Par l’Agence Média Palestine, le 20 juillet 2026
21 ans après le retrait de Gush Katif et après près de trois ans de génocide, des milliers d’Israélien•nes dont 28 ministres et députés de la coalition ont marché vers la bordure de Gaza, sans qu’aucune arrestation ne soit prononcée. Une démonstration de force qui vise, à trois mois des élections israéliennes, à recoloniser le territoire dévasté.

Dimanche 19 juillet 2026, des ministres du gouvernement israélien et des députés se sont joints à des centaines de manifestant•es pour une marche à travers une zone militaire fermée en direction de la frontière de Gaza en vue de la colonisation juive du territoire décimé par Israël. Cette procession dénommée « Marche des milliers » marquait les 21 ans de l’évacuation par Israël du bloc de colonies de Gush Katif à Gaza en 2005. Elle a rassemblé des figures de premier plan du camp sioniste-messianique, comme le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich, ainsi que des élus du Likoud de Netanyahou. Selon les organisateurs du groupe de colons Nachala, un total de 28 ministres et parlementaires de la coalition ont participé à l’événement, une porte-parole qualifiant ce soutien venu de la droite plus institutionnelle de « très significatif » comparé aux précédentes tentatives de marche vers la bande de Gaza.
Now: hundreds of Israeli right wing activists managed to arrive to the Gaza fence, calling to establish settlements in Gaza. pic.twitter.com/ksW0oiO9RN
— Oren Ziv (@OrenZiv_) July 19, 2026
Une armée qui recule sans arrêter personne
L’armée avait pourtant décrété la zone entourant Gaza « zone militaire fermée », du dimanche 8h au lundi 8h. Malgré cet ordre et les centaines de policiers et de soldats dépêchés sur place, les marcheurs se sont rassemblés à 17h près de la plage de Zikim et ont franchi le premier barrage de l’armée en moins de dix minutes.
Le scénario s’est répété à plusieurs reprises : quand les marcheur•ses ont commencé à franchir un point de contrôle, les soldats se sont abstenus de procéder à des arrestations, se repliant plus loin pour ériger un nouveau barrage. Le correspondant du Times of Israel rapporte avoir observé les marcheur•ses contourner au moins quatre barrages successifs avant d’atteindre la clôture frontalière, certains se rapprochant de la frontière dans une procession désordonnée. Les plus jeunes et les plus agiles ont d’abord gravi des dunes de sable, traversé des broussailles et franchi des barbelés pour éviter les jeeps et les quads de l’armée qui bloquaient les routes, puis, les forces de sécurité relâchant leur vigilance, des familles entières ont pu avancer sans encombre sur la route goudronnée. Aucune arrestation n’a été rapportée, mais les marcheur•ses ne semblent pas être parvenus à pénétrer dans Gaza proprement dite.
Les marcheur•ses chantaient et scandaient des slogans dans la liesse tout au long du parcours. Beaucoup portaient des autocollants proclamant que Gaza leur appartenait « pour toujours » et brandissaient des drapeaux appelant à la construction d’un troisième Temple. La grande majorité des participant•es étaient venu•es en famille, avec leurs enfants.
Les prises de parole des ministres
Ben Gvir a salué les marcheur•ses en affirmant que personne n’aurait cru, il y a trois ans, qu’Israël contrôlerait aujourd’hui 70 % du territoire de Gaza, et a appelé de ses vœux une colonisation juive de l’ensemble de l’enclave, tout en encourageant « l’émigration volontaire » des Palestinien•nes vers d’autres pays. Smotrich, qui a serré la main de plusieurs marcheur•ses près du point de départ, a averti que si la gauche revenait au pouvoir, tout cet effort pourrait être anéanti, et qu’il faudrait alors remarcher pour empêcher toute expulsion. Le ministre des Communications Shlomo Karhi a quant à lui appelé à s’implanter durablement sur l’ensemble des terres qu’il attribue aux ancêtres du peuple juif, Gaza comprise.
Wondering why anti-Israeli sentiment is at an all time high?
— Mario Nawfal (@MarioNawfal) July 20, 2026
Here’s Ben-Gvir today:
“So I say today: there will be a Jewish settlement in all of Gaza.
Gaza is ours." pic.twitter.com/qw5SAprJA1
Le point final officiel de la marche se situait au sommet d’une colline offrant une vue sur l’ancienne colonie d’Eli Sinaï ; de nombreux marcheur.ses y sont parvenus et y ont planté un drapeau israélien. La fondatrice de Nachala, Daniela Weiss, faisait des allers-retours pour encourager les participant•es à achever le dernier tronçon. Au mégaphone, devant la bordure, elle a déclaré : « On me demande ce qu’il adviendra des Arabes à Gaza. Je le dis catégoriquement : il n’y aura plus d’Arabes à Gaza. »
דניאלה וייס על גדר המערכת של עזה, הערב: ״שואלים אותי ׳מה יהיה עם הערבים בעזה׳… לא יהיו ערבים בעזה, חד משמעית״ pic.twitter.com/LGYgCXxuam
— Yair Foldes (@Yair_Foldes) July 19, 2026
Les estimations du nombre de participant•es varient fortement selon les sources : la police a indiqué à Ynet un chiffre d’environ 5 000 personnes, tandis que les organisateur•rices en revendiquaient près de 15 000. Selon les organisateurs, la marche visait à faire pression sur le gouvernement pour qu’il autorise le rétablissement de trois colonies évacuées du nord de Gaza — Eli Sinaï, Dugit et Nissanit — avant les élections générales, prévues en octobre 2026. Cette mobilisation s’inscrit dans une série d’initiatives similaires organisées ces dernières années par des groupes de colons pour pousser le gouvernement de Benjamin Netanyahou à revenir sur le désengagement de 2005.



