Expulsions, assassinats et enlèvements d’enfants : Israël poursuit son harcèlement en Cisjordanie occupée, en toute impunité

Bilan hebdomadaire de la situation en Cisjordanie occupée du 23 au 30 juin 2026

Par l’Agence Média Palestine, le 30 juin 2026

Aucun répit. La Cisjordanie occupée a connu du 23 au 30 juin 2026 une nouvelle intensification de la violence de la colonisation israélienne. Les violences militaires et les déplacements forcés de communautés palestiniennes se poursuivent, tandis que plusieurs enfants ont été tués ou arrêtés par l’armée israélienne. Des rapports alertent sur une transformation profonde du territoire et une annexion de fait en cours.

La semaine du 23 au 30 juin 2026 confirme une tendance observée depuis plusieurs mois en Cisjordanie occupée : l’accélération simultanée de la colonisation, des déplacements forcés et de la répression militaire contre la population palestinienne. Les événements de ces derniers jours montrent la manière dont Israël harcèle nuit et jour le peuple palestinien dans la perspective d’une transformation radicale du territoire en vue de l’annexion de facto.

Cette dynamique a été dénoncée cette semaine par le Secrétaire général des Nations unies, António Guterres, qui évoque une « expansion et une accélération implacables » des colonies israéliennes mais ne propose toujours aucune action concrète contre l’impunité israélienne. Dans le même temps, plusieurs rapports documentent comment des communautés palestiniennes sont définitivement chassées de leurs terres, de nouvelles infrastructures militaires traversant les terres agricoles de la vallée du Jourdain, la poursuite des raids quotidiens et une violence qui touche de manière croissante les enfants et les adolescent·es palestinien·nes.

Les enfants palestiniens, cibles de la barbarie coloniale

Pour traumatiser durablement le peuple palestinien, les enfants et adolescent·es sont massivement ciblé·es par les opérations israéliennes en Cisjordanie occupée.

Le 29 juin, Amir Ahmad Jawad Jaber, âgé de 15 ans, a été exécuté lors d’un raid de l’armée israélienne à Oumm al-Charayet, un quartier d’Al-Bireh, près de Ramallah. Selon le ministère palestinien de la Santé, l’adolescent a été atteint d’une balle à la tête et d’une autre à la poitrine. Le Croissant-Rouge palestinien l’a transporté vers le complexe médical de Palestine, où son décès a été constaté.

L’armée israélienne affirme que des soldats ont ouvert le feu après des jets de pierres visant leurs positions. Les autorités palestiniennes dénoncent pour leur part une exécution extrajudiciaire. Quelques heures avant sa mort, des forces israéliennes avaient également mené plusieurs incursions dans les gouvernorats de Ramallah, Naplouse, Jénine et Hébron, poursuivant une campagne de raids qui ne connaît pratiquement plus d’interruption depuis le début de l’année.

La pression s’exerce également sur le système éducatif palestinien.La Société des prisonniers palestiniens a indiqué cette semaine que 65 lycéens palestiniens ont été enlevés et détenus par Israël depuis le début de l’année 2026, dont quatre depuis le lancement des examens finaux au mois de juin. L’organisation estime que ces arrestations s’inscrivent dans une politique plus large visant les étudiant·es palestinien·nes à tous les niveaux de l’enseignement. Ces jeunes sont placé·es en détention administrative, sans inculpation ni procès. La Société des prisonniers palestiniens dénonce des pratiques de torture, des humiliations et des mauvais traitements systématiques dans les centres de détention israéliens. 

B’Tselem dénonce une banalisation de la mort des enfants palestiniens

La publication, cette semaine, d’un nouveau rapport de l’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem vient renforcer ce constat. L’enquête revient sur les 54 enfants et adolescent·es palestinien·nes tué·es par les forces israéliennes en Cisjordanie occupée au cours de l’année 2025. L’organisation affirme que la majorité des victimes ne représentaient aucune menace immédiate au moment où elles ont été abattues.

21 enfants ont été tués alors qu’ils ne participaient à aucun affrontement. D’autres ont été atteints lors de raids militaires, à proximité de leur domicile ou alors qu’ils circulaient dans la rue. Dans plusieurs cas, les soldats israéliens ont ouvert le feu contre des jeunes lançant des pierres, sans qu’aucun militaire israélien ne soit blessé. Le rapport documente également plusieurs situations au cours desquelles les secours ont été empêchés d’intervenir rapidement. Des ambulances ont été retardées ou empêchées d’accéder aux blessé·es, tandis que des proches ont essuyé des tirs lorsqu’ils et elles tentaient de porter assistance aux victimes.

B’Tselem souligne enfin qu’Israël retient toujours les corps de 18 enfants et adolescent·es tué·es en 2025. L’organisation estime que cette pratique, dénoncée depuis plusieurs années par les organisations de défense des droits humains, prolonge délibérément la souffrance des familles en les empêchant d’organiser des funérailles et de faire leur deuil. B’Tselem dénonce la normalisation de l’usage de la force létale contre des mineur·es palestinien·nes dans un contexte où les enquêtes sont rarissimes et les poursuites quasiment inexistantes.

« Mon fils n’est pas un numéro » : le témoignage du père de Sam, 7 mois, face à l’indicible

Dans un témoignage diffusé cette semaine par RFI, Fahd Abu Haikal raconte la mort de son fils Sam, âgé de sept mois, tué récemment d’une balle dans la tête, dans les bras de sa mère, par l’armée israélienne, en Cisjordanie occupée. Assis chez lui, il regarde les photos de l’enfant sur son téléphone et répète son refus de voir son histoire réduite à une statistique parmi d’autres. « Mon Sam n’est pas un simple numéro », dit-il. Son témoignage illustre la souffrance insondable d’une population confrontée à la perte d’enfants dans un cadre de violences systématiques, sans perspective de justice.

Les déplacements forcés sont irréversibles

Un rapport publié cette semaine par le Consortium pour la protection de la Cisjordanie conclut que les familles déplacées sous la pression des colons israéliens n’ont pratiquement aucune perspective de retour.

L’étude montre que ces déplacements ne sont plus temporaires. Une fois les familles parties, les violences se poursuivent, les habitations sont détruites ou occupées, les pâturages deviennent inaccessibles et les moyens de subsistance disparaissent progressivement. Les communautés pastorales perdent leurs troupeaux, leurs revenus et leurs réseaux de solidarité, ce qui les contraint à s’installer dans des zones urbaines où elles vivent souvent dans une grande précarité.

Les auteurs décrivent un véritable processus d’appauvrissement durable. Les expulsions répétées de communautés bédouines dans la vallée du Jourdain ou les collines du sud d’Hébron apparaissent désormais comme l’un des principaux leviers de l’expansion des colonies israéliennes. En vidant progressivement certaines zones de leurs habitant·es palestinien·es, ces déplacements facilitent leur intégration au projet colonial israélien.

« Crimson Thread » : dans la vallée du Jourdain, une barrière de 22 kilomètres en construction sur les terres agricoles palestiniennes

Cette stratégie se traduit également par la construction de nouvelles infrastructures militaires. Israël poursuit actuellement le projet baptisé « Crimson Thread » (« Fil pourpre »), une barrière de 22 kilomètres qui doit traverser le nord de la vallée du Jourdain entre Tayasir et le checkpoint de Hamra.

Présenté par l’armée israélienne comme un dispositif destiné à empêcher les trafics d’armes entre la Jordanie et la Cisjordanie, le projet prévoit l’aménagement d’une route réservée aux patrouilles militaires ainsi que la création d’une importante zone de sécurité. Selon des documents révélés par le quotidien israélien Haaretz, le tracé passe directement à travers des terres agricoles palestiniennes. Sur le terrain, les conséquences sont déjà visibles. Des bulldozers israéliens ont commencé à détruire des serres, des citernes d’eau, des silos, des bâtiments agricoles et plusieurs infrastructures hydrauliques. Des agriculteurs palestiniens affirment avoir perdu une partie de leurs récoltes tandis que certaines familles ont déjà quitté leurs terres, faute d’accès à l’eau.

Ce projet illustre la manière dont Israël remodèle progressivement le territoire palestinien. Routes réservées aux colons, zones militaires fermées, barrières et checkpoints dessinent un espace toujours plus fragmenté, où la continuité territoriale palestinienne se réduit année après année.

Hébron, une nouvelle étape dans la consolidation du contrôle israélien

À Hébron, c’est autour du Caveau des Patriarches que les tensions se sont cristallisées cette semaine. Les autorités israéliennes ont annoncé mi-juin le transfert de certaines compétences administratives concernant ce lieu saint, jusque-là exercées par les autorités religieuses palestiniennes, vers des institutions israéliennes.

C’est une nouvelle étape dans la consolidation du contrôle israélien sur la vieille ville d’Hébron, théâtre depuis de nombreuses années de la brutalité coloniale. Depuis la signature du protocole de 1997, la cité est divisée entre secteurs palestiniens et secteurs placés sous contrôle militaire israélien. Les quelque 700 colons installé·es au cœur de la ville bénéficient d’une protection permanente de l’armée, tandis que des dizaines de milliers de Palestinien·nes vivent sous un régime de restrictions particulièrement sévère.

Une pression militaire et administrative constante sur la société palestinienne

Au-delà des événements les plus médiatisés, la semaine écoulée s’inscrit dans une continuité de raids et d’arrestations quotidiens. Les incursions militaires israéliennes se sont poursuivies dans la plupart des gouvernorats, accompagnées de perquisitions, d’enlèvements et parfois de blessé·es lors d’affrontements localisés. Ces opérations s’inscrivent dans un dispositif de harcèlement continu pour le contrôle territorial, où la présence militaire reste quasi permanente dans de nombreuses zones urbaines et rurales.

Dans ce contexte, la détention administrative et les arrestations massives continuent de concerner plusieurs milliers de Palestinien·nes. Les organisations de défense des prisonniers estiment que près de 9 600 Palestinien·nes de tous âges sont actuellement détenu·es dans les prisons israéliennes, dans des conditions inhumaines.

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