La flottille devait s’élancer des eaux tunisiennes vers Gaza hier mais a subi deux attaques de drone en deux nuits. Les organisateurs de la Global Sumud Flotilla dénoncent des tentatives d’intimidation de la part de l’Etat israélien, alors que des dizaines de bateaux amarrés au large de Sidi Bou Saïd en Tunisie doivent mettre les voiles vers les côtes gazaouies d’un moment à l’autre.
Par l’Agence Média Palestine, le 11 septembre 2025.

Dans la nuit de mardi à mercredi, une nouvelle explosion retentit sur le pont d’Alma, dans les eaux tunisiennes. A peine 24 heures après le largage d’un engin incendiaire sur le Family, navire directeur de l’expédition, la Global Sumud Flotilla (GSF) est de nouveau visée par une attaque de drone. La flotte est toujours stationnée dans les eaux tunisiennes depuis l’arrivée dimanche dernier de nombreux bateaux partis de Barcelone et Gênes.
“Les attaques visaient à nous intimider et à nous dissuader”
Cette fois-ci, l’attaque de drone a touché l’Alma, un bateau membre de la GSF sous pavillon britannique, “une tentative orchestrée pour distraire et faire dérailler notre mission”, a dénoncé le mouvement dans un communiqué publié peu après que les faits ont eu lieu. L’engin aurait déclenché un feu sur le pont principal de l’embarcation. L’incendie a été rapidement maîtrisé et tous les membres de l’équipage du bateau sont sains et saufs.
Pour Melanie Schweizer, avocate allemande et membre du comité d’organisation de la GSF, ces attaques représentent “une violation de la loi internationale maritime”. Sur son compte X, elle a qualifié ces agressions de terroristes : “Selon le droit européen, les infractions terroristes sont des actes commis dans le but : d’intimider gravement une population, de contraindre indûment un gouvernement ou une organisation internationale à accomplir ou à s’abstenir d’accomplir un acte.”
Francesca Albanese, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés, a condamné fermement ces attaques de drone, et mis en avant de nouvelles pistes pour éclairer cette seconde attaque : “Selon des sources expertes, il s’agirait d’une grenade incendiaire enveloppée dans du plastique imbibé de carburant, qui aurait pu être allumée avant d’atterrir sur le navire.”
Les autorités tunisiennes tergiversent
Au lendemain de la première attaque ayant touché la GSF, les autorités tunisiennes s’étaient empressé de démentir l’origine criminelle de l’incendie sur le Family. Ces dernières ont d’abord mis en avant le caractère accidentel de ce feu, allant jusqu’à parler d’un mégot resté allumé qui aurait ensuite provoqué l’embrasement du bateau. Des allégations qui avaient provoqué la colère de l’équipage et d’une partie de la société civile tunisienne. Le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie a ainsi publié un communiqué pour dénoncer “l’incapacité des autorités à gérer ces faits avec transparence n’est rien d’autre qu’un nouvel aveu des limites de la démagogie et de l’autoritarisme”.
Comme un aveu de cette langue de bois du gouvernement tunisien, les autorités du pays ont finalement changé d’avis hier, au lendemain de la seconde attaque sur la GSF. Le ministère de l’intérieur tunisien a ainsi condamné via un communiqué “‘une agression préméditée” ayant visé la flottille. A peine 24 heures plus tôt, ces mêmes autorités dénonçaient pourtant la mise en cause de drones israéliens comme “dénuée de fondement”. Désormais, le discours est tout autre, le ministère de l’intérieur mène l’enquête pour que “l’opinion publique, pas seulement en Tunisie mais dans le monde entier, soit informée de l’identité de ceux ayant planifié l’attaque, des complices et des exécutants de cette agression”.
Si les autorités tunisiennes se refusent à nommer les responsables de ces attaques, pour Ghassen Henchiri, un des organisateurs du convoi, l’identité du coupable ne fait guère de doute : “Les autorités sont libres de nommer ou pas le coupable. Nous, on dit que personne dans le monde à part Israël n’a intérêt à nuire à la flottille”.
Des objectifs toujours clairs
Malgré ces tentatives d’intimidations répétées, les organisateurs de la GSF l’assurent, “ces attaques ne causent absolument aucun changement à notre détermination”, des mots de Saif Abukeshek, activiste palestinien membre de la GSF. “Il y a des gens blessés, il n’y a aucune maison intacte à Gaza, ces crimes sont ceux sur lesquels nous devons rester concentrés. c’est très important qu’on ait autant de gens qui viennent du monde entier pour apporter leur soutien à cette cause, mais c’est ce fait qu’il faut garder en tête : nous sommes là en solidarité avec les Palestiniens. Le focus doit être mis sur le génocide à Gaza, sur les crimes commis par l’Etat israélien là-bas”.
Un avis partagé par la militante Greta Thunberg, qui joue un rôle important dans l’organisation de la GSF : “Juste en face, de l’autre côté de l’eau, un génocide est en cours, une famine massive. Gardez les yeux sur Gaza”, a-t-elle déclaré.
Plusieurs députés français font partie de la GSF, à l’instar de Thomas Portes (LFI), qui s’est exprimé lui-aussi suite à ces attaques : “Rien ne nous fera céder, demain nous prendrons la mer pour briser le blocus à Gaza”.
Le soutien de la communauté internationale
Si les autorités tunisiennes ont tardé à dénoncer ces attaques sur la GSF, 21 experts de l’ONU ont rapidement apporté leur soutien aux membres de la flotte dans un communiqué officiel publié sur le site des Nations Unies le mardi 9 septembre : “Toute tentative visant à bloquer la flottille constituerait une grave violation du droit international et des principes humanitaires.”
Ils ont d’ailleurs rappelé que cette action citoyenne voyait le jour uniquement pour pallier l’inaction de nombreux pays qui ont décidé de laisser faire ou d’aller jusqu’à entraver le fonctionnement des institutions garantes du droit international plutôt que d’agir concrètement au travers de la mise en place de sanctions ou pressions de diverses formes : “Les militants de la société civile ne seraient pas contraints de risquer leur vie en mer si l’Assemblée générale ou le Conseil de sécurité avaient pris des mesures décisives pour garantir l’acheminement sûr et sans entrave de l’aide humanitaire à Gaza.”
La déclaration de ces experts s’est conclue sur un rappel lancinant du devoir de tous les Etats de tout mettre en place pour mettre un terme au blocage de l’aide humanitaire qui a plongé la bande de Gaza dans la famine : “Les États doivent clairement faire savoir qu’ils ne toléreront pas qu’Israël bloque l’aide humanitaire destinée à une population confrontée à la famine et au génocide. Ils doivent faire pression sur Israël pour qu’il lève immédiatement son blocus étouffant et autorise l’acheminement de l’aide à travers tous les points de passage vers Gaza”. D’après les derniers chiffres du ministère de la Santé de l’enclave palestinienne publié hier, 404 Palestiniens sont morts de faim depuis le 7 octobre 2023.



