Alors que l’armée israélienne poursuit son avancée dans la ville de Gaza, le principal hôpital du territoire, Al-Shifa, est au bord de l’effondrement. Les stocks de médicaments essentiels sont épuisés, les lits saturés, et les ressources de base comme la nourriture et l’eau se raréfient. Médecins et patients redoutent désormais une attaque imminente contre l’établissement.
Par Tareq S. Hajjaj – 25 septembre 2025
À Gaza ville, alors que l’armée israélienne continue son avancée en vue d’atteindre et d’occuper le cœur de la ville, que le nombre de victimes ne cesse d’augmenter, tous les regards se tournent à nouveau vers l’hôpital Al-Shifa, qui était jusqu’ici le plus grand et le mieux équipé pour faire face à de telles situations.
Depuis octobre 2023, l’armée israélienne a pris d’assaut et détruit à plusieurs reprises l’hôpital. Pourtant, le Ministère de la Santé à Gaza a réussi à en reconstruire certaines sections et à y maintenir des soins, au cœur d’une ville soumise à des bombardements israéliens incessants.
Mais avec la nouvelle avancée des forces israéliennes dans Gaza ville, la crainte d’une nouvelle attaque contre l’hôpital ressurgit. À cela s’ajoutent des pénuries critiques : médicaments, poches de sang, personnel soignant, lits et équipements médicaux essentiels manquent cruellement, à Al-Shifa comme dans l’ensemble des hôpitaux de la bande de Gaza.
« Ce sont des jours sanglants », confie le Dr Hassan Alshaer, directeur médical de l’hôpital Al-Shifa. Ces derniers jours, plus de 60 personnes déjà décédées ont été transférées à l’hôpital, et près de 175 blessés y arrivent chaque jour, « la plupart dans un état critique, nécessitant des opérations chirurgicales et des soins en réanimation. Or, nous ne disposons que de quatre blocs opératoires en fonctionnement », explique-t-il.
Selon lui, l’hôpital reçoit quotidiennement « huit vagues » de blessés et de morts comptant chacune au moins 30 victimes.
« Nous souffrons du siège et de la guerre imposés par Israël, mais à l’intérieur d’Al-Shifa, notre mission reste le soin. Nous continuerons à le prodiguer jusqu’au dernier moment », affirme le Dr Alshaer.
L’hôpital Al-Shifa est toujours sous le coup des précédentes attaques israéliennes. Aujourd’hui, il ne dispose plus que de quatre salles d’opération et de 32 lits de soins intensifs, alors qu’il reçoit chaque jour plus de 800 patients.
« Notre pénurie la plus dramatique concerne les blocs opératoires : nous avons de nombreuses opérations en attente, et l’unité de soins intensifs est constamment pleine. De plus, nous devons prendre en charge 20 nouveau-nés prématurés en néonatologie », explique le Dr Hassan Alshaer. Il dit aussi redouter pour la sécurité du personnel médical, confronté directement aux menaces.
« Nous craignons pour notre vie. Hier, l’armée israélienne a assassiné une personne devant les portes de l’hôpital, mettant tout le monde en danger alors que nous travaillons à l’intérieur. Nous avons déjà perdu 30 % de nos soignants : certains ont été tués, d’autres arrêtés ou blessés. Nous manquons aussi de personnel hospitalier », a-t-il déclaré à Mondoweiss.
Selon le Dr Alshaer, l’hôpital accueille actuellement 562 patients, dont plus de 50 nécessitent des opérations chirurgicales urgentes et attendent leur tour. Chaque jour, des dizaines de malades sont pris en charge grâce aux 32 machines de dialyse disponibles.
Mais au-delà de cette lutte quotidienne pour soigner les patients et trouver les fournitures médicales indispensables, la principale inquiétude du médecin reste la possibilité que l’hôpital Al-Shifa soit de nouveau pris pour cible par l’armée israélienne.
« Si l’armée israélienne évacue l’hôpital, la mort sera inévitable pour de nombreux patients, notamment ceux en soins intensifs, en néonatologie, ou encore les insuffisants rénaux », prévient-il.
« Nous faisons face à l’invasion de la ville alors même que nous manquons d’eau et de nourriture pour les patients et pour le personnel de l’hôpital », ajoute le Dr Alshaer.
Des patients livrés à eux-mêmes dans l’attente de soins
À l’intérieur de l’hôpital, la plupart des lits sont dépourvus de draps, et de nombreux malades doivent s’allonger directement à même le sol. Certains sont installés dans une tente médicale de fortune dressée à l’extérieur pour accueillir les blessés.
Les patients endurent au quotidien la pénurie de matériel médical. Leurs blessures s’aggravent faute de soins adaptés, et la situation est décrite comme désespérée, jusque dans les besoins les plus élémentaires : l’eau manque, aussi bien pour boire que pour se laver.
« La situation est vraiment très difficile : les patients sont allongés partout, à même le sol, il n’y a pas de lits, pas de soins, pas de médicaments. On ne trouve même pas de gaze pour couvrir nos plaies », témoigne Muhammad Kafarana, patient à l’hôpital.
« J’ai été blessé au dos par un éclat d’explosif. Si j’avais été soigné à temps, je serais déjà rétabli. Mais j’attends toujours de pouvoir être opéré », ajoute-t-il.
Kafarana raconte que lui et d’autres patients continuent de souffrir à l’hôpital au lieu de recevoir les soins dont ils ont besoin.
« Il n’y a ni médicaments, ni eau, ni nourriture. Les médecins viennent nous voir, mais restent impuissants, car ils ne peuvent rien nous donner », déplore-t-il.
Il y a quelques jours, raconte Kafarana, un groupe de forces spéciales israéliennes s’est approché de l’hôpital Al-Shifa, semant la panique parmi les patients et le personnel. Dans la bousculade, certaines plaies se sont rouvertes. Certains malades, incapables de marcher comme lui, sont restés allongés, immobiles, « attendant notre mort », dit-il.
Malgré les dangers imminents, l’hôpital est toujours debout et le personnel refuse d’abandonner ses postes ou d’évacuer. Aucun ordre officiel d’évacuation n’a encore été donné par l’armée israélienne, mais les soignants indiquent que ce n’est qu’une question de temps. « Nous avons déjà été assiégés par le passé, et à ce moment-là, l’armée israélienne nous avait évacués de force. Cette fois, nous ne savons pas ce qui est prévu nous concernant», explique le Dr Alshaer à Mondoweiss.
« Nous n’avons aucune idée de ce qui nous attend, mais nous sommes des équipes médicales, nous n’avons rien à voir avec des activités militaires. Nous sommes ici depuis le début de la guerre et nous resterons », affirme-t-il.
Tareq S. Hajjaj
Tareq S. Hajjaj est le correspondant à Gaza pour Mondoweiss et membre de l’Union des écrivains palestiniens. Suivez-le sur Twitter/X : @Tareqshajjaj.
Traduction : CB pour l’Agence Media Palestine
Source : Mondoweiss



