Le ministre de la Culture, Miki Zohar, accuse des cinéastes de « trahison » après que leur documentaire dénonçant un « système de mise à mort » de civil·es palestinien·nes, a remporté un prix à Venise.

Le réalisateur Yuval Abraham et la réalisatrice Rachel Szor, lauréats du Prix spécial du jury pour « NAZA », lors de la cérémonie de clôture de la 83e Mostra de Venise, au Lido de Venise, le 12 septembre (AFP/Stefano Rellandini).
Par le Middle East Eye staff, le 14 septembre 2026.
Un ministre israélien a déclaré dimanche qu’il chercherait à révoquer la nationalité aux réalisateurs à l’origine d’un documentaire dénonçant un « système de mise à mort » des civil·es palestinien·nes à Gaza pendant le génocide perpétré par Israël.
Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a qualifié le film NAZA de « méprisable » et jugé « choquant » qu’il ait remporté, samedi, le Prix spécial du jury lors du 83e Festival international du film de Venise.
« La haine de soi brûlante des créateurs, ainsi que leur volonté de nuire à leur patrie afin de recevoir les applaudissements des antisémites du monde entier, dépasse l’entendement et constitue une trahison envers l’État », a déclaré M. Zohar sur X.
« Je vais agir immédiatement pour révoquer la nationalité israélienne à ces créateurs méprisables pour motif de trahison envers l’État », a-t-il ajouté.
Le film, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, tous deux lauréats d’un Oscar, examine les mécanismes qui sous-tendent le projet de mise à mort massive et intentionnelle de civil·es palestinien·nes à Gaza par Israël.
Il présente des entretiens avec 24 sources anonymes de l’armée et des services de renseignement israéliens.
Ces derniers décrivent comment ils ont utilisé des systèmes basés sur l’intelligence artificielle pour identifier des cibles et mener des bombardements à distance, tout en sachant souvent qu’un grand nombre de civil·es seraient tués.
Un initié militaire interviewé pour le film a déclaré que, lors d’un incident, la mort de plus de 500 civil·es avait été approuvée afin d’éliminer un seul membre haut placé du Hamas.
« Le cœur du film, c’est un système meurtrier qui a coûté la vie à plus de 70 000 palestinien·nes à Gaza »
– Yuval Abraham, réalisateur
Le film a été très salué au Festival international du film de Venise, où il a notamment reçu une ovation debout record de 24,5 minutes lors de sa première mondiale, le 10 septembre.
L’armée israélienne a rejeté les allégations formulées dans le film.
Elle a déclaré que l’identité des personnes interrogées ne pouvait être vérifiée, notamment « s’il s’agissait ou non de membres des FDI, à quel titre, ou s’ils avaient été impliqués dans les faits faisant l’objet des allégations ».
Vive polémique en Israël
Le film a suscité une vive polémique en Israël.
Le député israélien et ancien ministre de la Défense Avigdor Lieberman a qualifié Abraham et Szor de « haineux d’Israël ».
Yoseph Haddad, membre d’un nouveau parti de droite faisant campagne pour l’expulsion des Palestiniens de Gaza, a qualifié le film de « film épouvantable » qui accusait les soldats israéliens de génocide.
Abraham a exhorté les Israéliens à « écouter les soldats [des FDI] » présentés dans le film, qui se sont exprimés en hébreu afin que le public puisse « entendre ce qu’ils ont fait à Gaza ».
« Le cœur du film, c’est un système meurtrier qui a tué plus de 70 000 palestinien·nes à Gaza – les estimations indiquent que le nombre réel est bien plus élevé –, la manière dont il a fonctionné et la façon dont le monde a laissé cela se produire », a déclaré Abraham.
Depuis le début du génocide israélien à Gaza en 2023, les forces israéliennes ont tué plus de 73 000 Palestinien·nes et en ont blessé 174 000 autres.
L’armée a également affamé la population en bloquant l’aide humanitaire et les échanges commerciaux, ce qui a entraîné une famine dans la ville de Gaza en août 2025.
Les forces israéliennes ont par ailleurs détruit la majorité des habitations, des écoles et des hôpitaux du territoire, plongeant cette enclave dans l’une des pires crises humanitaires au monde.
Plusieurs instances internationales de premier plan et organisations de défense des droits de l’homme ont conclu que les actions d’Israël à Gaza constituaient un génocide, notamment une commission d’enquête des Nations unies.
Depuis le début de la guerre, de nombreux reportages parus dans les médias israéliens ont relayé les aveux de soldats et d’agents des services de renseignement concernant un large éventail de crimes de guerre qu’ils ont commis à Gaza.
La semaine dernière, un opérateur de drone de réserve israélien a déclaré à Haaretz, sous couvert d’anonymat, que les officiers considéraient l’ensemble de la population de Gaza, soit deux millions de Palestinien·nes, comme des cibles.
« Tu as deux millions de cibles à Gaza », lui a répondu un officier des services de renseignement lorsqu’il a demandé une liste de cibles au début de cette année.
Source : Middle East Eye.
Traduit par DM pour l’Agence Média Palestine.



