Alors que l’aide humanitaire parvient au compte-gouttes à Gaza, les décès liés à la famine continuent d’augmenter. Le ministère de la Santé de Gaza met en garde contre le risque imminent de « mortalité massive » chez les nourrissons, qui sont nourris « avec de l’eau au lieu de lait maternisé ».
Par Tareq S. Hajjaj, le 3 octobre 2025

La famine a été officiellement déclarée à Gaza il y a deux mois par le principal organisme mondial de surveillance de la famine. Depuis lors, Israël a répondu à la pression et à la mise au ban de la communauté internationale en augmentant le flux d’aide vers Gaza goutte à goutte. Le résultat a été une politique de « gestion de la famine », où un nombre limité de camions d’aide humanitaire sont autorisés à entrer, puis interdits d’accès pendant de longues périodes. En conséquence, le nombre de personnes qui meurent de faim à Gaza n’a cessé d’augmenter.
Alors que la bande de Gaza a besoin de 600 camions d’aide humanitaire par jour, le nombre réel de camions qui franchissent les points de passage varie entre 10 et 80 par jour. Certains jours, 20 camions entrent, d’autres jours, 10 ou 80, le nombre fluctuant constamment.
Au total, la quantité d’aide qui entre quotidiennement à Gaza dépasse rarement 14 % des besoins de la population, un niveau que l’armée israélienne maintient depuis qu’elle a commencé à autoriser l’entrée de l’aide dans la bande de Gaza.
Dans chaque hôpital, les familles font leurs adieux à leurs proches – parfois sous forme de restes démembrés, d’autres fois sous forme de corps émaciés. À l’hôpital Al-Aqsa, la mère d’Amir Shaheen, âgé de huit ans, décédé des suites d’une malnutrition sévère, a déclaré que son fils pesait 28 kilos avant la famine, un poids normal pour un enfant de son âge. Avant sa mort, son poids était tombé à seulement quatorze kilos en l’espace de quelques mois.
Elle raconte : « Mon fils a commencé à souffrir de malnutrition et sa santé s’est progressivement détériorée. Nous l’avons emmené à l’hôpital dès que nous avons remarqué ces changements. Lorsque nous sommes arrivés à l’hôpital des martyrs d’Al-Aqsa, il souffrait déjà de malnutrition sévère et l’hôpital n’a rien pu faire pour lui. »

La santé d’Amir a continué à se détériorer de jour en jour, se souvient sa mère. Un jour, il n’a plus été capable de se tenir debout tout seul, il était toujours distrait et léthargique.
« Il mangeait normalement, mais lorsque la nourriture a commencé à manquer et que la famine a commencé à ravager nos corps, nous n’avons plus été en mesure de subvenir aux besoins des enfants », a-t-elle déclaré. « Nous ne trouvions rien non plus pour nous-mêmes. La situation a changé, et il a été le premier à en souffrir. J’espère que d’autres enfants seront pris en charge et secourus avant de subir le même sort que mon fils, qui est mort de faim. »
Elle n’est pas la seule.
À l’hôpital des martyrs d’Al-Aqsa, la mère de Fahima Darawsa, qui est également morte de malnutrition dans le même établissement, se tient debout, les yeux rougis par les larmes, le visage sombre. Dans une vidéo obtenue par Mondoweiss, elle s’exprime en pleurant.
« Nous n’avons jamais connu de telles conditions, et nous ne trouvons rien pour nourrir nos enfants, nos proches et nos familles », a-t-elle déploré. « La situation est tragique, et nous ne savons pas où trouver de quoi manger pour éviter une catastrophe pour nos enfants. »
« Nos enfants dépérissent sous nos yeux », a-t-elle déclaré. « Et ce qui nous attend sera bien pire, car la situation se détériore. Nous ne voyons aucune solution, seulement un blocus impitoyable, la privation et la mort. »

Les autorités sanitaires avertissent que la famine atteint un point critique
Selon le ministère de la Santé de Gaza, depuis le début du mois de septembre seulement, plus de 92 personnes sont mortes de faim à Gaza. Cela traduit une augmentation rapide du nombre de décès liés à la famine : en juillet, le bilan s’élevait à 122 morts, et il atteint désormais 447, dont 147 enfants.
Le ministère de la Santé confirme qu’en septembre, les décès dus à la malnutrition ont « considérablement augmenté » en raison de la fermeture des points de passage par Israël, qui a empêché l’aide alimentaire, y compris le lait maternisé, d’atteindre les personnes dans le besoin. Le 28 juillet, le bureau des médias du gouvernement de Gaza a déclaré qu’Israël bloquait l’entrée de lait maternisé depuis 150 jours. Selon le bureau, Gaza compte 40 000 bébés et la bande de Gaza a besoin de 250 000 biberons par jour.
« En juillet et août, les hôpitaux et centres médicaux de la bande de Gaza ont signalé 28 000 cas de malnutrition grave chez les enfants de moins de 5 ans, ce qui aggrave la situation », a déclaré le Dr Khalil Dagran, porte-parole du ministère de la Santé à l’hôpital Al-Aqsa de Deir el-Balah.
Il a ajouté que le ministère de la Santé craignait pour la santé de ces enfants si Israël continuait à appliquer sa politique de « famine orchestrée ».
« Alors que la politique de famine menée par l’occupation israélienne se poursuivait, la crise a atteint son paroxysme ces derniers mois », a poursuivi le Dr Dagran. « Nous sommes maintenant dans la phase la plus difficile à ce jour. » Selon lui, les patient-es hospitalisé-es sont émacié-es en raison de la malnutrition, car les fournitures essentielles telles que les solutions intraveineuses et les préparations pour nourrissons restent indisponibles. C’est la principale raison pour laquelle des dizaines d’enfants sont morts, a-t-il expliqué.
« Les adultes et les personnes âgées meurent également de carence en protéines et d’immunodéficience », a-t-il ajouté.
Le Dr Dagran a averti que si le blocus de Gaza se poursuivait, « nous assisterions à des niveaux catastrophiques de famine et de malnutrition ».
Le 22 septembre, le Bureau des médias du gouvernement a déclaré que l’armée israélienne continuait d’appliquer sa politique de famine en fermant périodiquement les points de passage humanitaires pendant plusieurs jours d’affilée sans fournir aucune raison. Plus récemment, le point de passage de Zikim, dans le nord, a été fermé pendant dix jours. « Cela fait partie d’une politique systématique visant à provoquer la famine », a dénoncé le Bureau des médias du gouvernement, ajoutant que les autorités israéliennes ont également délibérément réduit l’aide humanitaire acheminée par les postes-frontières de Kerem Shalom et Kissufim.
Depuis juillet, les organisations sanitaires et les services gouvernementaux de la bande de Gaza lancent des appels urgents pour éviter une « catastrophe » pour les enfants qui ont besoin de lait maternisé.
Le 26 juillet, le Bureau des médias du gouvernement à Gaza a publié une déclaration indiquant que plus de 100 000 enfants de moins de deux ans, dont 40 000 nourrissons de moins d’un an, étaient confrontés à une « mort massive » imminente en raison de l’absence totale de lait maternisé et de compléments alimentaires, combinée à la fermeture continue des points de passage et à l’interdiction d’acheminer même les fournitures essentielles les plus basiques.
« Nous sommes confrontés à un massacre imminent et délibéré, perpétré lentement contre les nourrissons », indique le communiqué. « Les mères ont été contraintes de les nourrir avec de l’eau au lieu de lait maternisé pendant des jours, en raison de la politique de famine et d’extermination menée par l’occupation israélienne. »
Tareq S. Hajjaj est correspondant à Gaza pour Mondoweiss et membre de l’Union des écrivains palestiniens. Vous pouvez le suivre sur Twitter/X : @Tareqshajjaj.
Traduction : JC pour l’Agence Média Palestine
Source : Mondoweiss



