Israël poursuit et renforce son assaut terrestre sur la ville de Gaza, indifférent aux annonces faites par différents pays au sommet de l’ONU ou aux pressions internationales.
Par l’Agence Média Palestine, le 23 septembre 2025

Hier, alors que les dirigeant-es mondiales-aux se réunissaient à l’ONU pour discuter d’une éventuelle solution à deux États, les attaques israéliennes ont assassiné au moins 37 personnes dans l’ensemble de l’enclave palestinienne. Le génocide perpétré par Israël à Gaza dure depuis bientôt deux ans et a coûté la vie de plus de 65 344 Palestinien-nes, et blessé 166 795 autres.
L’invasion de Gaza se poursuit
L’armée israélienne a déployé hier un autre bataillon dans la ville de Gaza et poursuit son offensive terrestre pour s’emparer du plus grand centre urbain de la bande. Au moins sept personnes ont été tuées et de nombreuses autres blessées dans le centre de Samer. Deux autres personnes ont été tuées dans le quartier de Tal al-Hawa et une autre lors d’une frappe de drone dans la région d’al-Sahaba.
22 Palestinien-nes ont été assassinée-es depuis l’aube de ce jour, mardi 23 septembre dans l’enclave palestinienne, dont 19 dans la ville de Gaza, où le rythme des opérations militaires israéliennes s’accélère.
Les troupes israéliennes sont stationnées dans le nord-ouest, le nord-est et le sud de la ville de Gaza. Elles avancent prudemment et sous le couvert des tirs de l’infanterie israélienne, des avions de combat, des drones et des quadricoptères. Des témoins ont rapporté que les forces terrestres stationnées dans le sud de la ville ont avancé ce matin vers le ministère des prisonniers, près du quartier de Tal al-Hawa.
La semaine dernière, le site d’information israélien Walla a rapporté que l’armée déployait un nombre « sans précédent » de véhicules télécommandés chargés d’explosifs destinés à être déclenchés dans les zones urbaines de la ville de Gaza. Ces véhicules télécommandés sont à l’origine d’anciens véhicules blindés de transport de troupes (APC) qui, au lieu d’être mis au rebut, ont été transformés en « méga-explosifs ». L’armée israélienne qualifie cette pratique de « APC suicidaires ».
« Ces robots sont le cauchemar de cette guerre. Ils ont la capacité de détruire des quartiers entiers d’un seul coup, et les éclats d’obus nous ont atteints à plusieurs reprises, même si nous sommes relativement loin des explosions. C’est une politique qui consiste à partir ou à être tué », a déclaré Rohme, une habitante de la ville de Gaza interrogée par le média Middle East Eye.
Des bombardements incessants sont également rapportés depuis ce matin, visant en particulier le nord-ouest de Gaza où plusieurs bâtiments résidentiels ont été touchés dans un camp de réfugiés-e, forçant des centaines de Palestinien-nes à fuir. Des dizaines de personnes sont toujours coincées sous les décombres de ces bâtiments, les membres de la défense civile n’étant pas en mesure de récupérer leurs corps.
Les infrastructures de soin ciblées
Le ministère de la Santé de Gaza avertit ce matin que les patient-es risquent une « mort certaine », car les hôpitaux du territoire assiégé pourraient être contraints de fermer des services vitaux d’ici « quelques jours » en raison de pénuries de carburant. Hier, l’hôpital pour enfants al-Rantisi et l’hôpital ophtalmologique St John de la ville de Gaza ont été déclarés hors service en raison des bombardements israéliens dans les zones environnantes.
Depuis l’hôpital Al Shifa, l’un des dernier à fonctionner dans la ville de Gaza, une infirmière confie manquer de tout pour soigner les patient-es qui affluent. « Tout est sale. Je ne peux même pas nettoyer les patients couverts de poussière et de poudre à canon, nous n’avons pas de gaze… J’aimerais avoir quelques serviettes pour laver les patients. Je n’ai pas de liquide pour les nettoyer. Je n’ai aucun analgésique à leur donner. J’ai le cœur brisé », déclare Aziz, interrogée par Al Jazeera.
Elle ajoute que dimanche, les attaques israéliennes avaient également tué un membre du personnel infirmier de l’hôpital et sa femme. « Leur seul enfant survivant, âgé de 11 ans, avait des brûlures au visage. Je n’ai même pas pu lui donner de médicaments contre la douleur », se rappelle-t-elle. « Il s’appelle Mohammad et il n’arrêtait pas de dire : « J’ai vu mon père, je ne lui ai même pas dit au revoir » ».
Le fait de prendre pour cible des établissements de santé, du personnel médical et des patient-es est considéré comme un crime de guerre en vertu de la Convention de Genève de 1949. Depuis le début du génocide à Gaza, Israël a directement pris pour cible des hôpitaux, et tué, blessé ou arrêté des centaines de soignant-es.
L’agence de l’ONU auprès des réfugié-es palestinien-nes (UNRWA) a déclaré aujourd’hui que 12 de ses locaux avaient été visés au cours de la semaine passée, dont 9 écoles et 2 centres de santé, ajoutant que la destruction massive des infrastructures civiles, combinée à de graves perturbations des opérations humanitaires et à des restrictions d’accès, entrave considérablement les dernières sources de survie des civils à Gaza.
La Palestinian Medical Relief Society a déclaré ce matin que deux membres de son personnel médical ont été blessés lors d’un bombardement israélien qui a complètement détruit le principal centre médical du groupe dans la ville de Gaza. Les forces israéliennes ont empêché les équipes d’évacuer le matériel et les fournitures, dénonce l’organisation, qui rappelle que le centre de santé fournissait des services vitaux, notamment le traitement des blessés et des patients atteints de cancer, ainsi que la gestion des dons de sang. L’organisation caritative a ajouté que les troupes assiégeaient un autre centre dans le quartier de Tal al-Hawa et avaient détruit une autre clinique dans le camp de réfugiés de Shati.
« Nous ne pouvons et ne voulons pas partir »
L’attaque terrestre sur Gaza déclenchée la semaine dernière par l’armée israélienne se poursuit depuis maintenant une semaine, mais elle s’inscrit dans une continuité. Depuis le 11 août, date à laquelle Israël a intensifié ses attaques en prévision de son offensive terrestre, plus de 3 500 Palestinien-nes ont été assassiné-es dans toute la bande de Gaza. Plus de 44 % d’entre elles et eux se trouvaient dans des « zones de sécurité » désignées par Israël.
Les chars israéliens qui entrent aujourd’hui dans la ville de Gaza ne sont donc rien d’autre qu’une intensification des attaques qui n’ont jamais cessé. Depuis août, l’armée a utilisé plus de 180 robots piégés ou véhicules télécommandés remplis d’explosifs pour dévaster la ville. Tel al-Hawa, Sheik Ridwan, Tuffah, Jabal Nazla et le quartier de Saftawi Street sont parmi les principaux endroits où Israël a démoli des bâtiments civils. Dans ces zones, selon les officiers israéliens, plus de 200 bâtiments abritant des habitations civiles ont été détruits.
Sachant tout cela, les quelques 800 000 Palestinien-nes de la ville de Gaza refusent de quitter leurs domiciles malgré les ordres d’évacuations, ou veulent attendre le dernier moment pour le faire, n’ayant nulle part où aller.
« Chaque jour, l’occupant israélien fait exploser des dizaines de véhicules piégés dans des quartiers situés à seulement 10 minutes de chez moi. Je les sens se rapprocher jour après jour, mais où pourrais-je aller ? », s’interroge Abuaita, un habitante de Gaza, pour le média Middle East Eye.
« Depuis qu’ils ont intensifié les attaques, ils ont utilisé tous les moyens pour nous forcer à quitter la ville. Mais nous ne voulons pas et ne pouvons pas le faire », explique pour sa part Rohme, un autre habitante. « Beaucoup d’entre nous, y compris ma famille et moi-même, préférons mourir à Gaza plutôt que d’être tués par les mêmes attaques israéliennes dans d’autres parties de la bande de Gaza. »



