Notre point sur la situation à Gaza cette semaine, alors que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou est reçu aujourd’hui à la maison blanche pour discuter avec Donald Trump de l’avenir du cessez-le-feu à Gaza.
Par l’Agence Média Palestine, le 4 février 2025

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Alors que la première phase, qui devrait durer jusque début mars, de l’accord de cessez-le-feu entré en vigueur le 19 janvier semble installée, les équipes de secours peuvent enfin atteindre des zones dont l’accès avait été empêché, parfois depuis des mois, par l’armée israélienne. Mais leurs chances de pouvoir réellement secourir sont inexistantes, comme l’explique le journaliste Tareq Abu Azzom, d’Al Jazeera : « Des centaines de maisons sont devenues des cimetières. Les équipes humanitaires et médicales sont passées de missions de sauvetage à des missions de récupération. »
Le directeur du bureau des médias de Gaza a déclaré hier dans un communiqué que 14 222 personnes portées disparues, dont les corps sont supposés enfouis sous les décombres, sont désormais estimées mortes. Ce chiffre porte le terrible bilan du génocide imposé par Israël aux Palestinien·nes de Gaza à 61 709 personnes assassinées depuis le 7 octobre 2023. Parmi elles et eux se trouvent 17 881 enfants, ajoute le chef du bureau des médias de Gaza, dont 214 nouveaux-nés.
« La révision du bilan des mort·es à Gaza n’est pas une surprise pour ceux qui ont suivi de près les événements au cours des 15 derniers mois », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, qui rappelle que les chiffres précédents auraient largement dû suffire à inciter les gouvernements à réagir plus fermement bien plus tôt : « Le génocide n’est pas une question de chiffres ; il s’agit des actes commis, tels que la création délibérée de conditions conduisant à la destruction d’une population, et de l’intention qui les sous-tend. »
Elle a ensuite déclaré que le cessez-le-feu ne devait pas faire oublier les atrocités commises par Israël ces 15 derniers mois et que tout devait être mis en œuvre pour que les auteur·ices de ces crimes soient puni·es : « En fait, si l’on veut avoir une idée de l’avenir, il faut faire le point sur le passé. Le principal message d’Amnesty est qu’un génocide a été commis et qu’il faut en rendre compte. »
« Reconstruire nos vies en partant de zéro »
Après 15 mois de campagne génocidaire d’Israël, Gaza est en ruines. Plus de 50 millions de tonnes de décombres doivent être enlevées. Selon une estimation des Nations unies, cela pourrait prendre deux décennies.
Malgré cela, depuis la réouverture la semaine denière du corridor de Netzarim, qui était occupé depuis octobre dernier par les soldat·es israélien·es, coupant le Nord du Sud de Gaza, des centaines de milliers de Palestinien·nes sont retourné·es chez elles et eux. Pour beaucoup, il ne reste pas grand chose de ce chez-soi : « L’ampleur des destructions est inimaginable. Il n’y a pas de services – pas d’eau, pas d’électricité, pas d’égouts. Mais le fait que nous retournions dans le nord signifie beaucoup pour nous. Nous allons reconstruire nos vies en partant de zéro », raconte Ahmad, un Palestinien de 27 ans, de retour chez lui à Jabalya après avoir été déplacé avec sa famille pendant de longs mois.
Au milieu des destructions, les Palestinien·nes parviennent pourtant parfois à retrouver leurs proches. « Lorsque j’ai vu ma famille pour la première fois, je n’ai pas pu me contrôler, » témoigne Saeda Hamdona, écrivaine à Gaza, qui a été déplacée à deux reprises dans le sud de Gaza, séparée d’une partie de sa famille restée au Nord. « Je ne savais pas qui embrasser en premier : ma mère ou mon père ? Ma sœur ou mon frère ? J’aurais voulu que mon cœur et mon étreinte puissent les accueillir tous en même temps. Ce moment ressemblait à un rêve : J’ai eu l’impression que toute la douleur que j’avais endurée s’était soudainement évanouie. J’avais l’impression d’être enfin revenue à la vie. »
Outre tous les dégâts qui devront être réparés, les habitants de Gaza doivent essayer de faire face à une situation qui implique un niveau incalculable de chagrin et de choc. « Atteindre ne serait-ce qu’un semblant de normalité est une tâche énorme après une guerre génocidaire », écrit Fedaa Al-Qedra, journaliste à Gaza. « La détermination dont font preuve les personnes sur le chemin du retour indique qu’elles ont déjà commencé cette tâche. »
Des malades et blessé·es évacué·es par le point de passage de Rafah
Samedi 1er février, le point de passage de Rafah, fermé depuis le mois de mai, a été partiellement ouvert afin de permettre l’évacuation de 37 enfants malades ou blessé·e nécessitant des soins urgents.
Le mois dernier, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait résumé la situation de manière très claire : « Seuls 5 383 patients ont été évacués [de Gaza] avec l’aide de l’OMS depuis octobre 2023, dont 436 seulement depuis la fermeture du point de passage de Rafah. Plus de 12 000 personnes ont encore besoin d’une évacuation médicale. À ce rythme, il faudrait cinq à dix ans pour évacuer tous ces patients gravement malades, dont des milliers d’enfants. Pendant ce temps, leur état s’aggrave et certains meurent ».
Cinquante enfants devaient partir samedi, mais deux sont morts avant d’avoir pu être évacués, et d’autres étaient gravement malades et ne pouvaient être déplacés dans les conditions actuelles. Dans d’autres cas, les médecins avaient perdu le contact avec les familles et n’ont pu garantir le transport, a déclaré Zaher al-Wahidi, responsable du centre d’information palestinien auprès du ministre de la santé de la bande de Gaza.
Le retrait des troupes israéliennes de Rafah a été un enjeu très sensible dans les négociations de cessez-le-feu. Pour les Palestiniens de Gaza, il s’agit de la seule frontière qui ne jouxte pas Israël. Au début de la campagne génocidaire d’Israël, Rafah a été le point de sortie pour les Palestiniens possédant un double passeport, employés par des organisations étrangères ou disposant des moyens financiers et des relations nécessaires pour payer leur inscription sur une liste égyptienne. Rafah a été envahie en mai dernier par l’armée israélienne dans le cadre d’une opération brutale qui a suscité de vives condamnations de la communauté internationale, et l’Égypte avait en réponse fermé la frontière de son côté.
Si les évacuations de samedi sont encore insuffisantes, le retrait israélien du point de passage et sa réouverture partielle et progressive du côté égyptien sont pour certain·es analystes un signe que l’accord de cessez-le-feu pourrait tenir. Après cette étape importante, la prochaine étape importante sera le début, prévu aujourd’hui, des négociations pour la deuxième phase de l’accord.




