Alors que la rhétorique israélienne selon laquelle le Hamas utiliserait des civils comme bouclier humains est ancienne et parfois controversée, une enquête du média israélien Haaretz affirme que cette technique est en fait utilisée par l’armée israélienne elle-même.
Par l’Agence Média Palestine, le 15 août 2024

Les soldats israéliens utilisent des civils palestiniens comme boucliers humains à Gaza pour pénétrer dans les tunnels et les bâtiments qu’ils soupçonnent d’être piégés, ont rapporté Haaretz, média israélien de premier plan, ainsi que l’ONG Breaking the Silence, un groupe fondé par d’anciens soldats israéliens pour documenter les abus militaires.
Breaking the Silence a recueilli des témoignages auprès de vétérans des dix derniers mois de la guerre génocidaire menée par Israël à Gaza. Selon eux, des Palestiniens sont envoyés dans des maisons gravement endommagées et à l’entrée de tunnels, les mains liées par des liens en plastique par des soldats et d’officiers israéliens. Les civils « utilisés » de cette manière ont été détenus de manière arbitraire, sans qu’aucune action hostile à l’égard d’Israël ne leur soit reprochée.
Selon les témoignages, les militaires israéliens affirmaient à ces civils que leur propre survie était plus importante que celles de ces boucliers humains. Un soldat affirme avoir entendu dire que les civils palestiniens étaient utilisés pour remplacer les unités canines chargées de la recherche d’explosifs « parce que trop de chiens étaient morts ». De nombreux soldats ont fait part de leurs préoccupations concernant une pratique, illégale au regard du droit international et du droit israélien.
On leur dit : « Faites une mission dans un puits [de tunnel] et vous serez libres », rapportent des soldats à Haaretz et à Breaking the Silence. Les mains liées et une caméra attachée à leur corps, les Palestiniens détenus sont envoyés dans des zones potentiellement piégées et risquent leur vie de force. Ces hommes sont ensuite relâchés pour rejoindre leur famille, ce qui prouve bien qu’il s’agit de civils qui ne représentent aucune menace militaire, et n’ont été détenus que pour ces opérations de déblaiement.
Cette pratique serait tellement répandue dans les différentes unités combattant à Gaza qu’elle pourrait être considérée comme un « protocole », déclare Nadav Weiman, directeur exécutif de Breaking the Silence. Les soldats israéliens ont même un nom pour les boucliers humains, qui sont appelés « shawish », un terme d’argot pour désigner un soldat de rang inférieur.
Les récits de Breaking the Silence correspondent à ceux rapportés dans une enquête du journal Haaretz, qui affirme que le bureau du chef d’état-major israélien était au courant de cette pratique.
Les rapports sur l’utilisation de boucliers humains civils par les forces de défense israéliennes interviennent après que l’armée israélienne a justifié à de nombreuses reprises des attaques contre des cibles civiles, notamment des écoles et des hôpitaux, en alléguant que le Hamas les utilisait et utilisait les personnes qui s’y trouvaient comme boucliers humains.
« Comment pouvons-nous dire ce genre de choses après avoir fait cela, après avoir pris des Palestiniens comme boucliers humains ? » questionne Nadav Weiman.



