11 000 attaques israéliennes en Cisjordanie occupée depuis janvier

Point hebdomadaire sur la situation en Cisjordanie occupée : semaine du 4 au 11 août 2026

Cette semaine encore, la violence coloniale s’est déchainée à l’encontre des Palestinien·nes de Cisjordanie, par des raids militaires et des attaques de colons, tandis que les autorités israéliennes accélèrent les saisies de terres et la construction de colonies illégales.

Par l’Agence Média Palestine, le 11 août 2026

Raid sur le camp de Qalandiya

L’armée israélienne a fait au moins 51 blessés lors d’une opération israélienne « de grande envergure » dans le camp de réfugiés de Qalandiya, en Cisjordanie occupée.

L’opération a duré deux jours, débutant à l’aube du mercredi 5 août, lorsque les forces israéliennes ont pris d’assaut le camp de réfugiés de Qalandiya, au nord de Jérusalem-Est, dans un contexte de renforcement militaire.

Les sources locales indiquent que les soldat-es ont pris d’assaut le siège du Comité populaire du camp, expulsé plusieurs résidents de leurs logements, forcé une famille à quitter sa maison et empêché la prière de l’aube dans toutes les mosquées du camp.

La Société du Croissant-Rouge palestinien (PRCS) a indiqué que 35 personnes avaient été hospitalisées après avoir été violemment passées à tabac et que six autres avaient été soignées sur place. Une personne a été touchée par une balle en acier recouverte de caoutchouc. Six autres personnes ont souffert d’inhalation de gaz lacrymogène, selon la PRCS.

L’organisation a indiqué que ses équipes d’ambulanciers avaient été empêchées d’accéder aux blessés depuis tard dans la nuit de mercredi, bien qu’elles aient tout de même réussi à évacuer plusieurs patients, dont des personnes nécessitant une dialyse rénale.

Des dizaines de Palestiniens, dont des enfants et des femmes, ont été placés en détention pour être interrogés sur place, à l’intérieur de maisons transformées en centres de détention de fortune, selon les médias palestiniens locaux. Plusieurs personnes ont été arrêtées, et le journaliste Muhammad Samreen a été violemment agressé alors qu’il couvrait les événements. 

Jeudi, les forces israéliennes ont démoli des commerces situés près du poste de contrôle de Qalandiya, avant d’imposer un couvre-feu dans la ville voisine de Kafr Aqab et de bloquer les routes reliant la zone à Jérusalem.

Les organisations de défense des droits humains ont recensé plus de 11 000 attaques menées par l’armée israélienne et des colons à travers la Cisjordanie, rien qu’au cours du premier semestre de cette année. Selon l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem, l’objectif de ces raids incessants est de rendre ce territoire « invivable » pour les Palestinien·nes. Plus de 2 300 Palestinien·nes ayant été contraint·es de quitter leur domicile en raison des violences des colons et des restrictions qui en découlent.

Trois nouveaux plans de colonies illégales menacent Jérusalem-Est

Le gouvernorat de Jérusalem a également condamné ces raids et celui de Qalandiya en particulier, dénonçant que ces mesures visaient à créer les conditions nécessaires à la poursuite de grands projets de colonisation, à modifier le caractère démographique et géographique de la région et à isoler Jérusalem de son environnement palestinien au nord.

Il a appelé à “une intervention internationale urgente pour mettre fin aux violations israéliennes et protéger les camps de réfugiés palestiniens ainsi que la question des réfugiés”, qu’il a qualifiée de “composante essentielle des droits inaliénables du peuple palestinien”.

Hier, lundi 10 août, l’organisation israélienne de défense des droits humains Ir Amim a alerté sur l’avancement, au cours des dernières semaines, de trois grands projets de colonies illégales à Jérusalem-Est, portant sur plus de 3 400 logements, dans le but de renforcer le contrôle israélien sur la ville occupée.

La Commission d’urbanisme et de construction du district de Jérusalem a en effet déposé le mois dernier un plan pour une nouvelle colonie illégale d’environ 650 logements dans le quartier palestinien d’Umm Tuba. La commission a également approuvé deux autres plans : l’un concernant une nouvelle colonie illégale d’environ 450 logements au cœur du quartier palestinien d’Umm Lison, et un autre visant à agrandir la colonie illégale de Gilo de plus de 2 300 logements.

Aviv Tatarsky, chercheur chez Ir Amim, explique dans un article de Middle East Monitor que ces développements ne constituent pas une série de décisions d’urbanisme distinctes, mais « une politique intégrée mise en œuvre selon un calendrier calculé » : « en l’espace de quelques semaines, et à l’approche des élections, le gouvernement israélien fait avancer trois des plus grands projets de colonisation à Jérusalem-Est. »

Selon lui, ces mesures constituent une « tentative de créer de nouveaux faits accomplis sur le terrain, de redessiner le paysage urbain, d’accentuer la séparation de la ville par rapport à la Cisjordanie et de compliquer tout accord politique futur. »

37 millions de dollars supplémentaires pour l’appropriation de sites historiques palestiniens

Le ministre israélien des finances Bezalel Smotrich a annoncé mardi dernier, le 5 août, l’octroi d’une enveloppe de 113 millions de shekels (37 millions de dollars) destinée à prendre le contrôle de plus de 70 sites historiques répartis dans la Cisjordanie occupée.

Ce financement s’inscrit dans le prolongement d’un plan de 250 millions de shekels (83 millions de dollars) adopté en mai et visant à s’approprier des sites archéologiques en Cisjordanie, dans la vallée du Jourdain et ailleurs.

« Il s’agit d’un acte sioniste de la plus haute importance. Un peuple sans passé n’a pas d’avenir », a déclaré Bezalel Smotrich, à propos des projets de nouveaux centres d’accueil et de nouvelles installations de recherche sur ces centres historiques.

Le même jour, la commission des finances de la Knesset a approuvé un financement distinct de près de 300 millions de shekels (environ 99 millions de dollars) de financement direct et d’engagements en faveur du ministère israélien des Colonies.

Jeudi, les autorités israéliennes ont ouvert un appel d’offres pour la construction de 627 nouveaux logements dans la colonie de Kochav Yaakov, dans le gouvernorat de Ramallah et al-Bireh en Cisjordanie occupée, selon la Commission palestinienne de résistance à la colonisation et au mur (CRRC).

Depuis qu’il a pris en charge les affaires civiles en Cisjordanie occupée, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a approuvé, légalisé ou rétabli plus de 104 colonies illégales et 160 avant-postes agricoles. Parallèlement, le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a distribué des milliers d’armes à feu aux colons dans le cadre de programmes de « défense civile » soutenus par l’État.

Le village de Taybeh « zone militaire interdite »  

Vendredi 7 août, des colons israéliens ont attaqué une fois encore Taybeh, l’un des rares villages palestiniens de Cisjordanie à compter encore une majorité chrétienne, selon des sources ecclésiastiques et locales.

Prétendant répondre à l’escalade d’attaques de colons à laquelle est confrontée le village, l’armée israélienne a déclaré la localité et une partie de ses environs zone militaire fermée aux citoyens israéliens jusqu’en juillet 2027. La mesure concerne 14 km2, couvrant le village et des terres environnantes, interdisant à toute personne non-résidente d’y pénétrer.

Le maire du village, Suleiman Khouria, affirme n’avoir reçu aucune notification officielle de cette décision et l’avoir appris dans les médias israéliens. En outre, il estime que cette mesure restreint encore davantage la liberté des habitant·es, porte atteinte à leurs intérêts et ne les protège pas contre les attaques des colons.

Suleiman Khouria estime que cette décision portera préjudice aux villageois et à leurs moyens de subsistance, le village étant une destination touristique dotée d’hôtels, de restaurants et d’autres commerces qui dépendent des visiteur·euses et des touristes.

Dans une déclaration à Wafa, le maire affirme que « les colons israéliens continuent d’attaquer, de vandaliser et de faire paître leur bétail sur les terres du village », soulignant que la protection des villageois·es doit être assurée en mettant fin aux attaques des colons et en traduisant les auteurs en justice, plutôt qu’en imposant de nouvelles restrictions au village.

Selon les statistiques publiées par la Commission de résistance à la colonisation et au mur, les colons israéliens ont commis en Cisjordanie occupée 3 488 attaques contre les Palestinien·nes et leurs biens au cours du premier semestre 2026, notamment des agressions contre des habitants, des incendies de maisons et de véhicules, l’arrachage d’arbres, le nivellement de terres et le refus d’accorder aux agriculteurs l’accès à leurs terres.

L’ONU condamne l’escalade de violence

Les expert·es de l’ONU ont condamné, lundi 10 août, la forte escalade des attaques contre les civils palestiniens dans l’ensemble du territoire palestinien occupé au cours du mois de juillet, constatant “une détérioration brutale d’une situation des droits humains déjà catastrophique”.

En Cisjordanie occupée, y compris à Jérusalem-Est, les expert·es ont déploré le meurtre d’au moins 14 Palestinien·nes en juillet, dont la plupart au cours des dix derniers jours de ce mois, ainsi que des décès résultant des restrictions de circulation, parmi lesquels celui d’un bébé de quatre mois et la fausse couche d’une femme enceinte après que des ambulances ont été bloquées aux postes de contrôle militaires. « Lorsque les postes de contrôle et les barrières menacent la vie des nourrissons, des femmes enceintes et de leurs enfants à naître, les restrictions de circulation deviennent des instruments mortels », déclarent les expert·es.

Leur rapport pointe la violence des colons, tout en soulignant que celle-ci « n’est pas spontanée ; elle s’exerce sous la protection, et souvent avec la participation, des forces d’occupation israéliennes, parallèlement à une expansion record des colonies, à des démolitions massives, à des saisies de terres et au bouclage prolongé des camps de réfugiés, le tout soutenu et encouragé par des membres du gouvernement israélien. »

Les experts ont appelé à un respect immédiat de l’avis consultatif de la CIJ et des ordonnances de mesures provisoires, à savoir la cessation des attaques contre les civils, le respect du cessez-le-feu, un accès humanitaire sans entrave, la responsabilisation des coupables, ainsi que des mesures concrètes de la part des États tiers pour garantir le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme.

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