Par Yuval Abraham, le 17 Juillet 2025
En réponse à une enquête de +972, l’entreprise chinoise affirme n’avoir jamais vendu ou autorisé ses drones pour une utilisation par l’armée israélienne. Mais les importateurs disent le contraire.

Des soldats israéliens lancent un drone (modèle inconnu) depuis un bâtiment à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza, le 13 février 2024.
(Unité du porte-parole de l’armée israélienne / CC BY-SA 3.0)
`La semaine dernière, +972 Magazine et Local Call ont publié une enquête sur l’utilisation par l’armée israélienne de drones commerciaux bon marché transformés en armes pour bombarder des civils à Gaza. Bien que conçus à l’origine pour la photographie, ces drones ont été modifiés par l’armée pour transporter des grenades et peuvent être pilotés manuellement par des soldats à l’aide de manettes. Des soldats ont témoigné les utiliser pour larguer des grenades dans l’intention de tuer des Palestiniens, y compris des enfants, dans des zones de Gaza que l’armée cherche à dépeupler, afin que d’autres « apprennent par le sang » à fuir la région.
De nombreux drones utilisés, avons-nous révélé, sont fabriqués par l’entreprise chinoise Autel Robotics.
En réponse à notre enquête, Autel a déclaré être « profondément troublée et gravement préoccupée » par nos conclusions, mais a affirmé qu’elle « n’a jamais vendu de drones à des utilisateurs dans la région israélienne, y compris mais sans s’y limiter à l’armée israélienne ou au ministère de la Défense. » Elle a ajouté : « Nous rejetons catégoriquement toute implication selon laquelle Autel Robotics aurait sciemment ou par négligence permis l’utilisation de nos drones dans des opérations militaires ou dans des actes causant du tort à des civils. De tels actes auraient eu lieu sans notre connaissance, autorisation ou consentement. »
Cependant, des conversations avec quatre importateurs israéliens de drones Autel, des courriels inclus dans une requête judiciaire rendue publique, et des informations provenant du propre site Web de la société remettent en question la crédibilité de l’affirmation d’Autel selon laquelle elle ignorait les ventes à l’armée israélienne et l’utilisation militaire de ses drones.
Contrairement à la réponse initiale d’Autel à notre enquête, l’entreprise vend depuis plusieurs années ses produits en Israël via divers partenaires locaux certifiés. Peu après le début de la guerre actuelle à Gaza, Autel a annoncé avoir « complètement interdit toutes les opérations commerciales dans la région du ‘conflit israélo-palestinien’. »
Mais plusieurs sociétés israéliennes ont déclaré à +972 et Local Call qu’elles continuaient à acheter des drones Autel, et, semble-t-il, à les fournir à l’armée israélienne.

Un drone Autel EVO à l’Université aéronautique Embry-Riddle, en Floride, le 2 février 2024.
(ZLEA / CC BY-SA 4.0)
« Officiellement, la Chine n’autorise pas la vente de drones à des fins militaires dans les zones de guerre », explique Gil Shalev, propriétaire de O.R.Z Systems, qu’il décrit comme un importateur officiel des produits Autel en Israël.
« De manière informelle, [Autel] a ses façons de permettre cela. Ils laissent certains canaux par lesquels on peut les acquérir. L’armée a des milliers de ces drones, c’est la preuve. Elle les reçoit régulièrement. »
Lorsqu’on lui demande si Autel est au courant de ces ventes, Shalev répond par l’affirmative : « Non seulement ils le savent ; je fournis une garantie [lors de la vente] de ces drones, »
ajoute-t-il, précisant que cette garantie provient du fabricant en Chine.
Il refuse toutefois de détailler le procédé « informel » par lequel Autel vendrait des drones à O.R.Z Systems, le qualifiant de « secret ». (Autel a rejeté les affirmations de Shalev comme étant « fausses et malveillantes », déclarant qu’elle n’a pas vendu de drones à O.R.Z Systems depuis trois ans.)
Gad Mor, importateur pour la boutique israélienne World of Drones, a déclaré à +972 et Local Call qu’il est possible d’acheter les drones Autel « via des revendeurs d’autres pays ».
Mor explique qu’il a commencé à les importer « en raison de la demande pendant la guerre », et affirme que l’armée a réussi à contourner la programmation logicielle d’Autel, appelée géofencing, qui empêche les drones de voler dans l’espace aérien israélien.
L’an dernier, bien après qu’Autel ait affirmé avoir cessé toute vente à Israël, le ministère israélien de la Défense a publié un appel d’offres public visant à acquérir des drones Autel et des accessoires associés, y compris des systèmes de largage de charge utile.
Le gagnant de l’appel d’offres devait acheter environ 2 000 drones EVO Max et 100 drones Alpha directement auprès d’Autel pour les besoins de l’armée israélienne.
Autel a déclaré à +972 et Local Call qu’elle n’était pas au courant de cet appel d’offres.
Jusqu’à vendredi dernier, le site Web d’Autel listait une entreprise israélienne de drones, LOOLTV, comme « partenaire autorisé » de la société.
Après que +972 et Local Call ont contacté Autel avec les résultats de leur enquête, l’entreprise a supprimé cette page de son site. Elle ne mentionne désormais aucun partenaire autorisé en Israël.

Une capture d’écran du site web d’Autel montrant l’adresse de l’entreprise israélienne LOOLTV parmi ses “partenaires autorisés”, prise le 11 juillet 2025. Elle a depuis été supprimée du site de l’entreprise.
Un représentant de LOOLTV a confirmé à +972 et Local Call que la société était bien fournisseur officiel d’Autel en Israël.
Il a déclaré que LOOLTV avait encouragé l’armée israélienne à utiliser les drones Autel, et qu’ils avaient aidé à faire approuver leur usage en interne par l’armée : « Nous avons introduit les EVO dans l’armée », a expliqué le représentant, faisant référence à un modèle de drone fabriqué par Autel et qui, selon les témoignages publiés dans l’enquête de la semaine dernière, est largement utilisé par les soldats à Gaza. « Ils en sont tombés amoureux », a-t-il ajouté.
Le PDG de LOOLTV, David Kaufman, a par la suite déclaré à +972 et Local Call que l’entreprise avait cessé d’importer des drones d’Autel et d’autres sociétés chinoises après le 7 octobre, car le gouvernement chinois n’autorise pas la vente de drones dans les zones de combat.
En conséquence, Kaufman affirme **« ne pas savoir » comment les drones se retrouvent encore aujourd’hui entre les mains des soldats à Gaza.
Un représentant d’Autel a rétorqué que son contrat avec LOOLTV avait pris fin en 2021, et que toutes les ventes ultérieures de drones par cette entreprise israélienne sont considérées comme « non autorisées ». Le représentant a ajouté que la société envisageait des poursuites judiciaires contre LOOLTV.
En réponse à nos dernières révélations, Autel a déclaré qu’elle examinait ses mécanismes de surveillance internes « afin d’empêcher que de tels incidents ne se reproduisent », et a souligné sa « ferme condamnation de tout acte causant du tort à des civils, violant le droit humanitaire international ou portant atteinte aux droits des individus innocents. »
Elle conclut : « Autel Robotics trouve totalement inacceptable que nos produits puissent même être associés, aussi inexactement que ce soit, à des violences contre des civils. »
Traduction : ST pour Agence Media Palestine
Source : +972 Magazine



