Gaza, jour 601 : meurtres, enlèvements et scènes de chaos sur les nouveaux sites de « distribution alimentaire »

Point sur la situation à Gaza, où la violence s’abat encore alors qu’une nouvelle organisation a pris le contrôle de la distribution alimentaire, avec le soutien d’Israël. Parallèlement, les bombardements israéliens et les déplacements forcés se poursuivent à un rythme effréné.

Par l’Agence Média Palestine, le 30 mai 2025

À Gaza depuis le 7 octobre 2023 :
54 249 Palestinien·nes assassiné·es
123 492 Palestinien·nes blessé·es
14 000 Palestinien·nes disparu·es (présumé·es sous les décombres)


La très critiquée Gaza Humanitarian Foundation (GHF) a commencé ses opérations de distribution de l’aide alimentaire mardi, malgré les nombreuses inquiétudes soulevées par l’ONU et d’une majorité des organisations humanitaires et de défense des droits humains.

Cette nouvelle gestion de la distribution d’aide par la GHF, soutenue par les États-Unis, s’inscrit dans le cadre du plan israélien visant à contrôler l’acheminement de l’aide aux Palestiniens. L’objectif du plan israélien, qui est officiellement d’empêcher le Hamas d’accéder à l’aide, est soupçonné d’être en réalité un moyen de concentrer la population de Gaza dans des ghettos isolés et d’utiliser l’aide comme appât pour l’y attirer. Plusieurs analystes y voient une manière de rendre Gaza « invivable » afin de pousser les Gazaoui·es à consentir à leur déplacement forcé lors d’une nouvelle offensive israélienne.

La GHF a défini trois points de distribution de l’aide alimentaire à Gaza, tous situés dans des zones qui ont été entièrement rasées par Israël. Les deux premiers sites ont ouvert mardi à Rafah, dans la « zone tampon » crée par Israël lors de la reprise de ses bombardements rompant le cessez-le-feu en mars dernier. Le second a ouvert jeudi dans le corridor de Netzarim, une zone entièrement rasée qui sépare de Nord du Sud de l’enclave, où Israël avait commencé à établir des infrastructures militaires avant de s’en retirer pendant le cessez-le-feu en janvier.

Meurtres, enlèvements… 

Ahmad Al-Qadi, un Palestinien réfugié à Khan Younis, raconte avoir entendu un drone puis une explosion derrière lui, alors qu’il venait de quitter son ami Muhammad Imad Abdel Hadi à leur retour mardi 27 mai du centre de distribution de la GHF à Rafah, où ils avaient reçu des boîtes de nourriture. « Nous avions obtenu cette aide avec beaucoup de difficulté », raconte-t-il dans son témoignage pour Mondoweiss. 

« Quelques minutes après être entré chez moi, j’ai entendu le bruit du missile du drone. » La scène effroyable à laquelle al-Qadi a assisté rappelle les images du « massacre de la farine » de mars 2024. « J’ai regardé vers la rue et j’ai vu Muhammad et les autres gisant sur le sol, déchiquetés, avec des boîtes de nourriture éparpillées autour d’eux. »

Trois personnes ont été tuées lors de cette « distribution ». Le même jour sur ce site, plusieurs sources indiquent que des personnes ont été enlevées alors qu’elles faisaient la queue pour recevoir de la nourriture, sans que l’on sache ce qui leur est arrivé. Le Centre palestinien pour les personnes disparues et victimes de disparitions forcées, une organisation indépendante nouvellement créée dans la bande de Gaza, a publié mardi soir un communiqué confirmant que 7 personnes sont portées disparues dans ce cadre. 

« Nous suivons avec inquiétude la disparition de plusieurs citoye·nes après qu’ils et elles se sont rendu·es cet après-midi à un point de distribution d’aide américaine à Rafah, au sud de la bande de Gaza », indique le communiqué du Centre. « Nous n’avons encore aucune information confirmée sur leur sort. » Le Centre tient « l’occupation israélienne pour seule responsable » et exige que le sort des personnes disparues soit immédiatement révélé.

… et scènes de chaos sur les nouveaux sites de « distribution alimentaire »

Outre ces attaques israéliennes, les Gazaoui·es racontent des scènes de chaos sur les sites de distributions, car les personnes affamées étaient trop nombreuses et craignaient de ne rien recevoir. Sur le site de Rafah, des coups de feu ont été tirés sur la foule qui tentait de passer par-dessus des barbelés pour pouvoir atteindre la nourriture. Plus de 48 personnes ont été blessées. 

« Les gens ont pris d’assaut les lieux et tout le monde s’est mis à courir », raconte Abu Khammash, une mère de 8 enfants réfugiée de Khan Younis venue chercher de l’aide à Rafah ce jour-là. « Nous avons entendu des coups de feu nourris. Nous ne savions pas d’où ils venaient, mais nous avons fui, craignant pour notre vie. Je suis allée à Rafah pour chercher de la nourriture pour mes enfants, comme tout le monde, même si je suis malade. Je suis diabétique et j’ai de l’hypertension. J’ai perdu un œil lorsque l’armée israélienne a bombardé ma maison à Khan Younis. Je peux à peine marcher, mais je suis venue quand même, car la faim est impitoyable. »

Au centre situé dans le corridor de Netzarim jeudi, des témoins rapportent qu’aucun contrôle de la quantité prise par chacun·e n’était effectué, conduisant les personnes à se monter les un·es contre les autres et causant des mouvements de foule dangereux sous le regard des forces de sécurité.

« Je portais un sac de farine et une boîte, mais on me les a volés et je n’ai pas pu me défendre », a raconté Murad. « Il y avait des gens qui utilisaient des couteaux et des armes blanches. Ils ont volé l’aide humanitaire sous le nez des mercenaires américains, qui n’ont rien fait. » Plusieurs autres témoins ont rapporté à plusieurs reprises des vols à l’intérieur du centre de distribution, confirmant également que de nombreuses personnes portaient des armes blanches à l’intérieur du centre en raison de l’absence de tout mécanisme d’inspection ou de vérification d’identité.

Inadaptée et insuffisante

Malgré tous les dangers que représentent ces points de distributions, des milliers d’habitant·es s’y pressent car cette nourriture est la seule réponse à la famine catastrophique à laquelle est confrontée Gaza depuis le blocus imposé par Israël depuis maintenant 11 semaines. Elle n’en est pas moins largement insuffisante, et les habitant·es rapportent qu’elle est également inadaptée. Selon le GHF, chacune des boîtes distribuées est censée nourrir exactement 5,5 personnes pendant 3,5 jours, mais les Palestinien·nes affirment que cela n’est pas le cas.

Dans un article de Middle East Eye, les Palestiniens interrogés disent n’avoir pas reçu d’eau en bouteille, de combustible pour cuisiner, de médicaments, de couvertures, de savon, de lessive ou de serviettes hygiéniques. Le lait maternisé, les aliments pour bébés, les couches ou les produits de première nécessité pour la survie des bébés et des enfants semblent également être totalement absents de ces distributions. « Nous voulons simplement nourrir nos enfants », se lamente Abdullah Suleiman al-Sadudi, un Palestinien déplacé qui a réussi à obtenir une boîte d’aide humanitaire. « Que sommes-nous censés faire ? Ayez pitié de nous. Ce n’est pas juste. »

Philippe Lazzarini, le directeur de l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, a également condamné ces rations, qualifiant le modèle d’approvisionnement israélien de « diversion visant à détourner l’attention des atrocités ».

Israël bombarde et détruit sans relâche 

L’armée israélienne poursuit ses attaques incessantes contre le peuple palestinien de Gaza, tuant plus de 70 personnes pour la seule journée d’hier, rapporte ce matin le bureau des médias de Gaza. Au moins 23 personnes ont été tuées jeudi lors d’une série d’attaques israéliennes contre des immeubles résidentiels dans le camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de Gaza. 

Au moins sept personnes ont été tuées dans des frappes contre une école maternelle et une maison appartenant à la famille Azzam à Jabalia, dans le nord de Gaza, a rapporté l’agence de presse officielle palestinienne Wafa.

La défense civile palestinienne a déclaré qu’une frappe israélienne sur un immeuble résidentiel dans le quartier de Tuffah, à Gaza, avait fait environ 30 disparus sous les décombres. « En raison du manque d’équipement lourd, il n’est pas possible de retrouver les personnes disparues sous les décombres », a déclaré la défense civile dans un communiqué.

Les victimes de l’attaque de Bureij avaient été transportées vers les hôpitaux al-Awda et Al-Aqsa. « Les services d’urgence ont déclaré avoir passé au moins 30 minutes à évacuer les victimes du site de l’attaque, et le service des urgences est en état d’alerte », a déclaré Tarek Abu Azzoum, journaliste pour Al Jazeera. 

Un peu plus tard ce même jour, Israël a ordonné la fermeture de l’hôpital al-Awda, dernier hôpital opérant dans le nord de Gaza. Cet ordre fait partie d’une série d’ordre d’évacuation concernant le Nord de Gaza, Israël tentant de pousser à nouveau tous·tes les Palestinien·nes vers le Sud.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré que 97 personnes, dont 13 patient·es, se trouvaient toujours à l’hôpital. L’agence des Nations unies prévoit une mission vendredi pour transférer les patient·es vers un autre établissement. « En raison de l’impraticabilité des routes, le matériel médical de l’hôpital ne peut être transféré », a déclaré l’OMS dans un communiqué.

« Avec la fermeture d’Al-Awda, il n’y a plus aucun hôpital opérationnel dans le nord de Gaza, ce qui coupe une bouée de sauvetage vitale pour la population locale. » L’OMS a lancé un appel « pour la protection de l’hôpital et la sécurité du personnel et des patients ».

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