Les dirigeant.e.s israélien.ne.s ignorent nos appels au cessez-le-feu. Ne les ignorez pas.

Nous sommes pris.es en otage par des politicien.ne.s qui n’ont aucun plan et ne savent que bombarder. Nous avons besoin que le monde intervienne – maintenant.

Par Noam Shuster, le 15 novembre 2023

Des familles et des sympathisant.e.s d’Israélien.ne.s retenu.e.s en otage à Gaza manifestent pour leur libération sur la « place des otages » devant le musée d’art de Tel-Aviv, le 26 octobre 2023. (Tomer Neuberg/Flash90)

Il est désormais clair pour toute personne dotée de bon sens qu’Israël n’arrêtera pas ses bombardements massifs et son invasion terrestre de la bande de Gaza sans une sérieuse pression extérieure. Je ne suis pas une radicale. Je ne suis pas une traître. Mais il faudrait être délirant.e pour croire que les mêmes personnes qui nous ont conduit.e.s à ce désastre prendront les mesures nécessaires pour nous en sortir. Notre gouvernement n’a ni réponse ni limite.

J’ai participé aux quelques petites manifestations organisées à Tel-Aviv ces dernières semaines pour réclamer un cessez-le-feu. Nous, militant.e.s de gauche, sommes une infime minorité dans notre société, et nous devons actuellement choisir nos mots avec soin. Nous craignons pour notre propre sécurité dans le cadre de la répression de la dissidence en Israël depuis les massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas, ce qui nous oblige à atténuer la visibilité de notre rage. Si nous sommes complètement réduit.e.s au silence, qui restera-t-il pour protester en faveur de la fin de la guerre et de la libération des otages ?

Lors des interventions des familles des otages, beaucoup ont déclaré sans ambages que leurs appels étaient ignorés pour permettre à l’armée israélienne de poursuivre son agression à Gaza. Si notre gouvernement ne les écoute même pas, qui nous écoutera ? La peur nous engourdit, comme si tout pouvait nous exploser à la figure et que la police d’Itamar Ben Gvir pouvait nous enfermer sans difficulté. Nous nous sentons frustré.e.s et impuissant.e.s.

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne sait comment survivre politiquement que par le sang et les chars d’assaut, en rassasiant une base fasciste assoiffée de toujours plus de colonies et de ressources pour réaliser ses rêves messianiques. Il alimente la division même dans notre douleur, allant jusqu’à suggérer que les massacres du 7 octobre ont été rendus possibles par les réservistes de l’armée qui ont refusé de servir pour s’opposer au coup d’État judiciaire du gouvernement.

Alors que les sondages indiquent actuellement qu’une majorité du public israélien souhaite le départ de Netanyahou dès la fin des hostilités, nous connaissons trop bien ce criminel de guerre pour espérer le voir quitter la scène tranquillement. Il trouvera certainement un moyen de nous monter à nouveau les un.e.s contre les autres pour tenter de rester au pouvoir.

Des Israélien.ne.s manifestent devant le quartier général de l’armée israélienne à Tel-Aviv pour demander un cessez-le-feu dans la guerre contre Gaza, le 28 octobre 2023. (Oren Ziv)

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que Netanyahou ne se soucie pas suffisamment de ce que veulent réellement les survivant.e.s des massacres du 7 octobre. Nombre d’entre eux.elles sont des libéraux.ales laïques et des progressistes de gauche – ceux et celles-là mêmes qui, au cours des neuf mois précédents, ont participé chaque week-end à des manifestations de masse contre son gouvernement. Le premier ministre estime qu’il n’a aucune obligation politique envers eux.elles.

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que ce gouvernement d’extrême droite est ivre de pouvoir, qu’il n’a pas de plan clair et qu’il est incapable de fournir des réponses légitimes aux questions difficiles sur la destruction qu’il mène actuellement. Sa seule stratégie consiste à frapper Gaza avec une brutalité jamais vue auparavant.

Il n’y a pas de cessez-le-feu car, même si la patience des États-Unis s’amenuise, personne ne force la main d’Israël. Nous avons le soutien total des pays les plus puissants du monde. Après tout, les États-Unis eux-mêmes ont déjà mené le même type d’attaques au Moyen-Orient.

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que notre gouvernement ne peut pas gérer l’échec du 7 octobre. Ils.elles sont responsables de ne pas l’avoir empêché, et de ne pas l’avoir arrêté plus tôt. Ils.elles savent que lorsque la machine de guerre s’arrêtera, lorsque nous aurons tous.tes un moment pour penser clairement, notre rage se retournera contre eux.elles

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que la vie des Palestinien.ne.s ne compte pas pour ce gouvernement, et Israël ne paie pas le prix de l’augmentation constante du nombre de morts à Gaza. Les étudiant.e.s, les médecins et les journalistes palestinien.ne.s sont déshumanisé.e.s et massacré.e.s, leurs espoirs et leurs rêves sont jugés au mieux sans intérêt, au pire dangereux.

Des Palestinien.ne.s blessé.e.s sont aligné.e.s dans les couloirs de l’hôpital Al-Shifa dans la ville de Gaza, au nord de la bande de Gaza, le 10 novembre 2023. (Flash90)

Il n’y a pas de cessez-le-feu parce que les progressistes de gauche juifs.ves et les citoyen.ne.s palestinien.ne.s d’Israël sont réduit.e.s au silence et que quiconque ose exprimer sa solidarité avec la population de Gaza est pourchassé par la police. Pendant ce temps, les ministres du gouvernement qui suggèrent « métaphoriquement » de bombarder Gaza ne sont que brièvement suspendu.e.s. Nous avons peur. L’espace politique pour lutter en faveur d’un cessez-le-feu a disparu.

C’est ici que vous intervenez.

Aidez-nous

Peut-être que pour vous, lecteur.rice, tout cela semble évident, mais il s’agit en fait d’une opinion extrêmement impopulaire ici en Israël. Des grand.e.s journalistes aux célébrités, la grande majorité des Israélien.ne.s sont convaincu.e.s que nous devrions continuer à « effacer » le Hamas. Mais le Hamas est-il en train de disparaître ? Nous n’en savons rien. Les otages vont-ils.elles bien ? Nous n’en savons rien. « Ensemble, nous vaincrons » – c’est tout ce qui compte.

La conviction collective des Israélien.ne.s que la violence actuelle est justifiée repose sur une vision étrange de la réalité. Nous avons réussi à nous convaincre que nous sommes « plus moraux.ales » parce que nous avons dit aux civils.e. de Gaza d’évacuer leurs maisons avant de les bombarder – même s’ils.elles n’ont nulle part où aller. Nous nous sentons bien dans notre peau parce que nous pensons que toute cette guerre est la faute du Hamas seul. Et d’une certaine manière, nous sommes d’accord avec la poursuite d’un bombardement et d’une invasion insensés menés par une direction défaillante et un premier ministre corrompu qui ne cherche qu’à sauver son propre cul, tandis que le reste d’entre nous reste assis dans l’obscurité et attend que tout soit terminé.

Des familles et des sympathisant.e.s d’Israélien.ne.s retenu.e.s en otage à Gaza manifestent pour leur libération sur la « place des otages » devant le musée d’art de Tel-Aviv, le 26 octobre 2023. (Tomer Neuberg/Flash90)

C’est un désastre. Un désastre permanent, qui s’aggrave et qui est indescriptible – pour nous, Israélien.ne.s, pour les Palestinien.ne.s de Gaza, de Cisjordanie et d’Israël, pour les otages et pour tous ceux.celles qui pensent que nous n’avons pas d’autre choix que de partager cette terre les un.e.s avec les autres en toute égalité. Et honte à vous si vous ne croyez pas à la douleur que ressentent les Juifs.ves ou les Palestinien.ne.s : nous ne devrions pas avoir à travailler plus dur pendant une guerre pour vous « prouver » que nous souffrons.

Je refuse de suivre aveuglément le troupeau qui m’entoure. Je préfère être impopulaire que de renoncer à mon humanité. J’ai perdu des proches dans les massacres du 7 octobre, d’autres sont encore retenu.e.s en otage par le Hamas. Je veux tout faire pour les sauver. Mais au lieu d’écouter ceux.celles d’entre nous qui ont perdu des ami.e.s et des membres de leur famille – et qui risquent d’en perdre d’autres – à cause de cette violence, le gouvernement utilise notre douleur pour justifier sa guerre et nous réduit au silence lorsque nous exprimons notre désaccord.

Alors que le monde est concentré sur les horreurs qui se déroulent à Gaza, les colons et les soldat.e.s israélien.ne.s se déchaînent en Cisjordanie, terrorisant et déplaçant des centaines de Palestinien.ne.s qui ne bénéficient d’aucune protection. Les efforts déployés par les juifs.ves et les Palestinien.ne.s pour se réunir et parler de bon sens sont stoppés par la police. Et pendant ce temps, notre premier ministre est occupé à approuver des fonds pour la rénovation de sa résidence.

La triste vérité est que nous sommes pris.es en otage par des dirigeant.e.s qui n’ont pas de véritable plan et qui n’apportent pas de véritables réponses à leurs concitoyen.ne.s. La seule chose qu’ils.elles savent faire, c’est bombarder. Sans raison. Pour faire tourner les machines de guerre. Pour faire taire leurs détracteurs.rices. Pour enrôler les jeunes dans une nouvelle guerre en leur promettant que celle-ci sera la dernière. Pour exploiter notre douleur et notre chagrin. Mais les atrocités du 7 octobre ne peuvent être corrigées par le massacre de milliers de Palestinien.ne.s.

Comment se fait-il que mes ami.e.s dont les membres de la famille sont retenu.e.s en otage doivent supplier leur gouvernement de leur parler et de les écouter ? Comment se fait-il que des personnes du monde entier puissent avoir plus de compassion pour nos otages que pour leurs propres dirigeant.e.s ? Comment peuvent-ils.elles dormir la nuit ?

S’il vous plaît, si vous voulez que les Palestinien.ne.s et les Israélien.ne.s vivent, nous avons besoin que vous fassiez pression pour obtenir un cessez-le-feu immédiat. En ce moment même. Nous souffrons. Nous sommes en deuil. Nous sommes orphelin.e.s. Nos dirigeant.e.s ne se soucient pas de la vie humaine. Nous voulons vivre. Nous ne pouvons pas le faire seul.e.s. Aidez-nous.

Noam Shuster (@ShusterNoam sur Twitter) est une comédienne indépendante, une artiste, une bâtisseuse de paix et une activiste. Elle a grandi à Neve Shalom – Wahat Al Salam. Elle se produit en trois langues : L’hébreu, l’arabe et l’anglais.

Source: +972

Traduction ED pour l’Agence Média Palestine

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