“Servir la résistance juridique” : une enquête sur la criminalisation du soutien à la Palestine

Trois collectifs ouvrent un vaste appel à témoignage pour recenser des cas de silenciation du soutien à la Palestine et construire une réponse collective.

Par l’Agence Média Palestine, le 5 juin 2026



Depuis le 7 octobre 2023, les actes de silenciation du soutien à la Palestine se multiplient. C’est un sujet que l’Agence Média Palestine couvre régulièrement, et que les militant·es subissent de plein fouet, mais c’est aussi un phénomène qui s’applique à l’ensemble de la société civile. C’est ce qu’affirment les collectifs à l’origine d’une vaste enquête sur la “criminalisation du soutien à la Palestine” destinée à recueillir les témoignages d’actes de “censure, discriminations, sanctions disciplinaires, procès, harcèlement digital et médiatique”.

Déjà plus de 700 témoignages

Initialement lancée par le collectif d’avocat-es Legal Team Antiraciste (LTA), l’enquête est désormais également portée par les collectifs Urgence Palestine (UP) et European Legal Support Center (ELSC), soutenue par l’eurodéputée Rima Hassan.

Contacté par l’Agence Média Palestine, le coordinateur du pôle juridique d’UP Thoma Nayla explique que cette collaboration est complémentaire : “la LTA travaille sur ce sujet depuis le début, et accompagne déjà de nombreuses personnes concernées. ESCL apporte un autre savoir-faire car ce collectif a déjà réalisé des rapports similaires, en Angleterre et en Allemagne, menant à la création du site Index of repression, qui rassemble ces données et présente des analyses, des statistiques et des graphiques permettant de comprendre l’ampleur de cette répression.”

Enfin, UP apporte un savoir faire de mobilisation de terrain. Nous sommes présents dans 22 villes, et en lien avec l’ensemble des partenaires et acteurs du mouvement de solidarité. Avec le mouvement, nous pouvons renforcer la collecte de données en aidant la collecte des témoignages déjà bien lancée par la LTA. ”

L’enquête tend à recenser un prisme large de répression du soutien à la cause palestinienne, pour démontrer que celle-ci touche toutes les couches de la société civile, que ce soit à l’école, au travail, dans la rue, sur les réseaux sociaux ou encore face à une administration.

Alors qu’il reste encore un mois pour remplir le questionnaire, Thomas Nayla confie que l’enquête a déjà réuni plus de 700 témoignages. “Nous n’avons pas pu encore les analyser, mais on peut déjà constater une tendance dans le domaine public, pénal ou de droit administratif, de l’utilisation à outrance de l’accusation d’apologie du terrorisme, de termes flous et abstraits pour instiller une notion de trouble à l’ordre public imputée alors qu’il n’y a aucun acte répréhensible.

Continuité de la répression raciste

Entre octobre 2023 et décembre 2025, ce sont 577 poursuites pour “apologie du terrorisme” qui ont été attentées, contre une centaine par an précédemment à la circulaire du 10 octobre 2023 publiée par le garde des sceaux d’alors, Éric Dupont-Moretti. “Cette augmentation montre bien l’intrusion du pouvoir politique dans le monde judiciaire”, commente Thomas Nayla.

Disposer des chiffres réels de ces attaques va servir à la résistance juridique. Ce rapport, en procès, pourra nous permettre de montrer aux juges le schéma de répression utilisé sans fondement, avec des notions très floues et beaucoup de relaxes. Cela nous permettra de démontrer que le droit initialement pensé pour s’appliquer à des faits, a suivi une dérive politique raciste sur excuse d’une lutte antiterroriste et d’une prévention d’atteinte à la sécurité, politique publique ou pénale qui désormais interdit, silencie ou réprime sur des suppositions biaisées, des interprétations abstraites ou de la surveillance généralisée sans fondement”.

Pour que ces chiffres puissent appuyer une argumentation solide, les collectifs à l’initiative de l’enquête ont voulu celle-ci exhaustive en termes de données : outre les faits, il est demandé aux personnes témoignantes de se situer, notamment en terme de nationalité, d’origine ou d’autres éléments liés à l’identité. (NB : il est toutefois laissé libre la possibilité de ne pas répondre à certaines questions, et l’anonymat est garanti)

Nous avons bien conscience que le questionnaire est long, et un peu intrusif”, explique Thomas Nayla, “mais toutes ses données peuvent servir à la résistance juridique. Les premières personnes concernées par cette répression sont les personnes racisées, en particulier les personnes palestiniennes mais pas seulement.”

“L’angle de l’antiracisme est un prisme essentiel pour porter cette défense de la liberté d’expression, car la répression qui s’applique aux soutiens de la cause palestinienne s’aligne sur un mouvement répressif raciste qu’on observe partout, comme par exemple lors de la victoire du PSG la semaine passée. Il est essentiel pour nous de mettre cela en avant car cela démontre bien qu’il y a une continuité de la répression raciste en France, de la complicité avec l’État colonial à la censure de la parole de soutien.

Si vous avez été concerné-es par des faits de répression ou d’intimidation en raison de votre soutien à la Palestine entre 2019 et 2026, remplissez le questionnaire avant le 7 juillet en suivant ce lien.

Les seules publications de notre site qui engagent l'Agence Média Palestine sont notre appel et les articles produits par l'Agence. Les autres articles publiés sur ce site sans nécessairement refléter exactement nos positions, nous ont paru intéressants à verser aux débats ou à porter à votre connaissance.

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