Deux semaines après la mise en place de distributions mortelles dans l’enclave palestinienne, la population s’enfonce dans la famine. Ironie du sort, les membres du Madleen, un bateau chargé d’aide humanitaire, ont été interceptés et arrêtés dans la nuit de dimanche à lundi au large des côtes gazaouies.

2700. C’est le nombre d’enfants en bas âge (cinq ans ou moins) diagnostiqués en état de malnutrition aiguë dans la deuxième quinzaine de mai, d’après des chiffres de l’OCHA (le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires). Un chiffre qui inquiète les autorités sanitaires mondiales alors que plusieurs dizaines d’enfants sont déjà morts des effets de la malnutrition dans la bande de Gaza, depuis le début du blocus humanitaire le 2 mars dernier.
Alors que la crise alimentaire s’aggrave dans l’enclave palestinienne, le commissaire général de l’UNRWA (l’organisme de l’ONU en charge des réfugiés palestiniens) Philippe Lazzarini, se demandait sur la RTS le 5 juin dernier : “Pourquoi est-ce qu’on demande à des mercenaires d’apporter de l’aide humanitaire ?” Cette question rhétorique pointe les zones d’ombre autour du Fonds humanitaire pour Gaza (GHF), l’organisme soutenu par Israël et les Etats-Unis qui gère la distribution de l’aide humanitaire depuis deux semaines. En parallèle, les canaux d’aide humanitaire des associations et organisations internationales sont toujours bloqués.
Nouveau massacre en marge d’une distribution d’aide
Plus de vingt personnes ont été tuées ce mardi 10 juin au matin, à proximité d’un centre de distribution au sud de Gaza City, d’après des informations d’Al-Jazeera. Ces morts s’ajoutent au compteur mortifère des victimes de ce nouveau système d’assistance humanitaire mis en place par Israël avec la bénédiction des Etats-Unis. Plusieurs centaines de personnes seraient déjà mortes à proximité directe de ces nouveaux sites de distribution, d’après le média The New Arab, depuis leur mise en place il y a deux semaines à peine.
Malgré les protestations de la communauté internationale, les Etats-Unis ont empêché le vote d’un projet de résolution au conseil de sécurité de l’ONU le 4 juin dernier. Ils ont mis leur veto à ce texte qui réclamait notamment “la levée immédiate et inconditionnelle de toutes les restrictions à l’entrée de l’aide humanitaire à Gaza et sa distribution en toute sécurité et sans entrave à grande échelle, y compris par les entités des Nations Unies et les partenaires humanitaires, dans toute la bande de Gaza”.
D’après le dernier rapport de l’OCHA en date du jeudi 5 juin, seulement 38% des 564 points de santé de l’enclave palestinienne sont en état de fonctionnement. Un fonctionnement décrit comme seulement “partiel” et avec des disparités géographiques très importantes : un seul point de santé est encore en état de marche dans le nord de Gaza. Pendant ce temps, le bilan humain continue de s’alourdir : 54880 morts dont 17600 enfants depuis le 7 octobre 2023, d’après les chiffres du ministère de la Santé de Gaza.
Le Madleen et la caravane de la résistance
Comme un symbole de cette lutte contre le blocus humanitaire en place à Gaza, deux initiatives distinctes se sont mises en place la semaine dernière.
Le Madleen, un bateau parti d’Italie le premier juin dernier avec douze ressortissants de différents pays à son bord, dont deux journalistes, a été dérouté par les autorités israéliennes dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 juin. L’embarcation comptait aussi des personnalités de la société civile au sein de son équipage, et transportait surtout du matériel humanitaire à destination de la population gazaouie.
De son côté, la caravane de la résistance, un convoi réunissant plusieurs centaines de personnes, s’est élancée de Tunis lundi 9 juin. La caravane, baptisée “Soumoud” (Résistance) ne transporte pas d’aide humanitaire car son action est essentiellement symbolique : protester contre le blocus en place à Gaza. Les initiateurs espèrent rallier Rafah dans le sud de la bande de Gaza d’ici la fin de la semaine.



