Sous le siège israélien, les habitants de Gaza transforment les déchets plastiques en carburant

Les Palestiniens de Gaza ont mis au point une nouvelle méthode pour produire du carburant destiné aux transports et aux générateurs.

Par Maha Hussaini, le 20 juin 2025

Un adolescent palestinien transportant une bouteille de carburant fabriquée à partir de plastique (MEE/Mohammed al-Hajjar)



Au-dessus d’un feu alimenté par des morceaux de bois, Bilal Abuassi chauffe un grand baril métallique rempli de déchets plastiques déchiquetés qui seront finalement transformés en combustible.

Au milieu de la guerre israélienne en cours et du blocus strict, les Palestiniens de la bande de Gaza ont improvisé une nouvelle méthode pour produire le combustible utilisé pour alimenter les transports et les générateurs.

« Nous collectons des matières plastiques, notamment des barils, des assiettes, des jouets et des articles ménagers », a déclaré M. Abuassi à Middle East Eye.

« Certains de ces déchets proviennent des poubelles et des rues, et parfois de maisons bombardées, où nous trouvons des barils d’eau endommagés et des fragments de plastique », a-t-il ajouté.

D’autres fois, ils achètent ces matériaux à des habitants à des prix très bas.

Ils trient les plastiques par type, car certains ne peuvent pas être réutilisés. Les plastiques réutilisables sont ensuite coupés en petits morceaux, placés dans des fûts métalliques spéciaux, puis brûlés, explique-t-il.

Alors que les plastiques sont censés être entièrement broyés, M. Abuassi explique qu’ils les coupent simplement en morceaux à la main, faute d’électricité et de machines spécialisées.

Le plastique passe par deux phases : il est d’abord chauffé à haute température et brûle, se transformant en vapeur. Il est ensuite condensé et refroidi, se transformant en une substance liquide qui est ensuite distillée pour séparer le diesel de l’essence et de la graisse, explique-t-il.

Après refroidissement et séparation, le carburant subit une purification supplémentaire afin d’éliminer toute impureté restante, pour finalement produire de l’essence ou du diesel prêt à l’emploi.

Le processus dure généralement environ 12 heures pour produire quelques centaines de litres de carburant.

Bien que la qualité de ce carburant soit généralement inférieure à celle du carburant importé, la plupart des habitants de Gaza en dépendent désormais pour alimenter leurs générateurs électriques, leurs pompes à eau agricoles, leurs gros camions, leurs tuk-tuks et leurs motos.

« Au début, les gens étaient réticents et évitaient d’acheter ce type de carburant. Mais lorsque les alternatives ont pratiquement disparu ou sont devenues disponibles à des prix extrêmement élevés, la demande a commencé à augmenter », poursuit M. Abuassi.

« Aujourd’hui, ce carburant est devenu essentiel pour maintenir la vie à Gaza, alimenter les transports et produire de l’électricité. Mais nos principaux clients sont les chauffeurs de taxi, qui peinent à poursuivre leur activité en raison de la flambée des prix du carburant suite à la fermeture imposée par Israël. »

Alors que l’essence a complètement disparu des marchés, le diesel est disponible à environ 70-90 shekels (20-26 dollars) le litre.

Mais si ce carburant dérivé du plastique peut alimenter les transports et certains moteurs, les hôpitaux et les principaux prestataires de services de la bande de Gaza ne peuvent pas compter dessus pour faire fonctionner leurs générateurs.

Leurs activités restent donc gravement menacées en raison de l’épuisement quasi total des réserves de carburant, un problème aggravé par le refus d’Israël d’autoriser les agences des Nations unies à récupérer du carburant dans les zones où il a ordonné une évacuation forcée.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), entre le 15 mai et le 9 juin, les autorités israéliennes ont refusé 14 fois l’accès au nord de Gaza, empêchant ainsi le ravitaillement en carburant et entraînant le pillage d’environ 260 000 litres.

L’agence des Nations unies a averti que sans livraison immédiate de carburant et d’huile moteur, les services de télécommunications dans l’enclave bloquée resteraient sur le point d’être interrompus, plongeant la population dans un black-out total.

Des alternatives à l’abri du blocus

Cependant, les habitants de Gaza ont trouvé des moyens d’utiliser ce carburant improvisé pour d’autres besoins vitaux, notamment pour cuisiner.

Le gaz de cuisine étant totalement indisponible depuis qu’Israël a fermé les frontières de Gaza le 2 mars, la plupart des familles sont revenues au bois de chauffage pour leurs repas quotidiens.

Mais depuis qu’il est disponible, de nombreux foyers se sont tournés vers l’achat de diesel dérivé du plastique pour alimenter des réchauds à kérosène portables, une alternative de plus en plus utilisée depuis que l’utilisation prolongée du bois de chauffage pendant la guerre menée par Israël contre Gaza a entraîné de graves complications sanitaires pour de nombreux foyers.

« Nous n’avons jamais quitté le nord de Gaza, même lorsque l’occupation a contraint la plupart des habitants à se déplacer vers le sud », raconte Om Said Erheem, une Palestinienne de 48 ans, à MEE.

Elle explique qu’ils ont plutôt été déplacés des dizaines de fois au sein même du nord de Gaza, endurant d’innombrables épreuves.

L’une des difficultés les plus dures était de dépendre du bois pour cuisiner et chauffer l’eau pour se laver, dit-elle.

« Tout le monde était touché : les hommes devaient trouver et ramasser du bois, tandis que les femmes passaient des heures chaque jour exposées à la fumée épaisse du feu pour préparer les repas », a-t-elle ajouté. « Cette exposition constante a provoqué des problèmes respiratoires et oculaires généralisés parmi nous. »

Lorsque ce combustible improvisé a commencé à apparaître plus fréquemment sur les marchés, Erheem a décidé d’acheter un réchaud à kérosène, que les Gazaouis parviennent à faire fonctionner avec ce type de combustible.

« Cela a résolu un problème majeur pour nous. Ce n’est peut-être pas la même chose que le gaz de cuisine, mais je suis reconnaissante que nous ayons une alternative qui ne soit pas menacée par la fermeture des frontières », a-t-elle poursuivi.

« Les prix pourraient augmenter avec le temps, surtout si le plastique vient à manquer en raison de la hausse de la demande, mais sommes confiants que le combustible restera disponible et ne sera pas affecté par le blocus. »

Depuis le début du blocus israélien sur Gaza en 2007, les Palestiniens de la bande côtière sont confrontés à des crises récurrentes de carburant qui ont contraint la fermeture de la seule centrale électrique de l’enclave, les ont privés de gaz de cuisine, ont provoqué des coupures d’Internet et ont même entraîné la mort de prématurés et de patients gravement malades qui dépendaient de l’oxygène et de l’électricité pour faire fonctionner des appareils vitaux.

Ainsi, au moins 20 patients, dont six nouveau-nés et sept personnes en soins intensifs sont décédés à l’hôpital al-Shifa de Gaza après une coupure totale d’électricité due à une pénurie de carburant en novembre 2023.

En février 2024, cinq patients gravement blessés sont morts à la suite d’une coupure d’électricité et d’oxygène pendant le siège de l’hôpital Nasser à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza.

À l’hôpital Kamal Adwan, dans le nord de Gaza, l’effondrement de l’approvisionnement en carburant a entraîné la mort de quatre enfants et d’autres patients faute de soins, comme l’a déclaré le personnel hospitalier au cours du même mois.

« La coupure de carburant n’est pas une nouveauté pour nous. Depuis près de deux décennies, nous essayons sans relâche de trouver des alternatives, parfois nous échouons, parfois nous réussissons », a déclaré Erheem.

« Mais au final, nous avons réussi à survivre à toutes les tentatives visant à nous priver des éléments essentiels à la vie, en particulier au cours des 20 derniers mois.

« Comme dit le proverbe, le génocide est la mère de l’invention. »



Traduction : JB pour l’Agence Média Palestine
Source : Middle East Eye

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