L’Europe tarde à adopter une « position de principe » sur l’interdiction du commerce avec les colonies illégales israéliennes

Alors que 12 pays dont la France, le Royaume-Uni et le Canada ont annoncé la semaine dernière leur volonté d’interdire les importations de produits israéliens issus des colonies illégales, les militants dénoncent des mesures insuffisantes.

Par l’Agence Média Palestine, le 14 septembre 2026



« La question est : que faisons-nous ? Si l’on prend l’exemple de l’occupation de la Crimée, la situation était très claire : c’est illégal, nous ne reconnaissons pas cette occupation, donc nous cessons tout commerce avec les produits provenant de Crimée. Nous devrions adopter la même position de principe : nous savons que c’est illégal, tout le monde en convient, nous devrions donc cesser tout commerce avec les territoires [palestiniens] occupés ».

Ces mots sont ceux de Kaja Kallas, cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne (UE), lors d’une interview donnée au Irish Times au lendemain de la déclaration du Royaume-Uni puis de 11 autres pays dont le France de mesures visant à restreindre l’importation de produits israéliens issus des colonies.

Ces annonces ont souligné la division croissante de l’Europe sur le sujet des sanctions à imposer à Israël en raison de ses violations répétées du droit international, et notamment du génocide perpétré à Gaza et de la tentative d’annexion de la Cisjordanie.

En effet, ces sanctions unilatérales interviennent faute d’avoir pu trouver une position européenne, l’Allemagne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovénie s’opposant fermement à de telles mesures. Pour Kaja Kallas, l’Europe ne pourra pas être prise au sérieux tant qu’elle restera divisée. Dans son interview au Irish Times, la diplomate explique que les institutions européennes « essuient de vives critiques » pour leur incapacité à sanctionner Israël.

Elle ajoute que la Commission européenne subissait une pression « très claire » de la part des gouvernements nationaux pour qu’elle propose une interdiction commerciale à l’échelle de l’UE. Si la proposition était approuvée en tant que mesure commerciale de l’UE plutôt que comme une décision de politique étrangère, elle ne nécessiterait que le soutien d’une majorité d’États membres, et non l’accord unanime requis pour les sanctions.

Lorsque la Russie a envahi et annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en février 2014, dès le mois de juin, l’UE avait interdit tous les produits provenant de ce territoire et imposé des sanctions économiques à la Russie, avant d’adopter par la suite des restrictions sur les exportations d’armes, d’énergie et de technologies vers la Russie.

Des mesures insuffisantes 

Si ces déclarations représentent un nouveau pas vers de possibles sanctions européennes à l’égard d’Israël, les défenseur-euses de la cause palestiniennes attendent qu’elles se traduisent en actes, et dénoncent déjà leur trop faible étendue.

L’UE est le premier partenaire commercial d’Israël, représentant 31,7 % du commerce total de marchandises d’Israël en 2025 (43,3 milliards d’euros), selon la Commission européenne. L’UE a fourni 33,1 % des importations d’Israël (28 milliards d’euros) et a reçu 29,4 % des exportations d’Israël (15,3 milliards d’euros). Les échanges bilatéraux entre la France et Israël ont atteint 3,62 milliards de dollars en 2025. Une grande partie des échanges commerciaux de la France avec Israël concerne des licences d’exportation de technologies de surveillance et militaires.

Bien qu’aucun chiffre précis concernant le commerce des colonies ne soit connu, on estime qu’il ne représente qu’une infime fraction du commerce total entre l’UE et Israël, ce qui signifie que l’impact de l’interdiction est bien plus symbolique qu’économique.

En regard de la vivacité de ces échanges commerciaux, les soutiens de la Palestine dénoncent qu’une mesure ne ciblant que les exportations issues des colonies est insuffisante. « La fin de la colonisation, de l’occupation et de l’apartheid exige des mesures à la hauteur de la situation », souligne un communiqué de la branche française de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sactions (BDS), qui suggère un embargo sur les armes et des sanctions économiques et politiques effectives. 

Depuis le début du génocide perpétré par Israël à Gaza, les militant-es réclament la suspension de l’accord d’association UE-Israël, une mesure également appelée par les expert-es de l’ONU qui affirmaient en avril dernier que « l’Union européenne ne peut prétendre défendre les droits humains tout en maintenant un commerce préférentiel avec un État dont les agissements équivalent à un génocide. » Une initiative citoyenne formulant cette exigence a réunit en quelques mois plus d’1,3 million de signatures.



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