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Omar Karmi, 15 novembre 2019

Des membres affligés de la famille al-Sawarka lors des funérailles à Deir al-Balah au centre de la Bande de Gaza. Huit membres de la famille, dont cinq enfants, ont été tués jeudi dans une attaque par un missile israélien. (Ashraf Amra / APA images)

On spécule beaucoup autour du chronométrage de l’assassinat par Israël d’un chef du Jihad Islamique, Baha Abu al-Ata et de sa femme, Asma.

Pourquoi faire des vagues maintenant ? Ce meurtre a eu lieu au milieu des négociations de la coalition israélienne qui – si elles échouent – pourraient aboutir à une situation sans précédent de troisième élection en un an.

C’est arrivé dans une période de calme, due à une médiation égyptienne, entre Israël et le Hamas, qui a éveillé l’espoir que, non seulement le siège israélien draconien serait légèrement assoupli, qu’’il assurerait une prolongation de la cessation des hostilités, mais aussi ouvrirait la voie à des élections palestiniennes, attendues depuis si longtemps.

Et finalement, et avec une attaque plus ou moins simultanée contre un chef du Jihad Islamique à Damas (qui a raté sa cible apparente, Akram al-Ajouri, mais a tué un de ses fils, Mutah, et une de ses petites filles, Batoul), c’est arrivé au moment où existent plein de points névralgiques dans une région qui semble perpétuellement au bord de quelque précipice désastreux.

Pourquoi envenimer les choses à ce moment là ?

Plusieurs explications ont été avancées.

Benjamin Netanyahu, premier ministre d’Israël devenu un canard boiteux, cherchait une revanche personnelle après qu’une roquette, tirée paraît-il par le Jihad Islamique, ait perturbé lune de ses apparitions publiques en septembre, au plus fort de la campagne pour la deuxième élection de cette année.

Peut-être Netanyahu voulait-il détruire les efforts de son rival Benny Gantz pour former un gouvernement de coalition sans lui. Un embrasement pourrait aboutir à une vague de pression populaire en vue d’un gouvernement de large unité nationale entre le Likoud de Netanyahu et l’alliance Beu-Blanc de Gantz.

Ou bien, l’armée israélienne a simplement saisi une opportunité lorsqu’elle s’est présentée. Selon cette explication, Abu al-Ata était dans la ligne de mire depuis deux ans parce qu’il s’était révélé être une épine dans le pied au cours des efforts pour assurer une trêve durable à Gaza et qu’il s’était effectivement dévoyé.

En fait, soutient cette théorie, il était dans l’intérêt de tout le monde de voir partir Abu al-Ata, y compris du Hamas, qui veut du calme, et de la hiérarchie du Jihad Islamique, qui en avait assez d’avoir un électron libre dans ses troupes.

L’assassinat d’Abu al-Ata, selon cette théorie, verra les médiateurs égyptiens intensifier leurs efforts pour assurer une trêve plus durable à Gaza et alentour.

Impunité

Toutes les explications sont plausibles. Et toutes sont à côté du sujet.

Netanyahu peut très bien avoir cherché une sorte de vengeance personnelle contre un groupe qui, selon les médias israéliens, avait envoyé au diable l’image qu’il s’était donnée de Monsieur Sécurité.

Ou bien il aurait pu penser qu’un petit tir de roquette était un léger prix à payer pour essayer de sécuriser un gouvernement d’unité et, grâce à une législation depuis longtemps recherchée, obliger à assurer sa propre immunité contre les accusations de corruption.

Ou, en réalité, l’armée israélienne a peut-être simplement eu très envie d’y aller et alors, deux ans plus tard, a trouvé une fenêtre de tir pour tuer, non pas un, mais deux chefs du Jihad Islamique pour ainsi dire en même temps, l’un à Gaza et l’autre à Damas.

Peut-être toutes ces explications sont elles vraies en même temps.

Plus vraisemblablement, ce sont des idées a posteriori.

Ce qui est clair, c’est que l’armée israélienne agit avec impunité.

Les médias israéliens ont beaucoup parlé d’Abu al-Ata comme d’une « bombe à retardement », alors qu’il ne représentait clairement pas un danger imminent lorsqu’il a été tué.

Et pourtant, y a-t-il eu une seule protestation de la part de quiconque face à un acte de claire agression sans porvocation ?

L’envoyé de l’ONU au Moyen Orient Nikolay Mladenov n’a condamné que le tir de roquette qui a répondu à l’assassinat d’Abu al-Ata, décrivant le tir de roquette « aveugle » comme « absolument inacceptable », tout en n’ayant rien à dire du meurtre lui-même qu’il a décrit comme un « assassinat ciblé ».

Ciblé ? « Précision chirurgicale » ?

Peut-être qu’Asma Abu al-Ata aurait eu quelque chose à dire à ce sujet, si elle n’avait pas été elle même assassinée. Ou vraiment, Muath et Batoul.

Apparemment, la chasse est ouverte non seulement à Gaza, territoire occupé comme il l’est, mais aussi à Damas, où Israël – qui n’a fait aucun commentaire sur cette frappe selon son protocole habituel – a tué deux civils dans un pays souverain.

N’est-ce pas là un acte de guerre ?

Trente quatre Palestiniens ont été tués en l’espace de 48 heures. La moitié d’entre eux étaient des civils, huit d’entre eux des enfants.

Où sont les clameurs indignées ?

Que se passe-t-il maintenant pour le Hamas ?

La vérité, c’est que personne ne s’inquiète. Et le Hamas a trouvé, comme l’Autorité Palestinienne avant lui, qu’il s’agit d’une situation perdant-perdant.

Les deux millions d’habitants de Gaza demeurent enfermés sous clé, leur apport quotidien en calories soigneusement calculé pour éviter leur complète inanition.

Ils sont isolés du monde, appauvris, dans l’impossibilité de circuler, totalement empêchés de développer des infrastructures et dans l’impossibilité d’importer une longue liste de marchandises, dont beaucoup sont nécessaires pour commencer à reconstruire cette bande de terre dévastée.

Le Hamas a le devoir, comme l’AP avant lui, d’essayer de garder le calme, simplement afin de ne pas provoquer Israël qui infligerait plus de malheur.

En plus, et juste comme l’AP avant lui, il est chargé de cette tâche sans aucune récompense.

Il n’y a aucun horizon politique pour les Palestiniens. Et certainement aucun offert par un monde qui ne veut pas et est incapable de tenir Israël pour responsable.

Le Hamas peut cesser le feu. Il pourrait convaincre d’autres factions de cesser le feu contre quelques marchandises de plus autorisées à passer la frontière et quelques miles de plus au large pour la pêche.

Important pour survivre, oui. Mais après ?

Si les Palestiniens n’ont nulle part où se tourner et aucune histoire à poursuivre vers une fin heureuse, les Israéliens eux aussi sont dépourvus d’idées. Ils sont aussi moralement en faillite.

Israël raconte une histoire pleine de monstres. Mais les contes de fées résistent au raisonnement rationnel.

Nous pouvons spéculer autant que nous le voulons sur les raisons pour lesquelles Israël a agi comme il l’a fait et pourquoi maintenant.

La réponse pourrait paraître très simple : pourquoi pas? Israël bombarde Gaza parce qu’il le peut.

Traduction : J. Ch. pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada