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Par Michael Merryman-Lotze, le 26 mai 2020

(Image : AFSC)

Le 1er juin, Razan al-Najjar, 21 ans, était tuée par un tireur embusqué israélien alors qu’elle travaillait comme ambulancière volontaire dans la Grande Marche du retour à Gaza, apportant soins et assistance aux blessés lors de la manifestation. Razan portait un gilet médical blanc et, selon des témoins, elle avait les bras levés au-dessus de la tête au moment où elle a été tuée. Personne n’a été tenu responsable de son meurtre.

Razan est l’un des trois membres des services de santé tués par les soldats israéliens alors qu’ils apportaient leur aide aux manifestants au cours de la première année de la Grande Marche du retour. Entre mars et août 2018, plus de 400 membres du personnel de santé ont été blessés par les attaques israéliennes lors de ces manifestations, tandis que 61 véhicules médicaux et deux centres de santé étaient endommagés, selon l’organisation Aide médicale pour la Palestine. Personne n’a eu à rendre des comptes pour aucune de ces agressions,

La pandémie de COVID-19 a montré plus clairement que jamais à quel point les travailleurs soignants sont essentiels pour nos communautés. Le 1er juin, rejoignez l’AFSC (American Friends Service Committee) et des personnes dans le monde entier dans notre journée d’actions sur les médias sociaux afin de rendre hommage à Razan et à tous les soignants palestiniens.   

Alors que le nombre de cas de COVID-19 augmente à Gaza, il devient encore plus important que nous décidions d’agir pour attirer l’attention sur les besoins en matière de santé en Palestine et sur les dangers auxquels les Palestiniens font face en raison de la politique et des actions des Israéliens. Avant même que ne débute la Grande Marche du retour en 2018, l’organisation Coalition pour la sauvegarde de la santé lors des conflits classait, en 2017, la Palestine comme étant le deuxième endroit le plus dangereux sur terre en matière de soins, derrière la Syrie.

Les attaques de l’armée israélienne contre les professionnels de santé et les fournisseurs d’aides ne sont pas une nouveauté. En 2002, alors que certains quartiers de Ramallah étaient placés sous couvre-feu, j’accompagnais une équipe du Croissant Rouge dans une ambulance afin de remettre de la nourriture et d’autres aides à des familles coincées dans leurs maisons. Alors que nous descendions la rue Irsal, presque en limite de ville, un char d’assaut israélien a foncé dans notre direction à travers un champ, nous obligeant à nous arrêter. Des soldats israéliens, le fusil à la main, ont entouré l’ambulance, nous forçant, moi et un autre volontaire à négocier notre libération sous la menace de leurs armes. À cette époque, les attaques contre les ambulances et les fournisseurs d’aides étaient monnaie courante.

Plus tard la même année, je me suis déplacé à travers la Cisjordanie pour recueillir des informations en vue d’un rapport sur les attaques israéliennes contre l’institution palestinienne de la santé, rapport que j’ai écrit pour l’organisation de défense des droits de l’homme Al-Haq. J’ai parlé avec des soignants qui avaient subi des attaques, des tirs et des coups ; je me suis rendu dans des hôpitaux et des centres de santé qui avaient été envahis et attaqués ; et j’ai interrogé des personnes à qui on avait refusé l’accès aux soins. Personne n’a jamais été tenu responsable pour aucune de ces violations des droits de l’homme, aucune.

Les défis auxquels doit faire face le personnel soignant palestinien ne se limitent pas à ces attaques directes. Lors d’un récent déplacement dans la bande de Gaza, j’ai pu me rendre à l’hôpital Shifa, près des bureaux de l’AFSC à Gaza. J’y ai parlé avec un médecin qui m’a fait part de la difficulté qu’il rencontrait pour traiter les malades, étant donné que plus 40 % des médicaments et des fournitures médicales étaient en rupture de stock à cause du blocus de la bande de Gaza par Israël. Du fait que les centres de santé à Gaza manquent sévèrement de ressources, les médecins voient au moins 40 malades chaque jour ; dans certains endroits, ils peuvent en voir plus d’une centaine. Les coupes étasuniennes dans le financement de l’UNRWA n’ont fait qu’aggraver encore la situation.

Le manque d’accès à des services médicaux de qualité est un problème crucial dans le territoire palestinien occupé. Entre 2008 et 2010, J’ai géré un programme qui apportait une aide aux personnes vivant dans les communautés de la Zone C en Cisjordanie – les 60 % de la Cisjordanie qui sont toujours sous le contrôle total des Israéliens.

Une étude que nous avons menée à l’époque a révélé que 92 % des personnes interrogées dans les communautés ciblées de la Zone C n’avaient qu’un accès extrêmement limité aux services de santé – et la situation ne s’est pas améliorée dans la décennie qui suit. Il n’y a pas d’hôpitaux pour assurer des soins aux personnes. Et Israël a bloqué tout développement dans les parties de la Cisjordanie sous son contrôle exclusif, ce qui inclut l’interdiction de construire de centres de santé.

Beaucoup de communautés dépendent, pour les soins, de centres de santé mobiles, mais dans cette pandémie, les restrictions de déplacements imposées par les Israéliens empêchent ces centres de santé mobiles de se rendre dans les communautés.

Et ce ne sont là que quelques-unes des conditions désespérées auxquelles sont confrontés les professionnels de santé palestiniens. Pourtant, et en dépit des attaques et des risques pour leur vie, des dénis de médicaments et de fournitures, et d’autres ressources qui sont limitées, ces professionnels soignants continuent d’assurer des soins vitaux dans toute la Palestine.

En cet anniversaire du meurtre de Razan, nous nous tenons ensemble pour nous lever et célébrer l’incroyable travail que les soignants palestiniens accomplissent chaque jour – tout en exigeant aussi que soient mis en cause les responsables du meurtre de Razan et de la mort de tous ces Palestiniens qui ont perdu la vie sous la violence ou parce que les soins dont ils avaient besoin leur étaient refusés.

Nous espérons que d’autres encore se joindront à l’AFSC le 1er juin lors de notre journée d’actions pour réclamer une mise en cause et un changement.

En cette période de crise, le monde s’est uni pour célébrer les héros des services de santé qui vivent dans nos communautés. Nous devons tous nous souvenir des héros des services de santé de la Palestine, des héros qui méritent plus que notre gratitude. Ils méritent la protection, la mise en cause des responsables, et l’accès aux ressources qui sont nécessaires pour qu’il n’y ait plus de morts comme celle de Razan à pleurer.

Rejoignez-nous le 1er juin et rendez hommage aux soignants palestiniens

Mike Merryman-Lotze travaille avec l’American Friends Service Committee à Philadelphie en tant que directeur du programme Palestine-Israël. Il s’est impliqué dans un militantisme en Palestine depuis 1996. De 2000 à 2003, Mike a travaillé comme chercheur avec Al-Haq à Ramallah et de 2007 à 2010, il a travaillé avec Save the Children UK en tant que responsable du programme des droits de l’enfant en Palestine, responsable des programmes. en Cisjordanie et à Gaza.

Traduction : BP pour l’Agence Média Palestine

Source : Mondoweiss