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Par Mary Turfah, 26 mars 2020

Un Palestinien parle avec sa mère en quarantaine dans un service du gouvernement situé dans l’école algérienne Mahfouz al-Nahnah dans la ville de Gaza, 26mars 2020.
(Photo: Mahmoud Ajjour/APA Images) 

Hier, ce que je redoutais est arrivé. Sept nouveaux cas de coronavirus ont été annoncés tard dans la nuit dernière, portant le total à neuf dans la bande de Gaza, ce qui montre que le virus s’étend. Les deux premiers cas de COVID-19 ont été confirmés le 22 mars. Deux hommes ont été diagnostiqués alors qu’ils étaient en quarantaine à leur retour du Pakistan via la frontière avec l’Égypte et leur état est stable. Les détails sur les nouveaux cas sont maigres, bien que le ministère palestinien de la santé ait annoncé que ce sont tous des agents de sécurité qui s’étaient trouvés dans le même service de quarantaine et n’ont pas été exposés au public.

Bien que le virus semble être relativement contenu pour le moment, la diffusion augmente le spectre de ce que beaucoup d’entre nous savent depuis longtemps : piéger des millions de gens dans des quartiers fermés à Gaza est une sentence de mort.

C’était ce que j’avais à l’esprit quand j’ai lu une tribune publiée plus tôt ce mois-ci par le Centre des Affaires Publiques et de l’État de Jérusalem dont le titre posait la question : « Le coronavirus (COVID-19) va-t-il calmer la bande de Gaza ? Même si l’article montrait clairement que le mot « calmait » renvoyait aux tirs croisés à la frontière entre Gaza et Israël, il m’a choquée. Des euphémismes sont utilisés depuis longtemps pour décrire des actes de haine à Gaza. Leur remplacement récent par un langage froid et clinique l’est tout autant.

Le rapport des Nations Unies le plus récent, qui date du 24 mars, établit que 1 400 personnes rentrées récemment à Gaza depuis Rafah ou Erez, les passages de frontières respectivement vers l’Égypte et Israël, sont placés en quarantaine dans des services de santé et dans des espaces improvisés comme des hôtels et des écoles, pendant que plus de 2 millions de Gazaouis sont confinés chez eux.

Pour limiter la diffusion du virus dans la bande de Gaza, les autorités ont interdit les événements publics et appelé les citoyens à rester chez eux. L’appel à la prière, l’athan, qu’on entend dans tout le territoire a été modifié par la formule : « priez chez vous ».

Si le COVID-19 s’enflamme à Gaza, le système de santé pourrait être rapidement dépassé. Gerald Rockenschaub, le chef du bureau de l’OMS de Palestine a dit à l’AFP que Gaza n’a que 60 lits de traitement intensif. Abdel Nasser Soboh, le chef du bureau de Gaza de l’OMS a dit à Associated Press que les services de santé ont 62 ventilateurs à oxygène dont 15 sont déjà utilisés par des patients souffrant d’autres problèmes. S’ajoutant au siège, qui ralentit l’importation de fournitures médicales, même si elles sont supposées entrer sans restriction, des restrictions paralysantes d’énergie et les destructions causées par les campagnes de bombardement ont toutes endommagé les infrastructures de santé de Gaza. L’émigration de professionnels de santé face à toutes les manifestations d’instabilité, amplifie gravement le sous- équipement et le manque de personnel face à cette crise sanitaire, ou à toute autre.

Dimanche, Soboh a dit à la Media Line que « le système de santé de la bande de Gaza peut traiter 100 cas sans considérer cela comme un lourd fardeau, mais si le nombre augmente, Gaza sera dans l’incapacité de contrôler la situation. Il y aura alors un besoin urgent d’intervention internationale et mondiale pour fournir les ressource spéciales permettant de faire face à l’épidémie ».

Des travailleurs palestiniens cousent des masques protecteurs et des tenues médicales à l’usine UniPal 2000 dans la zone industrielle de Karni, dans la ville de Gaza, le 25 mars 2020. La production de masques en usine a récemment augmenté dans le cadre des problèmes liés à la diffusion du nouveau coronavirus. (Photo: Ashraf Amra/APA Images)

Pendant le weekend, l’OMS a livré des équipements de protection pour les travailleurs de la santé et du matériel de test en laboratoire pour soutenir les efforts de Gaza en réponse à l’épidémie. De plus, elle fournit un appui technique pour l’installation d’un hôpital de campagne au point de passage de Rafah qui comportera une unité de traitement de 38 lits, ainsi qu’un appui à la mise en place d’un checkpoint médical à la frontière avec Israël.

L’OMS admet cependant que « il faut prendre en considération de substantiels déficits de capacité, par la fourniture de matériel et d’équipements médicaux essentiels (notamment des kits de tests en laboratoire).

Pour remplir son rôle d’occupant afin de prendre soin des masses qu’il assiège, Israël a fourni la semaine dernière 200 kits de test à Gaza et mardi, Gaza avait réalisé 118 tests.

Gaza n’a cessé d’être décrite comme la plus grande prison à l’air libre au monde par des défenseurs des droits humains. Aux États Unis, nous commençons à voir un changement dans les débats sur comment atténuer la diffusion de la maladie parmi ceux qui sont incarcérés. En réponse à l’irruption de précédentes maladies comme la grippe, les prisons aux USA se sont mises à suspendre les visites et à resserrer les restrictions de sécurité, au motif d’empêcher la maladie d’entrer ou de sortir. Mais lundi, grâce à une pression sans faille des partisans de l’abolition des peines de prison et d’autres défenseurs en justice pénale, les prisons du New Jersey ont libéré 1 000 prisonniers en réponse au coronavirus, instaurant un précédent à suivre par d’autres. Les États de New York, de Californie, du Texas, de l’Illinois, de l’Ohio et de Pennsylvanie ont aussi commencé à libérer des personnes incarcérées.

Mais Gaza n’a pas reçu de visiteurs depuis longtemps. Elle est en état de siège – lisez : punition collective – depuis 2007.

Gaza est aussi un des lieux le plus densément peuplés de la terre. Les Gazaouis, en l’absence de cette pandémie mondiale, se voyaient régulièrement refuser des permis de quitter le territoire même pour des chimiothérapies. Les murs sous haute surveillance de Gaza détiennent des prisonniers condamnés à vie pour terrorisme, ce qui et une réalité héréditaire pour les Gazaouis, du point de vue israélien. Alors, tandis que des professionnels de la santé dans le monde entier appellent à une distanciation sociale – ce qui peut être mieux désigné par physique – afin de diminuer la diffusion du coronavirus dans la population, les habitants de Gaza assiégés n’ont nulle part où ils aient le droit d’aller. L’incarcération est un facteur de risque important pour développer des maladies infectieuses comme le COVID-19.

Mary Turfah est née et a été élevée à Dearborn, dans le Michigan, dans une famille palestino-libanaise. Elle est diplômée de l’université de Yale et poursuit actuellement des études de médecine à l’Université du Michigan ainsi qu’un master en études sur le Moyen Orient, l’Asie du Sud et l’Afrique à l’Université Columbia.

Traduction : SF pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss