Israël a fermé mercredi le point de passage du pont Allenby, seule route pour les Palestinien·nes de Cisjordanie occupée souhaitant se rendre à l’étranger sans passer par Israël.
Par Jo Westphal pour l’Agence Média Palestine, le 26 septembre 2025

Alors que de nombreux pays européens ont reconnu officiellement l’État de Palestine en début de semaine, Israël isole encore davantage les Palestinien·nes de Cisjordanie. En effet le pont King Hussein, également connu sous le nom de pont Allenby, est fermé « jusqu’à nouvel ordre » depuis mercredi, interrompant ainsi le passage des marchandises et des personnes.
Le pont Allenby est le seul lien avec le monde extérieur qui ne passe pas par Israël pour les trois millions de Palestinien·nes qui vivent en Cisjordanie occupée. Survenue brutalement et sans explication, sa fermeture a provoqué une grande confusion et des difficultés généralisées, des milliers de Palestinien·nes se retrouvant bloqué·es de part et d’autre.
Jeudi, les responsables palestinien·es ont annoncé que le passage serait rouvert vendredi. À l’heure de la publication de cet article cependant, Al Jazeera rapporte qu’aucun véhicule n’a pu encore traverser le point de passage.
Des dizaines de familles bloquées
Cette fermeture inattendue a laissé des dizaines de familles palestiniennes bloquées du côté jordanien de la frontière, beaucoup d’entre elles dans des conditions difficiles et qui ne cessent de se détériorer.
« J’ai vu des personnes âgées en difficulté, des enfants en pleurs et de nombreuses familles bloquées là pendant des heures », explique Hisham Abu Shaqra, un vidéaste palestinien qui rentrait chez lui après avoir suivi une formation à l’étranger.
« Beaucoup s’évanouissaient à cause de la surpopulation et de la chaleur », a-t-il déclaré à Middle East Eye. « Tous les autres participants à la formation sont déjà rentrés dans leur pays d’origine, sauf moi. Je suis coincé ici en Jordanie, séparé de ma femme qui se trouve à Bethléem. »
Le passage, qui est le seul point de sortie et d’entrée pour les Palestinien·nes souhaitant voyager en dehors de la Cisjordanie sans passer par Israël, est souvent l’objet de fermetures temporaires, comme cela a été le cas la semaine dernière après qu’une attaque revendiquée par le Hamas ait tué deux soldat-es israélien·nes au poste-frontière. Cette attaque avait entrainé d’autres punitions collectives par la destruction de maisons de suspects et la révocation des permis de travail des voisins. Le passage avait été rouvert dimanche.
Les personnes et les familles bloquées en Jordanie peinent à se loger, confrontées à des factures d’hôtel de plus en plus élevées et à l’incertitude. Les ré-ouvertures occasionnent des embouteillages et des scènes de cohue, les Palestinien·nes craignant que le passage se referme.
Une mesure punitive
« La fermeture du passage équivaut à fermer le seul aéroport de tout un pays, ce qui entraîne une paralysie totale des déplacements et un isolement collectif », a déclaré le défenseur des droits humains Balasan Initiative for Human Rights dans un communiqué.
Le groupe affirme que le maintien de la sécurité d’Israël ne justifie en aucun cas cette fermeture, et juge cette décision purement politique. « Il s’agit d’une mesure punitive à motivation politique visant l’ensemble de la population palestinienne. »
Des milliers de personnes empruntent chaque jour le pont Allenby pour se rendre en Jordanie avant de poursuivre leur voyage vers leur destination finale en avion et de revenir par le même chemin. Le pont est également l’une des principales voies d’acheminement des marchandises et des fournitures vers la Cisjordanie, y compris l’aide humanitaire destinée à Gaza.
Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza ces deux dernières années, Israël poursuit une campagne de répression en Cisjordanie, tuant plus de 1 000 Palestinien·nes, en arrêtant des milliers d’autres et démolissant des centaines de maisons et d’infrastructures civiles. Même avant l’attaque du 7 octobre 2023 perpétrée en Israël par des groupes palestiniens dirigés par le Hamas, la violence de l’armée israélienne et des colons avait atteint son plus haut niveau depuis des années.
Le projet d’annexion de la Cisjordanie par Israël, objectif ouvertement revendiqué par une partie du gouvernement israélien et rarement contredit par l’autre partie, a trouvé un nouvel élan dans les déclarations de reconnaissance de l’État Palestinien. La mise ne place des plans E1, la fermeture du pont d’Allenby y sont des réponses directes : « il n’y aura pas d’État palestinien », martelait Netanyahu il y a deux semaines.



