Alors que l’Union Européenne échoue encore à prononcer des sanctions fermes et communes envers Israël, la Belgique a déclaré l’interdiction d’importer des articles produits dans les colonies israéliennes sur son territoire .
Par l’Agence Média Palestine, le 20 juillet 2026

« Trop peu d’États prennent aujourd’hui des mesures concrètes pour mettre fin à l’occupation illégale du territoire palestinien ou à l’impunité dont bénéficie Israël pour le génocide commis à Gaza, le nettoyage ethnique en Cisjordanie et le système d’apartheid imposé au peuple palestinien », explique Nathalie Janne, chargée de plaidoyer pour la section belge francophone d’Amnesty International, dans un communiqué qui salue la décision belge d’interdire l’importation de produits issus des colonies illégales israéliennes.
Une décision promise près d’un an auparavant par le gouvernement belge en réaction au génocide perpétré par Israël à Gaza, et que les militan•es n’ont cessé de réclamer. « Bien que cet accord se soit longuement fait attendre et qu’il soit loin d’être parfait, il constitue tout de même un pas en avant à mettre au crédit de la Belgique », souligne Nathalie Janne. Et d’ajouter : « Cette initiative renforce la pression pour l’adoption d’une telle mesure au niveau de l’Union européenne, alors même que plusieurs États membres ont adopté diverses formes d’interdiction des produits des colonies ; les appels lancés en faveur d’une action européenne harmonisée à la Commission européenne se font ainsi de plus en plus insistants. »
La ministre palestinienne des Affaires étrangères, Varsen Aghabekian Shahin, a également salué cette décision. « Nous appelons tous les États à adopter des mesures similaires et à veiller à ce que l’illégalité ne soit jamais récompensée », a écrit Mme Shahin dans un message publié sur X.
L’inertie européenne soulignée
Cette décision unilatérale de la Belgique vient en effet souligner l’inertie chronique de l’Union Européenne, qui condamne dans les mots l’occupation israélienne, mais ne cesse d’échouer à prendre des mesures significatives.
La semaine passée, un sommet européen des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne a débattu de trois options présentées dans un document confidentiel de la Commission européenne, sans parvenir à s’accorder sur l’une d’entre elles : un système de licences d’importation, des droits de douane prohibitifs ou une interdiction des échanges commerciaux.
Selon la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, l’option favorisée était l’interdiction totale, mais n’a pas fait consensus, et la discussion a été une nouvelle fois repoussée.
« Nous espérons alors pouvoir franchir une nouvelle étape à la fin de l’été [en septembre] », a déclaré le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Tom Berendsen, qui affirme que « dans les semaines à venir, il faudra clarifier la position de ce groupe du centre ». Avant la réunion, des diplomates avaient déclaré ne pas s’attendre à une décision officielle concernant une mesure particulière.
Un autre débat non résolu lors de ce sommet questionne la nécessité d’un vote unanime sur la question de l’interdiction, certain-es diplomates considérant qu’une majorité de qualifiée d’au moins 15 États membres de l’UE, représentant 65 % de la population de l’Union, pourrait suffir à son adoption, et contourner ainsi les oppositions systématiques de l’Allemagne, de l’Italie et de la République tchèque.
Les exportations des colons vers l’UE s’élèvent à 150 à 250 millions d’euros par an, selon certaines estimations, mais la Commission européenne ne dispose pas de chiffres réels, car les capitales ne communiquent pas les données appropriées. En outre, une enquête publiée le mois dernier a révélé des irrégularités systémiques dans les importations israéliennes.
1,3 millions de citoyens européens contre l’accord d’association
La semaine dernière également, l’alliance de la Gauche Européenne (ELA), regroupant au sein du parlement européen huit partis européens de sept pays différents dont la France Insoumise, a clôturé son Initiative Citoyenne Européenne (ICE) visant à la suspension totale de l’accord d’association UE-Israël avec plus d’1,3 million de signatures.
Après vérification par les Pays membres de l’authenticité des signatures, le parlement européen aura l’obligation de débattre du sujet et d’y répondre sous six mois. L’accord d’association, entré en vigueur en 2000, facilite le libre-échange entre les deux parties dans plusieurs secteurs économiques. Son article 2 conditionne son application au « respect des droits de l’homme et des principes démocratiques », une clause qui justifie, selon les signataires, sa suspension.
Cependant, cette suspension de l’accord reste elle aussi conditionnée à un vote unanime des pays membres, et plusieurs pays dont l’Allemagne, l’Italie et la République tchèque y sont fermement opposés, et l’accord n’a donc a ce jour pas été suspendu, malgré des appels répétés, y compris aux plus hauts niveaux de la diplomatie internationale.
« Si l’UE ne parvient pas à agir de manière coordonnée, les États membres doivent prendre les choses en main individuellement et suspendre unilatéralement toute forme de coopération avec Israël susceptible de contribuer à de graves violations du droit international, notamment en imposant un embargo complet sur les exportations d’armes, d’équipements de surveillance et de technologies associées, ainsi qu’une interdiction totale des relations commerciales et d’investissement avec les colonies illégales israéliennes dans le territoire palestinien occupé », a réagit Erika Guevara-Rosas, directrice générale de la recherche, du plaidoyer, des politiques et des campagnes à Amnesty International.
Et c’est ce que fait la Belgique : outre le respect d’un engagement national, cette interdiction prononcée des importations des colonies israéliennes sur le territoire belge est un signal adressé aux dirigeant-es de l’UE, celui de faire correspondre paroles et action.



