délibérément pour cible les civils de Gaza en tant que tels. Or, cela constitue un homicide volontaire ainsi que des attaques directes contre des civils, deux actes qui constituent des crimes de guerre.
Ces agissements s’inscrivent dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique dirigée contre la population civile de Gaza, et en connaissance de cette attaque, et pour cette raison constituent également le crime contre l’humanité qu’est le meurtre.
Enfin, dans le contexte du génocide commis par Israël, Euro-med souligne que ces faits relèvent de l’acte matériel consistant à tuer des membres du groupe palestinien protégé et, parallèlement aux autres actes, politiques et déclarations, constituent une preuve supplémentaire de l’intention spécifique de détruire les Palestinien-nes de Gaza en tant que partie substantielle du groupe palestinien.
L’organisme souligne la gravité de ces faits et la nécessité, en particulier pour les pays signataires de traités pour la prévention et la punition du crime de génocide, dont la France fait partie, d’user de « tous les moyens politiques, économiques, diplomatiques et juridiques à leur disposition pour s’acquitter de leur obligation de prévenir le génocide et de garantir le respect du droit international humanitaire, et de s’abstenir d’apporter tout soutien ou toute aide susceptible de contribuer à la poursuite de ces crimes. »
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