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Par Michael F. Brown, 26 février 2020

Bernie Sanders a qualifié le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de « raciste réactionnaire » devant une foule de grands donateurs démocrates lors d’un débat télévisé entre les candidats à la présidentielle, mardi soir en Caroline du Sud.

Largement opposée à Sanders dans tout le débat, cette même foule a applaudi cette évidente vérité.

Aussi frappant que la réaction du public est le fait qu’aucun autre candidat, pas même Mike Bloomberg qui assistera à la conférence de l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee – Comité israélo-américain des affaires publiques, un influent groupe de pression pro-Israël], la semaine prochaine, ne soit venu à la défense de Netanyahu.

L’attachée de presse pour la campagne de réélection de Donald Trump, Kayleigh McEnany, a réagi avec indignation sur le fait que Sanders « vient littéralement de qualifier Netanyahu de raciste ».

Baptisant cela de « vraiment méprisable », elle a qualifié Sanders de « socialiste fou » qui « dénigre un phare de la liberté et de la démocratie au Moyen-Orient ».

Mais c’est la campagne de Trump qui a perdu le contact avec la réalité du terrain et le changement du sentiment public envers Israël.

On se demande à quoi aurait ressemblé sa défense de l’Afrique du Sud de l’apartheid et du Sud de Jim Crow.

On n’a pas demandé à Sanders et aux autres démocrates si c’est seulement Netanyahu qui est raciste ou si c’est Israël qui est structurellement raciste contre les Palestiniens — que ce soit les citoyens de l’état, les sujets du régime militaire en Cisjordanie ou dans la Bande de Gaza occupées, ou les réfugiés qui ont l’interdiction de retourner dans leurs maisons parce qu’ils ne sont pas juifs.

Mais si on leur demandait, un seul d’entre eux mentionnerait-il les crimes de guerres réalisés par Benny Gantz, l’ancien chef israélien de l’armée qui est encore en compétition pour remplacer Netanyahu comme Premier ministre dans une élection, d’ici quelques jours seulement ?

Sanders est encore le candidat le plus probable pour proposer un argument plus large à propos des actions d’Israël.

Avec les élections en Israël la semaine prochaine, Netanyahu ne sera presque certainement pas à l’AIPAC.

Mais Sanders garde encore ses distances parce que, comme il l’a dit dimanche, le puissant groupe de pression fournit une plateforme pour « les dirigeants qui expriment l’intolérance et s’opposent aux droits palestiniens fondamentaux ».

Sanders s’oriente peut-être vers une argumentation plus large contre les actions d’Israël et les nombreux politiciens —Israéliens et Américains — qui ont aidé et encouragé l’assujettissement palestinien tout au long des années.

Il n’est pas encore arrivé à ce point, mais sous la pression populaire il a avancé constamment dans la bonne direction depuis sa position assez rétrograde et anti-palestinienne d’il y a juste six ans.

Bloomberg devient raciste

Quelqu’un qui n’argumentera pas contre Israël, c’est Bloomberg, l’ancien maire de New York.

Alors qu’il a poursuivi la politique raciste du « stop-and-frisk » (littéralement, « arrêter et fouiller ») ciblant les New-Yorkais de couleur, il y a toutes les raisons de s’attendre à ce qu’il aide les agressions racistes d’Israël et les politiques de Trump qui les soutiennent.

Il l’a fait dans le débat, insistant sur le fait que maintenant que Trump avait déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, « on va devoir l’y laisser ».

Sanders, au contraire, a esquivé une question sur l’ambassade – ne s’engageant ni à la laisser à Jérusalem ni à la re-déplacer à Tel Aviv. « C’est quelque chose que nous devrons prendre en considération », a-t-il dit.

Bloomberg a aussi affirmé que le conflit israélo-palestinien ne dure que depuis 40 ou 50 ans seulement.

Son équipe de campagne grassement payée doit avoir oublié de lui passer un mémo sur la Nakba, quand les milices sionistes et plus tard l’armée israélienne ont nettoyé ethniquement 800 000 Palestiniens hors de leurs terres en 1948.

En fait, « 50 ans » ne couvre même pas l’occupation par Israël en juin 1967 de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, de la Bande de Gaza, du Sinaï et des Hauteurs du Golan.

Bien qu’il se soit trompé de plusieurs décennies, Bloomberg a provoqué des critiques pour sa paresseuse affirmation que « les combats durent depuis longtemps au Proche-Orient ».

Il a aussi fait référence aux colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée comme à des « communautés nouvelles », envoyant un clair message de mépris vis-à-vis du droit international et du droit des Palestiniens à ne pas voir leurs terres expropriées davantage et annexées. Sanders l’a corrigé en l’interrompant avec le mot « colonies ».

Warren trébuche sur l’ambassade

Elizabeth Warren, qui était la première candidate à annoncer qu’elle sautait la conférence d’AIPAC, a trébuché en répondant à la question sur le retour de l’ambassade américaine à Tel Aviv.

Alors que Sanders était évasif et que Bloomberg a répondu non, Warren a semblé indiquer que c’était au choix des parties. Il est possible qu’elle ait eu seulement l’intention de dire que les parties en présence devraient décider de l’emplacement de leurs capitales, mais cela avait certainement l’air de donner à Israël voix au chapitre sur le lieu de l’ambassade.

Dans une interview à [la chaîne d’informations] MSNBC après le débat, Sanders a une fois encore défendu les Palestiniens assiégés et bloqués par Israël dans la Bande de Gaza. Il a souligné le besoin d’« offrir justice au peuple palestinien » et de résoudre le chômage massif de 70% des jeunes à Gaza. Sanders a insisté sur le fait que les Palestiniens ne peuvent même pas quitter Gaza, « malgré les misérables conditions de vie là-bas ».

Notre position, a-t-il ajouté, ne peut être « une politique partiale, pro-Israël. Elle doit prendre en compte la peine et la souffrance du peuple palestinien ». Aucun autre candidat à la présidentielle n’est revenu à plusieurs reprises sur les droits du peuple palestinien à Gaza, spécialement quand la question ne portait même pas directement sur eux. Cela est différent du « business as usual » démocrate et semble être un objet d’inquiétude significatif pour les organisation anti-palestiniennes comme l’AIPAC et Democratic Majority for Israel [Majorité démocrate pour Israël].

Michael F. Brown est journaliste indépendant. Ses articles et ses points de vue ont été publiés dans The International Herald Tribune, TheNation.com, The San Diego Union-Tribune, The News & Observer, The Atlanta Journal-Constitution, The Washington Post et ailleurs.

Traduction : CG pour l’Agence Média Palestine

Source : The Electronic Intifada