Le nouveau plan de Kushner : double discours pour un dialogue à sens unique

Alors que Jared Kushner et Benjamin Netanyahou affirment “faire avancer le plan Trump”, ils en modifient les termes, fermant les yeux sur les crimes israéliens et inscrivant une nouvelle réalité à Gaza.

Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 18 août 2026



« Kushner rencontre Netanyahu pour tenter de sortir le plan Trump de l’impasse » ; « Jared Kushner en mission déblocage à Jérusalem » ; « Jared Kushner tente de faire avancer le “plan Trump” pour Gaza ».

Tels sont les titres qu’on peut lire ce matin dans la presse française. Mais dans les annonces de l’émissaire américain Jared Kushner, ce n’est pas un « avancement » du plan Trump tel qu’il avait été accepté par le Hamas à la fin du mois dernier, mais bien un alignement total de ses conditions sur les exigences israéliennes.

Le gouvernement israélien entretient ainsi une position contradictoire dans laquelle, tout en prétendant continuer de travailler à un accord de paix en discutant avec l’envoyé de la maison blanche Jared Kushner, il refuse d’appliquer ses propres engagements et ne présente pas l’intention de se retirer de Gaza ni d’y cesser son génocide.

L’avancement d’une nouvelle réalité pour Gaza

Le double-discours est d’abord frappant du côté états-unien : d’une part, Jared Kushner présente sa visite comme une volonté de dialogue, allant jusqu’à rencontrer personnellement dimanche une délégation du Hamas, un fait sans précédent, les États-Unis ayant déclaré le groupe palestinien « organisation terroriste ».

Pour autant, l’émissaire états-unien s’est aussitôt empressé de déclarer sur Fox News qu’il était « évidemment, très, très difficile de faire confiance à une organisation terroriste qui a commis ces atrocités terribles. » Sa visite au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le lendemain, lundi 17 août, avait pour clair objectif de « rassurer » ce dernier du soutien des États-Unis.

Alors que le bureau de Netanyahou a qualifié les discussions de « constructives et approfondies », de nombreux·ses Palestinien·nes ne voient guère de signes laissant présager une résolution des problèmes empêchant le passage à la phase suivante du soi-disant cessez-le-feu.

Car les termes énoncés à l’issue de cette réunion lundi diffèrent largement de ceux stipulés par l’accord initialement prévu, et finalement rejeté par Israël : le plan de Trump avancé fin juillet dernier donnait le retrait des troupes israéliennes et un cessez-le-feu réel comme point de départ à la remise par le Hamas de ses armes au Comité d’administration palestinien (NCAG). 

On observe, dans les nouvelles déclarations états-uniennes, un glissement dans les termes pour venir s’aligner sur la position israélienne, qui revient sur chaque acquis palestinien pour dessiner une nouvelle réalité, celle d’une présence israélienne durable dans l’enclave palestinienne. 

Un dialogue à sens unique

Dans ce nouveau plan qui ne dit pas son nom, Israël ne s’engage à aucun retrait de ses troupes, ni aucun répit dans ses attaques. Ces derniers points sont relégués à un « après » dans lequel le Hamas aurait entièrement démantelé sa structure, détruit ses tunnels et remis ses armes, non plus au NCAG mais « sous supervision d’un général américain ».

« Nous avons un plan pour reconstruire Gaza, mais nous ne permettrons pas que Gaza soit reconstruite tant que la démilitarisation n’aura pas eu lieu », a déclaré Jared Kushner lors d’une interview accordée à Fox News. « Personne ne souhaite investir davantage d’argent dans un endroit où la situation perdure depuis si longtemps si c’est pour que des terroristes s’en emparent à nouveau ou qu’il soit à nouveau détruit par des attentats. »

Jared Kushner a ensuite indiqué que les opérations de désarmement pourraient commencer dans 30 jours, et que les États-Unis espéraient retirer les armes et détruire les tunnels dans un délai de 60 à 90 jours. Dans ce nouveau plan, la reconstruction de Gaza est entièrement conditionnée au « désarmement », mais Israël conserve son droit à la légitime défense face à ce qu’il pourrait considérer comme des menaces. 

Une fois encore, il pourrait être intéressant de s’attarder sur les mots : ceux employés à tort et à travers, comme « paix », « démilitarisation », « terroriste », et ceux complètement absents, comme « justice », « autodétermination », ou encore « retour ».

Jared Kushner modèle par ses mots une réalité dans laquelle l’avenir de Gaza est réduit à une question technique, et non plus politique. Dans ce narratif, le Hamas est continuellement accusé de freiner le processus de négociation, et Israël n’est jamais inquiété pour n’avoir respecté aucun de ses propres engagements.

Le Hamas est d’ailleurs prévenu : « s’ils ne tiennent pas leur engagement dès maintenant, tout le monde verra qu’ils ne sont pas sincères en matière de paix », affirme Kushner sur Fow News, « et Israël bénéficiera alors d’un soutien bien plus important de la part des États-Unis et d’autres pays pour aller jusqu’au bout de sa mission comme il se doit. »

« Ce ne sont même pas des êtres humains »

Dans l’écho de ces déclarations officielles ambivalentes, la violence génocidaire s’exprime librement dans la bouche d’autres ministres israéliens, comme les récentes déclarations d’Itamar Ben Gvir.

Dans un podcast animé par l’ancien otage israélien Rom Braslavski, paru la veille de la visite de Kushner, le ministre israélien de la Sécurité nationale a appelé à des assassinats de masse, dans un discours d’une violence explicite : « Je pense que nous devrions procéder à 30 à 40 assassinats ciblés par nuit », a déclaré Ben-Gvir. « Pas seulement ceux qui représentent une menace immédiate. Il y a là-bas des gens qui ne méritent pas de vivre… Ce ne sont même pas des êtres humains. »

Le ministre a ensuite explicitement appelé à l’installation de colonies israéliennes sur le territoire de Gaza et le déplacement massif de ses habitant·es palestinien·nes. Dans ce même podcast, le ministre a promis à Rom Brasalvski de « tout faire » pour lui permettre d’exécuter personnellement et « de ses propres mains » des Palestiniens condamnés pour les crimes du 7 octobre, si la nouvelle juridiction sur la peine de mort entrait en vigueur. « Ils ne méritent pas de vivre », a déclaré Ben Gvir à Braslavski, en parlant des prisonniers palestiniens.

Autrefois politicien marginal, Ben Gvir est désormais l’une des figures les plus influentes de la scène politique israélienne. Ses opinions extrêmes ont également gagné en popularité ces dernières années : un sondage publié la semaine dernière par le Jewish People Policy Institute, un groupe de réflexion israélien, a révélé que 22 % des citoyen·nes juif·ves d’Israël sont favorables à l’expulsion de la population palestinienne de la Cisjordanie occupée, tandis que 38 % d’entre elles et eux soutiennent l’annexion de ce territoire.

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