« Refusons que notre art soit complice du pire » : un tribune signée par 300 personnalités du cinéma

Une tribune adressée au monde du cinéma dénonce le silence de celui-ci sur le génocide en cours à Gaza depuis 18 mois, alors que s’ouvre cette semaine le festival de Cannes.

Par l’Agence Média Palestine, le 13 mai 2025

Fatma Hassona (Fatem), photo-journaliste assassinée par Israël le 16 avril 2025



Pourquoi le cinéma, vivier d’œuvres sociales, engagées, paraît se désintéresser de l’horreur du réel, de l’oppression subie par nos consœurs et confrères ?

C’est la question que posent plus de 300 personnalités dont  Richard Gere, Pedro Almodovar, Hafsia Herzi ou encore Adèle Exarchopoulos dans une lettre ouverte au monde du cinéma. Cette lettre rend hommage à Fatma Hassona (Fatem), photo-journaliste assassinée par Israël à Gaza le 16 avril dernier, et appelle le monde de la culture à s’indigner et dénoncer le génocide en cours à Gaza.

L’an dernier, le festival de Cannes s’était déroulé dans un silence assourdissant, outre quelques discours, des pins et une robe aux couleurs de la Palestine, alors qu’Israël poursuivait sa campagne génocidaire contre le peuple Palestinien depuis 6 mois. Rashid Masharawi avait vu son film ‘From Ground Zero‘ refusé, après divers allers-retours de l’équipe de programmation, pour garantir un « festival sans polémique ». En protestation, le réalisateur avait organisé sa propre projection et recueilli beaucoup de soutiens. 

C’est donc une prise de position inédite du monde du cinéma, relayée sur 6 médias internationaux (Libération, Le Soir, Le Courrier, Variety, Il Manifesto et El Diario) et signée par de nombreuses personnalités célèbres dont Leïla Bekhti, Xavier Dolan, Costa-Gavras, David Cronenberg ou encore Susan Sarandon.

Voici cette tribune :


Artists for Fatem

Fatma Hassona (Fatem) avait 25 ans.

Elle était une photojournaliste indépendante palestinienne. Elle a été prise pour cible par l’armée israélienne le 16 avril 2025, soit le lendemain de l’annonce de la sélection du film PUT YOUR SOUL ON YOUR HAND AND WALK de Sepideh Farsi, dont elle était l’héroïne, dans la sélection ACID du festival de Cannes.

Elle allait se marier.

Dix de ses proches, dont sa sœur enceinte ont été tué•es par cette même frappe israélienne.

Depuis les terribles massacres du 7 octobre 2023, aucun journaliste étranger n’a été autorisé à entrer dans la bande de Gaza. L’armée israélienne cible des civils. Plus de 200 journalistes ont été délibérément tué•e•s.

Auteurs et autrices, réalisateurs et réalisatrices, artistes, sont brutalement assassiné•e•s. Fin mars le réalisateur palestinien Hamdan Ballal, oscarisé pour son film NO OTHER LAND, documentaire coréalisée avec Yuval Abraham, Basel Adra et Rachel Szor, a été violemment agressé par des colons israéliens puis kidnappé par l’armée, avant d’être libéré sous la pression internationale. L’absence de soutien de l’Académie des Oscars à Hamdan Ballal, a suscité l’indignation de ses propres membres et elle a dû s’excuser publiquement de son inaction. Une telle passivité nous fait honte.

Pourquoi le cinéma, vivier d’œuvres sociales, engagées, paraît se désintéresser de l’horreur du réel, de l’oppression subie par nos consœurs et confrères ?

Nous artistes et acteur•ice•s de la culture, nous ne pouvons rester silencieux•se•s tandis qu’un génocide est en cours à Gaza et que cette actualité indicible, touche nos milieux de plein fouet.

A quoi servent nos métiers si ce n’est à tirer des leçons de l’Histoire, des films engagés, si nous ne sommes pas présent•e•s pour protéger les voix opprimées?

Pourquoi ce silence?

L’extrême droite, le fascisme, le colonialisme, les mouvements anti-trans et anti-LGBTQIA+, sexistes, racistes, islamophobes et antisémites mènent leur bataille sur le terrain des idées, s’attaquent à l’édition, au cinéma, aux universités, et c’est pourquoi nous avons le devoir de lutter.

Refusons que notre art soit complice du pire.

Levons-nous.

Nommons le réel.

Osons le regarder collectivement avec la précision du cœur pour qu’il ne puisse plus être silencié et couvert.

Refusons les propagandes qui colonisent sans arrêt nos imaginaires et nous font perdre le sens de nos humanités.

Pour Fatem, pour toutes celles et ceux qui meurent dans l’indifférence. Le cinéma se doit de porter leurs messages, d’être un reflet de nos sociétés. Agissons avant qu’il ne soit trop tard.


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