Cette semaine a encore été marquée par une intensification des violences israéliennes : nouveaux ordres militaires, expansion des colonies, démolitions, raids meurtriers, attaques de colons contre les Palestinien·nes et leurs ressources, ainsi que nouvelles incursions dans les lieux saints palestiniens.
Par l’Agence Média Palestine, le 9 juin 2026.
Nouveaux ordres militaires, extension des colonies et poursuite des démolitions
Cette semaine, l’accaparement des terres palestiniennes s’est poursuivi à travers une série d’ordres militaires, de projets coloniaux et de décisions administratives visant à renforcer le contrôle israélien sur plusieurs zones de Cisjordanie occupée.
Le 2 juin, les autorités d’occupation ont émis un nouvel ordre militaire visant la saisie de 300 dounams, (l’équivalent de 30 hectares) de terres palestiniennes dans la région de Jabal al-Fureidis à l’est d’Hébron. Présentée avec comme prétextes ceux de « l’utilité publique » et de la « mise en valeur du site archéologique », cette décision constitue le troisième ordre d’expropriation de ce type depuis le début de l’année 2026. Elle illustre l’usage croissant d’arguments administratifs, archéologiques et historiques pour justifier l’accaparement de terres palestiniennes et leur intégration progressive aux projets coloniaux israéliens.
Quelques jours plus tard, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a annoncé une nouvelle expansion majeure des colonies illégales. Le 4 juin, il a déclaré qu’une commission d’urbanisme avait approuvé la construction de 2 162 unités de logement, dont 1 006 dans une nouvelle colonie (illégale) près de Jérusalem, 922 dans la région de Naplouse et 234 près d’Hébron, selon WAFA. Cette annonce s’ajoute à un rapport de l’ARIJ, l’Institut de recherche appliquée de Jérusalem, publié le 5 juin, qui alerte sur une nouvelle série d’ordres militaires israéliens visant à étendre les activités coloniales dans les territoires palestiniens. Ces mesures pourraient permettre la prise de contrôle de plus de 20 000 dounams de terres (l’équivalent d’environ 20Km2), répartis sur 15 sites et zones dites archéologiques, principalement à Jérusalem-Est, Jénine et Qalqilya.
Ces décisions s’inscrivent dans une même logique : multiplier les ordres militaires, les décrets administratifs et les procédures d’expropriation afin de donner une apparence légale à la dépossession des Palestinien·nes. Elles sont pourtant en contradiction avec le droit international. Sur le terrain, cette politique s’est déjà traduite cette semaine par de nouveaux travaux sur des terres palestiniennes. À Sinjil, au nord de Ramallah, les forces israéliennes ont procédé à des opérations de terrassement et au déracinement d’arbres afin d’étendre un avant-poste colonial. Des travaux similaires ont été menés à Irak al-Dar, au sud de Jérusalem occupée, dans le cadre d’un nouveau projet colonial. Le 7 juin, les forces israéliennes ont également détruit une route reliant plusieurs localités du sud d’Hébron, dans une zone déjà fortement marquée par les restrictions de circulation imposées aux habitant·es palestinien·nes.
Face à ces politiques de dépossession et aux menaces répétées de démolition, des recours juridiques continuent toutefois d’être engagés par les autorités palestiniennes. Le 7 juin, la Commission palestinienne du Mur et de la Résistance aux colonies et le gouvernorat de Tubas ont obtenu une ordonnance judiciaire conservatoire suspendant temporairement la démolition de dizaines de structures résidentielles et d’abris pour le bétail dans le nord de la vallée du Jourdain. Ces structures, appartenant à dix familles palestiniennes, avaient reçu des avis de démolition de la part des autorités israéliennes plusieurs mois plus tôt. Cette décision permet de bloquer provisoirement leur destruction, le temps que les procédures judiciaires se poursuivent.
Les démolitions se sont également poursuivies cette semaine. Le 3 juin, au nord de Jérusalem occupée, les forces israéliennes ont démoli la maison de Ziad Sultan, où celui-ci vivait avec sa famille de 13 personnes, ainsi que son atelier commercial. Une semaine plus tôt, il avait déjà été contraint de payer une amende de 10 000 shekels, avant de finalement recevoir un avis de démolition sous prétexte de construction sans permis.
Le 8 juin, les forces israéliennes ont démoli huit maisons à Barta’a, au sud-ouest de Jénine, dont deux étaient habitées, après avoir forcé les familles à évacuer les lieux. Selon le maire de la ville, Ghassan Qabha, l’ordre de démolition visait au total 20 maisons, abritant plus de 100 personnes, tandis que le recours déposé par la municipalité a été rejeté par le tribunal israélien. Des affrontements ont éclaté lorsque des habitant·es ont tenté d’empêcher les bulldozers de poursuivre les démolitions, avant d’être dispersé·es par les soldat·es israélien·nes à coups de gaz lacrymogène. Environ 120 autres maisons de Barta’a resteraient aujourd’hui menacées de démolition.
Raids, arrestations et tirs meurtriers : un nourrisson tué à Hébron
Le 3 juin, plusieurs postes de contrôle ont été installés aux abords des gouvernorats de Jérusalem, Ramallah et Al-Bireh, où les forces israéliennes ont procédé à des fouilles et à des contrôles d’identité. Le lendemain, elles ont également bloqué l’entrée nord de la ville de Salfit, entravant davantage les déplacements des habitant·es palestinien·nes.
Ces restrictions se sont accompagnées de nouveaux raids, arrestations et violences contre la population. À Bethléem, le 4 juin, les forces israéliennes ont poursuivi plusieurs travailleurs palestiniens dans la zone située entre la localité de Dar Salah, à l’est de Bethléem, et le quartier de Sur Baher, à Jérusalem-Est, en tirant des grenades lacrymogènes et assourdissantes. À Hébron, le 4 juin, quatre Palestiniens ont été arrêtés lors d’une incursion dans le camp de réfugiés, dont deux frères, Ahmed et Khaled Jaber Nassar. Le 5 juin, à l’aube, 13 Palestiniens ont également été arrêtés dans les gouvernorats de Naplouse et d’Hébron, parmi lesquels un enfant, Obeida Raed Abdullah, selon WAFA.
Le même jour, les forces israéliennes ont pris d’assaut le village de Beitin, à l’est de Ramallah, où elles ont fait usage de gaz lacrymogènes, de bombes sonores et de balles réelles contre les habitant·es. Au cours de ce raid, Haitham Ezz Eddin Omar Hamida, un jeune Palestinien de 18 ans, a été tué. L’armée israélienne a affirmé, dans un communiqué rapporté par Le Monde, que ses soldats avaient « repéré plusieurs terroristes qui lançaient des cocktails Molotov sur des véhicules israéliens » et en avaient « éliminé un ». Sa dépouille serait toujours retenue par les autorités israéliennes.
À Hébron, Sam Fahd Abu Haikal, un nourrisson âgé de sept mois, a également été tué par balles par les forces israéliennes. L’enfant se trouvait dans la voiture de ses parents, alors que son père, Fahd Abdul Aziz Abu Haikal, maître de conférences à l’université de Bethléem, se rendait avec sa famille chez sa mère. Des soldats israéliens ont ouvert le feu sur le véhicule : une balle a traversé la main du père, touché son épouse, avant d’atteindre l’enfant à la mâchoire. Le nourrisson a finalement succombé à ses blessures.
Les forces israéliennes ont également ouvert le feu sur des Palestiniens qui tentaient d’accéder à leurs parcelles dans la zone d’Al-Jalatiya, à l’ouest d’Hébron. Depuis deux jours, des colons labouraient ces terres palestiniennes, y avaient hissé le drapeau israélien et bloquaient la route afin d’empêcher les propriétaires d’y accéder. Lorsque ces derniers ont tenté de rejoindre leurs terres, les soldats israéliens ont tiré, blessant deux Palestiniens à l’abdomen et au bassin. L’un d’eux se trouve dans un état critique.
Le 5 juin, face à la poursuite de ces violations, le groupe arabe à l’ONU a appelé la communauté internationale à adopter des mesures concrètes contre les violations israéliennes dans les territoires palestiniens occupés et à faire respecter le droit international.
Violences de colons et destructions des ressources agricoles palestiniennes
Le 3 juin, des colons armés ont attaqué un Palestinien à l’entrée de Jaljalia, au nord de Ramallah, alors qu’il se trouvait dans un atelier de construction. Ils l’ont violemment agressé avant de lui voler son téléphone portable et de prendre la fuite. Le lendemain, dans le village de Shuqba, à l’ouest de Ramallah, un colon installé sur les terres du village a attaqué des dizaines d’enfants qui se trouvaient sur une aire de jeux. Il leur a jeté des pierres, les a frappés à coups de bâton, puis les a poursuivis avec son véhicule, et tout cela sous la protection de soldat·es israélien·nes.
Le 6 juin, au sud de Bethléem, Ali Suleiman Sbeih, 68 ans, et son fils Saed, âgé d’une trentaine d’années, ont tous les deux été attaqués par quatre colons alors qu’ils travaillaient sur leurs terres, dans la région d’al-Qasir. Les deux hommes ont été blessés par des jets de pierres, tandis que les phares de leur véhicule ont été endommagés. Le même jour, une vidéo de surveillance diffusée par Al Jazeera a montré une attaque particulièrement violente menée par un soldat israélien et des colons contre deux jeunes Palestiniens à Huwara. Les images montrent les deux victimes projetées au sol, puis frappées à plusieurs reprises, notamment à l’aide d’une planche en bois, jusqu’à être laissées immobiles au sol.
La Commission de résistance au mur et à la colonisation indique, dans son rapport mensuel, que les forces israéliennes ont mené 1 108 attaques au cours du mois de mai, tandis que les colons en ont commis 551, dans un contexte d’intensification continue des violences et des violations en Cisjordanie occupée.
Les colons ont également poursuivi leurs attaques contre les terres agricoles et les ressources essentielles à la survie des Palestinien·nes. Le 3 juin, à Al-Dhahiriya, dans le gouvernorat d’Hébron, ils ont incendié les cultures de Hijazi Al-Samamra, brûlant une grande partie de ses champs de blé et d’orge. Le même jour, des incendies similaires ont été déclenchés dans des cultures de blé à Hawara et Odla, au sud de Naplouse, ainsi qu’à Burqa, dans le gouvernorat de Ramallah, où le feu s’est propagé jusqu’aux terres voisines.
Au-delà des incendies, les colons ont également utilisé leur bétail pour détruire des terres palestiniennes. À Taybeh, à l’est de Ramallah, ils ont lâché des troupeaux de chameaux et de moutons dans des terres agricoles et des oliveraies, endommageant gravement les cultures. Ils ont également cassé des branches d’oliviers pour les donner à manger à leurs animaux. Dans un témoignage diffusé par Al Jazeera, Saeed Ahmad Odeh, un agriculteur palestinien de 75 ans, raconte avoir été attaqué par des colons, qui s’en sont pris à ses moutons, sa seule source de revenu, avant de le frapper au visage avec un bâton, le blessant à la lèvre.
Les attaques ont aussi visé l’accès à l’eau, une ressource primordiale. Cette semaine, de nombreuses attaques contre des réservoirs ou des conduites d’eau ont été recensées. Le 3 juin, à Ramallah, un colon s’est emparé d’un réservoir installé sur le toit d’une habitation après l’avoir retiré à l’aide d’un bulldozer. Le même jour, dans une communauté bédouine à l’est de Jérusalem-Est occupée, des colons ont endommagé une conduite d’eau, privant les habitant·es de leur seule source d’approvisionnement. Le 5 juin, au sud de Tubas, quatre colons vêtus d’uniformes militaires ont attaqué deux jeunes Palestiniens qui surveillaient une installation électrique alimentant le puits de l’agriculteur Nazir Mohammad Bisharat. Ils ont ensuite pénétré dans les installations techniques et endommagé le matériel, provoquant l’arrêt du système de pompage et privant les terres agricoles d’eau.
D’autres ressources et infrastructures ont également été prises pour cible. À Burin, au sud de Naplouse, des colons ont coupé des poteaux électriques, provoquant une panne de courant. Le 6 juin, à Naplouse, ils ont tenté de s’attaquer à une usine de béton, avant d’être confrontés par les habitant·es. Au sud de Jénine, des colons armés ont également labouré des terres agricoles palestiniennes en vue de se les approprier, tout en installant des tentes à proximité de réservoirs d’eau.
Nouvelles incursions à Al-Aqsa et restrictions contre les fidèles palestinien·nes
Les incursions dans la mosquée Al-Aqsa et les restrictions imposées aux fidèles palestinien·nes se sont poursuivies cette semaine à Jérusalem-Est occupée. Le 2 juin, plusieurs ministères des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques ont condamné les attaques répétées de colons israéliens dans l’enceinte d’Al-Aqsa, menées sous la protection des forces israéliennes. Ils ont dénoncé des violations flagrantes du droit international et du statu quo historique et juridique de la mosquée.
Le 3 juin, la police israélienne a lancé une campagne de recrutement de volontaires au sein de l’« unité du Mont du Temple », chargée d’encadrer et de sécuriser les incursions de colons dans l’enceinte d’Al-Aqsa. Cette initiative illustre la volonté des autorités israéliennes de renforcer leur contrôle sur le site et de garantir la protection des groupes de colons qui y multiplient les visites. Ces incursions sont notamment encouragées par des organisations israéliennes extrémistes favorables à une présence juive accrue sur l’esplanade, soutenues par plusieurs figures politiques du gouvernement israélien.
Le 8 juin, de nouvelles incursions de colons ont été rapportées dans la mosquée Al-Aqsa, sous protection des forces israéliennes. Les colons y ont effectué des visites provocatrices et des rituels talmudiques, dans la continuité des incursions quasi quotidiennes organisées sur l’esplanade.
Dans un rapport publié le 7 juin, le ministère palestinien du Waqf et des Affaires religieuses a documenté une nouvelle escalade des violations israéliennes contre les lieux saints musulmans au cours du mois de mai. Selon son rapport, 23 incursions de colons ont été recensées dans la mosquée Al-Aqsa, notamment le 14 mai, lors de la soi-disant « Journée de l’unification de Jérusalem », où plus de 1 400 colons, dont des ministres israéliens, des membres de la Knesset et des figures d’extrême droite, ont pénétré dans l’esplanade sous la protection des forces israéliennes. Le rapport fait également état de restrictions imposées aux fidèles palestinien·nes, d’agressions aux portes de la mosquée et de pratiques provocatrices dans ses cours.
À Hébron, les autorités israéliennes ont interdit l’appel à la prière à 74 reprises dans la mosquée Al-Ibrahimi, tandis que les incursions militaires et les mesures de contrôle contre les fidèles et les employé·es du Waqf se sont poursuivies.
D’autres lieux religieux et historiques palestiniens ont également été visés. Le 4 juin, les forces israéliennes ont de nouveau pris d’assaut la tombe de Youssef, à l’est de Naplouse, accompagnées d’un bulldozer. Les bassins de Salomon, au sud de Bethléem, ont eux aussi été le théâtre d’incursions répétées des forces israéliennes, qui y ont escorté des colons venus effectuer des rituels talmudiques, après avoir bouclé le secteur et empêché l’accès au site. Cette escalade a notamment été marquée par la venue du ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich et de plusieurs membres de la Knesset, qui ont agressé des visiteurs palestiniens en les intimidant afin de les empêcher de revenir.



