Gaza, au jour le jour : fouilles funèbres et marches du retour

Notre point sur la situation à Gaza cette semaine où, alors que la première phase de l’accord de cessez-le-feu semble globalement tenir, les habitant·es tentent d’évaluer les dégâts et d’envisager la suite. 

Par l’Agence Média Palestine, le 28 janvier 2025



À Gaza, les bombes se sont tues depuis huit jours maintenant, mais le terrible bilan de la campagne génocidaire d’Israël continue de s’alourdir, atteignant aujourd’hui 47 317 Palestinien·nes assassiné·es. 

Ce chiffre s’explique d’une part par le décès de personnes qui avaient été blessées avant le cessez-le-feu, souvent en raison des pénuries de médicaments, de personnel et/ou fournitures médicales dûes à la destruction des infrastructures et à l’entrave des livraisons humanitaires pas Israël. La plupart des 36 hôpitaux de Gaza ont été endommagés ou partiellement détruits par les bombes israéliennes, et seulement la moitié d’entre eux sont encore partiellement opérationnels, selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

D’autre part, l’arrêt des bombardements signifie aussi la possibilité pour les Gazaoui·es de fouiller les décombres à la recherche de leurs proches disparu·es. Le ministère de la santé de Gaza estimait, au lendemain du cessez-le-feu, que plus de 10 000 corps se trouvaient coincés sous les décombres. Vendredi 24 janvier, les équipes de la défense civile déclaraient avoir récupéré au moins 166 corps sous les décombres dans toute la bande de Gaza, la plupart d’entre eux étant des os et des crânes non identifiés. 

« Je suis entré dans ma maison et j’ai trouvé un corps en décomposition, » témoigne Osama Saleh, habitant de Rafah qui a pu retourner à sa maison après 5 mois de déplacement forcé.  « Je ne sais pas qui c’était ; il n’y avait aucun signe pour m’aider à l’identifier, et rien n’était clair à part un crâne et quelques os. (…) Nous vivons dans la terreur et nous voyons la terreur, un sentiment atroce qui m’a fait pleurer amèrement. Nous sommes très affectés lorsque nous voyons des corps décomposés et démembrés, dont il ne reste rien d’autre que les crânes. J’ai été terrifié en voyant les corps, nous sommes un peuple sinistré ».


Des zones de danger persistent

Si le cessez-le-feu semble globalement être appliqué, des attaques israéliennes continuent d’être menées localement. La semaine dernière, des tirs nourris de chars israéliens autour du point de passage de Karem Abu Salem, à l’est de la ville méridionale de Rafah à Gaza, ont été signalés.

Dimanche, les forces israéliennes ont empêché les civils palestiniens d’approcher le corridor de Netzarim, tirant sur la foule à plusieurs reprises et tuant au moins deux Palestiniens, selon des sources médicales. De nombreuses familles patientaient à cet endroit car Israël s’était engagé à se retirer du corridor pendant le weekend, conformément à ce qui était prévu par l’accord de cessez-le-feu, afin de laisser celles et ceux qui avaient été déplacé·es retourner au Nord de Gaza.

Lundi 27 janvier, Nadia Mohammed al-Amoudi, une enfant palestinienne âgée de cinq ans, a été tuée et trois personnes ont été blessées après que l’armée israélienne a bombardé une charrette à cheval à al-Jisr, à l’ouest du camp de réfugiés de Nuseirat, a rapporté l’agence de presse Wafa. Par ailleurs, Wafa a également rapporté qu’un Palestinien a été tué et que plusieurs personnes ont été blessées après que les forces israéliennes ont bombardé un bulldozer qui tentait de dégager un véhicule bloqué à Nuseirat. 

Le Maire de Rafah, Ahmed Al-Soufi, a exhorté ce matin la population à patienter encore avant de retourner dans la ville, expliquant que l’armée israélienne restait stationnée le long du corridor de Philadelphie — la bande de terre qui borde l’Égypte — et poursuivait ses attaques. L’armée israélienne en effet, si elle s’est retirée de Rafah conformément à l’accord de cessez-le-feu, a demandé aux civils d’éviter la zone située à moins de 700 mètres de la frontière, la désignant comme une « zone rouge ». Sans un retrait complet des forces israéliennes, « Rafah restera une zone extrêmement dangereuse », a déclaré Ahmed Al Soufi. Le Croissant-Rouge palestinien (CRP) affirme d’ailleurs qu’une de ses ambulances a été touchée plus tôt dans la journée par des tirs de snipers israéliens dans la région de Tal as-Sultan, à l’ouest de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza.

Outre ces apparentes violations directes du cessez-le-feu par l’armée israélienne, les autorités de Gaza alertent la population sur la dangerosité du terrain. Selon les experts, les Palestiniens qui rentrent chez eux à Gaza risquent de respirer de la poussière ou de toucher des débris contaminés par des produits chimiques toxiques, de l’amiante et des restes humains, ainsi que des munitions qui n’ont jamais explosé.

Inarrêtables marches du retour

Malgré ces exhortations à la prudence, et malgré le dénuement vers lequel elles et ils se dirigent, les Palestinien·nes déplacé·es de force au cours des derniers mois prennent néanmoins le chemin du retour vers leurs domiciles.

Depuis hier et l’ouverture du corridor de Netzarim, plus de 300 000 personnes ont quitté le sud de la bande de Gaza pour se rendre dans le nord, dont elles avaient été chassées par les multiples ordres d’évacuation émis par l’armée israélienne depuis 15 mois.

« Je vais commencer à reconstruire ma maison brique par brique, mur par mur », a déclaré à Al Jazeera un Palestinien en route vers le Nord. « Je ne peux pas décrire ce que je ressens. C’est un jour de fête pour nous, comme si nous avions été ressuscités et que nous entrions maintenant au paradis », déclare un autre homme.

L’émotion de ces scènes de retour est mêlée de deuil et d’effroi face à l’étendue des destructions que constatent les habitant·es. Israël a détruit ou endommagé au moins 80% des logements de l’enclave Palestinienne, et ce chiffre pourrait être plus grave encore concernant le nord de Gaza, qui était brutalement assiégé depuis plus de trois mois.

Selon Médecins sans frontières (MSF), l’offensive israélienne dans le nord a laissé des milliers de personnes sans « accès à la nourriture, à l’eau et aux soins de santé ». Aucun hôpital ne fonctionne dans la région depuis le 9 janvier.

« Je vais rentrer chez moi pour retrouver tout le monde », affirme néanmoins Mme Rusoomi, alors qu’elle énumère les membres de sa famille qu’elle sait avoir été tués pendant la guerre. « Même s’ils [Israël] l’ont détruite, nous voulons la reconstruire, même s’ils l’ont rasée, nous voulons la relever, et si notre peuple a disparu, nous voulons le réhabiliter. »

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