Projet Aurora : un cabinet américain chiffre la “relocalisation” des Palestiniens hors de la bande de Gaza

C’est une enquête publiée vendredi dernier par le Financial Times qui a révélé l’existence de ce plan stratégique pour chiffrer les coûts de ce qui s’apparente à une nouvelle Nakba. Le Boston consulting group (BCG), un cabinet de conseil en stratégie, est à la manœuvre. 

C’est un nouveau scandale qui pourrait entacher la réputation déjà bien affaiblie du Boston Consulting Group. Ce cabinet de conseil mondialement connu aurait, d’après des révélations du Financial Times, modélisé financièrement le coût d’un plan de “déplacement volontaire” des Palestiniens de la bande de Gaza. 

La modélisation financière du déplacement des Palestiniens 

Ils seraient une douzaine de collaborateurs du BCG à avoir travaillé sur ce projet, nom de code “Aurora”, entre octobre 2024 et la fin du mois de mai. Le montant des travaux réalisés par le cabinet équivaut à quatre millions de dollars. Parmi ces travaux, une modélisation financière a été réalisée pour estimer les coûts liés à la “relocalisation” de centaines de milliers de Palestiniens de la bande de Gaza et à l’impact économique d’un tel déplacement de population.

L’idée de ce modèle de “réinstallation volontaire” était d’offrir une forme de compensation financière aux Palestiniens de Gaza en échange de l’abandon de leur terre d’origine. Cette compensation a été désignée par le BCG comme un “package de relocalisation” pour chaque Palestinien qui quitterait l’enclave. Le cabinet a considéré qu’un quart des Gazaouis (environ 500.000 personnes) accepteraient de partir et que 75% de ces derniers ne reviendraient plus sur leurs terres. Prix du package ? 9000 dollars par personne, soit un coût d’environ cinq milliards de dollars pour encourager les Gazaouis à partir. 


Ce modèle faisait partie d’un grand nombre d’autres situations-tests élaborées par les travailleurs du BCG avec en toile de fond le départ des Palestiniens de la bande de Gaza. Parmi elles, une estimation du coût de la reconstruction des logements civils, ou encore le calcul des retombées économiques de cette reconstruction sur le PIB. 

Les autorités palestiniennes ont bien sûr réagi avec véhémence à ces révélations autour du projet Aurora : « Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces plans dangereux visant à la liquidation de la cause palestinienne », a déclaré le bureau des médias du gouvernement de Gaza dans un communiqué. Le BCG a réagi aux révélations en indiquant que ces travaux concernant des plans de relocalisation des Palestiniens de Gaza avaient eu lieu à l’insu de la direction du cabinet. Après la présentation des travaux à la fin mai, les deux principaux collaborateurs du cabinet ayant travaillé sur ce dossier ont été licenciés, le BCG s’est retiré du projet et a refusé de percevoir les honoraires liés à son travail dans le cadre de cette mission. 

Le rôle du BCG dans la mise en place de l’aide humanitaire mortelle à Gaza 

Le cabinet de conseil BCG n’a pas seulement joué un rôle dans ces cyniques calculs économiques liés au génocide à Gaza, il a aussi participé activement à la mise en place du Fonds humanitaire à Gaza (GHF), l’entité soutenue par Israël et les Etats-Unis qui s’occupent de la distribution de l’aide dans l’enclave palestinienne depuis le mois de mai. Plus de 600 personnes ont été tuées dans le cadre de ces opérations de distribution qui sont vite devenues des pièges mortels pour les Gazaouis.

Pour éclairer la participation du BCG dans l’affaire, le Financial Times s’est appuyé sur l’implication de plusieurs protagonistes, entreprises ou individus, dans l’organisation de ce projet du GHF et de ses missions. A l’origine, l’institut Tachlith, un think-tank israélien, commande une étude à Orbis. Orbis, c’est un cabinet de défense et de sécurité américain. Et c’est ce cabinet qui a commandé le projet Aurora au Boston Consulting Group. 

Mais pour quelle raison le BCG a-t-il été choisi ? Ce n’est pas simplement pour sa réputation. Au cœur des décisions il y a un homme qui a joué un rôle déterminant, Philip Francis Reilly, ancien agent de la CIA qui était responsable des opérations clandestines de l’agence américaine. Ce dernier a travaillé un temps pour Orbis puis pour le BCG jusqu’à la fin de l’année dernière. C’est lors de son passage au BCG qu’il a travaillé avec les deux vétérans militaires qui seront par la suite licenciés à cause de leurs travaux non-approuvés autour du projet Aurora.

C’est donc très logiquement que ce cabinet a été choisi à l’époque pour mener à bien les recherches autour du projet et de l’élaboration des missions de la GHF. Ce fameux Reilly n’est autre que le dirigeant de Safe Reach Solutions (SRS), la société de sécurité privée chargée de l’encadrement des opérations mortelles de distribution d’aide menées par la GHF dans la bande de Gaza depuis deux mois. 

Les financements des travaux du BCG en lien avec la GHF sont finalement venus de McNally Capital, la société qui possède Orbis. Un contrat de deux mois a été signé début mars entre McNally et le BCG “pour aider à développer les opérations de SRS, avec une équipe comprenant au moins deux consultants sur le terrain à Tel Aviv, pour un montant total de plus d’un million de dollars,” une nouvelle preuve de l’implication du BCG dans le dispositif d’aide controversée de la GHF. 

Les dirigeants du BCG essaient désormais de laver leur réputation fortement entachée par ces récentes révélations du Financial Times autour du projet Aurora, qui viennent s’ajouter aux preuves déjà connues de collaboration avec la GHF et son bilan mortifère.

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