2 Palestiniens assassinés par l’armée israélienne lors d’un « pogrom » à Al-Mughayyir

Point hebdomadaire sur la situation en Cisjordanie occupée : semaine du 2 au 8 septembre 2026

Par l’Agence Média Palestine, le 8 septembre 2026



Selon un communiqué du Comité de résistance au Mur et à l’occupation, les Palestinien-nes de Cisjordanie ont subi 2 030 attaques les ciblant elles et eux ainsi que leurs biens et propriétés au cours du mois d’août. 628 étaient à l’initiative de colons, 1 402 de l’armée israélienne.

Les attaques de colons se sont concentrées en particulier à Ramallah et à al-Bireh (157 attaques), à Naplouse (137) et à Hébron (120). Le rapport indique également que les colons ont tenté d’établir 32 nouveaux avant-postes de colonie au cours du mois.

Cette semaine encore, cette violence coordonnée des colons et des soldat-es a terrorisé les habitant-es de Cisjordanie occupée, créant les conditions d’un nettoyage ethnique.

2 Palestiniens assassinés dans un « pogrom » à Al-Mughayyir

Selon un nombre croissant d’expert-es, parmi lesquels la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés Francesca Albanese, ces attaques correspondent à la définition de « pogrom », terme qui désigne des attaques organisées par des civils et tolérées voire encouragées par l’État contre une minorité ciblée.

Depuis plusieurs mois, un schéma d’attaques israéliennes civiles et militaires coordonnées cible la commune d’Al-Mughayyir, à l’est de Ramallah. Ces violences ont culminé mercredi 2 septembre dans le meurtre de deux très jeunes hommes palestiniens, Omar Muhammad Na’san, 19 ans, et Khalil Rasem Shahada, 16 ans, assassinés par l’armée israélienne lors d’une attaque menée par des colons.

Selon le chef du conseil du village, cité par l’agence de presse Wafa, des colons ont pris d’assaut le centre du village, près de la Grande Mosquée, attaqué deux maisons appartenant à Saleh Suleiman et Shahada Kaabneh, et volé des moutons. Selon lui, des snipers israéliens s’étaient positionnés sur les toits du centre du village et ont ouvert le feu lorsque les habitant-es ont tenté de s’opposer aux colons qui volaient les moutons, blessant grièvement les deux jeunes hommes.

Les témoins rapportent que les deux blessés ont saigné pendant un certain temps tandis qu’une ambulance était empêchée de les rejoindre. Une coordination a finalement été mise en place par l’intermédiaire du bureau de liaison militaire pour les transporter, mais il était trop tard.

« Leur sang a inondé l’ambulance en raison de la gravité de l’hémorragie. Les ambulanciers ont tenté de les réanimer, mais ils étaient déjà décédés. Pendant ce temps, les colons ont réussi à voler les moutons et sont partis sous la protection de l’armée », rapporte un témoin interrogé par Middle East Eye.

Attaque meurtrière à Hajja

La police israélienne a également assassiné un homme palestinien à Jérusalem, à proximité de la porte de Damascus, vendredi 4 septembre. L’agence de presse palestinienne Wafa a identifié l’homme comme étant Ibrahim al-Hendi, originaire du quartier de Beit Hanina, à Jérusalem-Est. Il a été déclaré mort sur les lieux.

À la suite de cet incident, les forces israéliennes ont affirmé que l’homme aurait tenté de poignarder un policier, et se sont déployées dans les environs de la vieille ville de Jérusalem.

Un autre jeune homme palestinien, Omar Muhammad Tubasi, âgé de 20 ans et étudiant en médecine dentaire, a été assassiné dimanche 6 septembre lors d’une attaque de colons israéliens dans le village de Hajja, à l’est du gouvernorat de Qalqilya.

La Société du Croissant-Rouge palestinien a déclaré que ses équipes avaient pris en charge deux personnes blessées par des tirs à balles réelles lors de l’attaque des colons. L’une d’elles a été touchée à la tête et a été déclarée morte par la suite, tandis que l’autre a été blessée par balle à la poitrine et se trouvait dans un état critique.

Selon des témoins de l’attaque, les colons auraient assailli le village et saccagé des biens, poussant des habitant-es à les confronter. Les forces israéliennes seraient intervenues à ce moment-là et encerclé des jeunes hommes palestiniens entre elles et les colons avant de tirer des gaz lacrymogènes, des grenades assourdissantes et des balles réelles, tuant Omar Tubasi et blessant d’autres personnes.

Al Jazeera rapporte également que des colons ont pris d’assaut Umm al-Khair, dans les collines du sud d’Hébron, vendredi, blessant un enfant. Les soldats arrivés sur place ont déclaré la zone « zone militaire fermée », une mesure qui s’appliquait aux Palestinien-nes mais pas aux colons qui sont restés sur place.

À Turmus Ayya, au nord de Ramallah, un colon portant un t-shirt arborant le logo du mouvement interdit Kach a été filmé au sommet d’une maison palestinienne en train de déclarer « cette terre est juive » après que l’ambassadeur américain Mike Huckabee eut visité la ville et qualifié la violence des colons de « forme de terrorisme ».

Les habitant-es de Khirbet al-Tabban promettent de reconstruire leur village

Les forces israéliennes ont procédé à des destructions d’habitations à travers toute la Cisjordanie occupée, à Nahalin dans le gouvernorat de Bethléem, et également à Jérusalem-Est où elles ont démoli un immeuble et forcé les habitant-es d’une autre maison à détruire leur propre logement.

Les soldat-es ont également détruit quatre puits et plusieurs serres à Beit Ummar, près d’Hébron, en Cisjordanie occupée, causant des pertes estimées à 60 000 dollars. Dans le cadre d’une opération commencée en août, des centaines d’oliviers appartenant à des agriculteur-ices palestinien-nes ont été rasés le long des routes reliant Arraba à Yabad et Jénine à Naplouse.

Des destructions plus massives encore ont eu lieu mercredi dans la région de Masafer Yatta, dans le hameau de Khirbet al-Tabban, dont l’ensemble de ses 12 habitations ainsi que la plupart des autres constructions de la communauté ont été détruites par les forces israéliennes, laissant environ 70 personnes sans abri.

« Ils ont rasé tout Khirbet al-Tabban et l’ont effacé de la surface de la terre », raconte Suad Mohammed Obeid, habitante du village. « La nuit qui a suivi la démolition a été très difficile pour nous, nos enfants et nos petits-enfants. Les enfants ne sont pas habitués à dormir en dehors de leur chambre, et nous avons peur de dormir à l’extérieur à cause des attaques des colons. »

Israël a justifié la démolition de mercredi en affirmant que ces bâtiments étaient construits sans autorisation. Or, il est pratiquement impossible pour les Palestinien-nes de la zone C de la Cisjordanie occupée, où se trouve Masafer Yatta, d’obtenir une telle autorisation, même en dehors des zones de tir militaires. 

Les démolitions sont désormais monnaie courante, et les Palestinien-nes y dénonce la volonté israélienne de les faire quitter leurs terres. Mais les habitant-es de Khirbet al-Tabban refusent catégoriquement de partir sous la pression des colons et de l’armée israélienne, et ont aussitôt annoncé reconstruire le village.

« C’est notre terre, et c’est ici que nous allons construire et reconstruire », affirme Nasser Mahmoud Obeid, un autre habitant. « Vous pouvez voir vous-mêmes ce que nous faisons. Nous n’avons pas perdu espoir, et nous ne le perdrons pas. »

Un nouveau rapport de l’ONU pointe la possibilité d’un nettoyage ethnique

Dans un rapport intitulé « destruction des camps de réfugiés palestiniens dans le nord de la Cisjordanie », le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies (HCDH) revient sur l’opération « Mur de fer », menée par Israël en janvier et février 2025.

Il y est souligné le recours à des moyens et à des « tactiques conçues pour la guerre et non pour le maintien de l’ordre, entraînant des morts et des blessés, des destructions massives ainsi que le déplacement forcé de l’ensemble des populations des trois camps. » 

Cette opération a causé la mort de 102 Palestinien-nes et entraîné le déplacement de plus de 33 000 résident-es des camps de réfugié-es de Jénine, Nur Shams et Tulkarem, et « semble constituer une punition collective et soulèvent des craintes de nettoyage ethnique », conclut le rapport.

Les auteur-ices pointent en effet que ces actions ont été entourées d’appels lancés en faveur de la destruction des camps de réfugié-es et de l’établissement de colonies israéliennes. Le rapport estime que ces éléments « semblaient viser à effacer progressivement le statut de réfugié et l’identité de milliers de Palestiniens en Cisjordanie, ainsi qu’à consolider et prolonger la présence illégale d’Israël dans le territoire palestinien occupé en particulier dans le nord de la Cisjordanie, la zone présentant la plus grande contiguïté territoriale palestinienne et la moindre fragmentation. » 

« La manière dont l’opération “Mur de fer” a été menée laisse penser que son objectif était d’expulser le plus grand nombre possible de Palestiniens et de faire place à davantage de colonies israéliennes illégales, ce qui constitue une nouvelle violation du droit international », a déclaré Volker Turk, Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

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