Point hebdomadaire sur la situation à Gaza : semaine du 2 au 8 septembre 2026
Par l’Agence Média Palestine, le 8 septembre 2026

Alors que les Palestinien-nes de Gaza continuent de subir les attaques presques quotidiennes de l’armée israélienne et les conséquences catastrophiques du blocus de l’aide humanitaire, les ministres israéliens ont plaidé tout au long de la semaine en faveur d’un plan de « dépeuplement » de Gaza, euphémisme pour désigner le nettoyage ethnique de l’enclave par un déplacement massif et contraint de la totalité de sa population palestinienne.
Comme nous le détaillons dans cet article de l’Agence Média Palestine, Benjamin Netanyahou a visité mercredi 2 septembre la zone placée sous contrôle de l’armée israélienne et affirmé que celle-ci ne se retirerait pas, en contradiction flagrante avec les termes de l’accord de paix auquel il prétend pourtant être engagé.
Francesca Albanese craint la destruction de preuves
Dans cette zone d’occupation censément « temporaire », l’armée israélienne procède à des destructions illégales des bâtiments qui n’avaient pas été détruits dans les bombardements, et au déblayage et extraction des décombres, des opérations que les défenseur-ses des droits humains soupçonnent de viser à l’effacement de preuves.
« Le retrait, le concassage et le déplacement des gravats à Gaza ne doivent pas détruire les éléments de preuve de crimes internationaux ni empêcher la récupération et l’identification des dépouilles humaines », a averti dans un communiqué Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés.
Elle affirme avoir reçu en août des « informations crédibles » de plusieurs sources faisant état d’une opération impliquant « le retrait, le concassage et le transport délibérés et à grande échelle de gravats », et s’inquiète de ce que ces opérations ne tendent à effacer les preuves du génocide perpétré par Israël à Gaza, comme le dénonçait l’organisation Euro-Med Human Rights Observer le mois dernier.
« Les décombres de Gaza contiennent des restes humains et des preuves matérielles pertinentes pour l’enquête sur des crimes internationaux présumés, y compris le génocide », a-t-elle déclaré, soulignant le fait que dans les territoires palestiniens dévastés et occupés par Israël, « les décombres ne sont pas seulement des déchets de chantier. Ils font partie d’une scène de crime, d’un cimetière, et constituent la trace matérielle de ce qui s’est passé au cours d’une campagne de bombardements brutale et insensée qui a duré deux ans. »
La rapporteuse de l’ONU a appelé les enquêteur-ices internationales-aux à superviser la collecte des preuves, et à avertir les pays et les entreprises impliqués dans tout déblaiement qu’ils « pourraient encourir une responsabilité pénale internationale » s’ils détruisaient des preuves de crimes internationaux, avant d’ajouter qu’il était « inacceptable que la reconstruction de Gaza soit subordonnée à l’effacement de son passé et des preuves nécessaires pour rendre justice à ses victimes. »
8 000 disparu-es sous les décombres
Dans son communiqué, Francesca Albanese salue les efforts en cours pour retrouver les corps enfouis sous les décombres, rappelant l’enterrement le mois dernier de 112 membres d’une même famille élargie de civils, dont les dépouilles avaient été retrouvées sous les décombres de bâtiments de la ville de Gaza détruits par Israël en novembre 2023. « Les dépouilles de 41 autres personnes tuées lors de la même frappe n’ont jamais été localisées », rappelle-t-elle.
Les activités de déblayage israéliennes, du côté occupé de la Ligne jaune, sont d’autant plus cyniques qu’Israël continue de bloquer l’entrée côté palestinien d’engins lourds destinés aux fouilles des décombres. Les efforts de recherche des plus de 8 000 corps disparus sous les bombes se poursuivent malgré tout, les gazaoui-es parfois contraint-es de fouiller les ruines à mains nues.
Ce dimanche 6 septembre à Gaza, ce sont les dépouilles de 100 Palestinien-nes, extait-es des décombres du quartier de Zeitoun, qui ont été inhumées lors de funérailles collectives. Leurs proches, les habitant-es du quartier et les équipes de la Défense civile ont participé à cette cérémonie déchirante.
« Combien de temps Gaza va-t-elle encore souffrir ainsi ? », demande Mahmoud Bassal, porte-parole de la Défense civile de Gaza, qui précise que sur les 100 victimes, 60 étaient des enfants. « Combien de temps un père va-t-il élever ses enfants pour qu’ils meurent tous en un seul instant ? Pourquoi des innocents sont-ils tués ? Et combien de temps Gaza va-t-elle encore saigner ? »
Jour après jour
Les frappes meurtrières israéliennes se sont poursuivies tout au long de la semaine, ciblant l’entièreté de l’enclave assiégée et faisant de nombreuses victimes. Une frappe de drone a tué un enfant dans le camp de réfugiés de Jabalia mercredi 2 septembre, et une autre attaque contre une tente à Khan Younis a fait un deuxième mort ce jour.
Jeudi 3 septembre, deux Palestiniens, dont un adolescent de 13 ans, ont été abattus près de Beit Lahia. Israël affirme qu’ils avaient pénétré dans une zone contrôlée par Israël, mais n’a pas apporté de preuve établissant qu’ils représentaient une menace. Une autre frappe de drone a tué un homme près d’un complexe religieux dans le quartier de Remal, à Gaza.
Dimanche 6 septembre, Israël a mené une attaque près d’une école de la ville de Gaza, blessant plusieurs personnes, et une autre frappe de drone sur une voiture près du carrefour Hamid, à Gaza, a tué Youssef Akila et sa fille de 8 ans, Wafaa, alors que celle-ci revenait de son premier jour d’école.
Tôt dans la journée de ce lundi 7 septembre, au moins cinq autres Palestinien-nes ont été tué-es à Gaza, dont Saadi Ghalia, âgé de trois ans, assassiné lorsqu’un tir d’artillerie a frappé une école à Deir el-Balah où étaient hébergées des personnes déplacées, rapporte Al Jazeera.
Les pluies d’automne pourraient encore aggraver la situation sanitaire
Après un été caniculaire occasionnant des chaleurs insoutenables, les organisations humanitaires préviennent que l’arrivée de la saison des pluies pourrait aggraver encore davantage la crise humanitaire.
La plupart des habitant-es vivent dans des camps de tentes surpeuplés au milieu des décombres, les eaux usées débordent et menacent la santé de tous-tes et en particulier des plus fragiles, les enfants, les personnes âgées, les malades chroniques et les blessé-es convalescent-es.
L’Organisation mondiale de la santé a averti que la contamination de l’eau à Gaza avait presque triplé depuis janvier, passant de moins de 6 % en janvier à plus de 18 % en août, tandis que le nombre de cas de diarrhée était en forte hausse. L’Autorité palestinienne de l’eau a indiqué que les cinq stations d’épuration de Gaza avaient complètement cessé de fonctionner, ce qui entraîne le rejet quotidien d’environ 55 000 mètres cubes d’eaux usées non traitées.
Selon les données publiées par les Nations unies, l’Union européenne et la Banque mondiale, Israël a détruit ou endommagé près de 90 % des infrastructures d’approvisionnement en eau et d’assainissement à Gaza.
« Alors que nous ne parvenons pas à fournir à la population les quantités minimales d’eau nécessaires, la qualité de l’eau et sa contamination restent un problème majeur », a déclaré Reinhilde Van de Weerdt, représentante de l’OMS dans les territoires palestiniens.
À lire aussi sur le site de l’Agence Média Palestine :



