Les Gazaouis rentrent vers le nord, retrouvant leurs maisons en ruines

Alors que de nombreux Palestiniens reviennent vers leurs logements réduits à l’état de gravats, les conséquences du génocide se font cruellement sentir dans un climat de tensions sociales accrues. « Cette guerre nous a brisés », confie un habitant de la ville de Gaza au média Mondoweiss. « Elle a détruit nos âmes. Il nous faudra des décennies pour nous reconstruire. »

Par Tareq S. Hajjaj, le 11 octobre 2025

Palestiniens déplacés marchant vers le nord le long de la route côtière entre le centre de la bande de Gaza et la ville de Gaza, durant la trêve entre Israël et le Hamas, le 10 octobre 2025.(Photo : Omar Ashtawy / APA Images)


C’était le moment que tous les habitants du sud de Gaza attendaient : l’opportunité de retourner chez eux — ou du moins, vers ce qu’il en reste — à Gaza-Ville et dans le nord de l’enclave.

Le 10 octobre, dans le cadre de la première phase de l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas, des milliers de personnes ont entamé la remontée vers le nord, empruntant la route côtière al-Rashid. Une scène qui n’était pas sans rappeler la marche historique de retour des Gazaouis lors de la trêve de janvier à mars plus tôt cette année.

Samedi matin, un communiqué de la Défense civile de Gaza indiquait que plus de 300 000 personnes avaient rejoint Gaza-Ville au cours des deux derniers jours.

« Il n’y a ni tentes ni logements mobiles disponibles pour accueillir les personnes revenues du sud », précise le communiqué.

Ismail Thawabta, directeur du Bureau de presse du gouvernement à Gaza, a confirmé que plus de 300 000 unités résidentielles ont été détruites dans la bande de Gaza, tandis que 200 000 autres ont été partiellement endommagées.

« Ces destructions ont conduit au déplacement de près de deux millions de personnes, les forçant à vivre sous des tentes, dans des conditions extrêmement difficiles », indique le communiqué.

« Cette guerre nous a brisés »

Le mouvement de retour ne se limite pas aux zones du sud de la bande de Gaza. Des habitants de Gaza-Ville et de Khan Younis ont également commencé à regagner les quartiers dont ils avaient été évacués pendant la guerre, notamment l’est de Khan Younis, Ma’an et al-Batna Samin. Ces zones étaient jusque-là inaccessibles en raison de la présence militaire israélienne. Alors que l’armée israélienne s’est retirée de certaines parties du territoire, les familles déplacées tentent de récupérer ce qu’il reste de leurs habitations.

À leur retour, les personnes décrivent un mélange de soulagement et de détresse.

« Nous avons marché huit heures pour atteindre notre quartier à al-Shuja’iyya », témoigne Mahmoud Wady, l’un des déplacés. « À notre arrivée, nous avons été choqués par l’ampleur des destructions. Ma maison a disparu, tout le quartier a été rasé. Malgré tout, nous sommes reconnaissants d’être de retour et de savoir que les bombardements ont cessé. Mais nous sommes terrifiés — pour nos vies, nos enfants, notre avenir. Nous ne savons pas combien de temps nous allons encore vivre sous tente. Nous n’avons aucune idée de ce que l’avenir nous réserve. Mais nous sommes reconnaissants et heureux que la guerre soit terminée. »

Comme beaucoup d’autres, Wady a commencé à rassembler du bois et des morceaux de tissu pour construire une tente de fortune près des ruines de son ancienne maison.
« Nous ne savons pas où aller. Nous ne savons pas si les écoles existent encore ou si elles ont toutes été détruites. Aucun d’entre nous ne sait à quoi ressemblera l’avenir », ajoute-t-il.

Mahmoud Barbakh, un habitant de Khan Younis, dans le sud de Gaza, est retourné dans son quartier situé dans la partie est de la ville. Il explique qu’il y a quatre mois, lorsqu’il a été évacué, son quartier était encore habitable. Maintenant, il ne reste plus rien.

« Il n’y a plus de vie ici », dit-il. « Tout ce que nous demandons, c’est que le monde nous aide à déblayer les ruines pour que nous puissions à nouveau vivre avec nos familles et que nos enfants puissent grandir ici. »

Wady pense aux épreuves traversées par ses proches et lui-même au cours de ces deux dernières années, et à la façon dont ils en sont affectés.
« Cette guerre nous a brisés », dit-il. « Elle a blessé nos âmes. Il nous faudra des dizaines d’années pour guérir, et d’autres encore pour reconstruire nos foyers. »

« Mais nous le ferons », a-t-il ajouté.

Agitation sociale lors du retrait initial des troupes israéliennes

Alors que les forces israéliennes amorcent leur retrait de la bande de Gaza, le ministère de l’Intérieur de Gaza a annoncé la mise en place d’un nouveau plan de sécurité sur le terrain. Dans un communiqué conjoint, le ministère et les forces de sécurité nationale ont indiqué que des unités seraient déployées dans les zones libérées par l’armée israélienne, afin de protéger les biens publics et privés et de contenir le chaos laissé par l’armée israélienne pendant la guerre.

Lorsque Israël a rompu la précédente trêve en mars et relancé sa campagne militaire génocidaire, il a concentré ses attaques sur les fonctionnaires gazaouis relevant du ministère de l’Intérieur — notamment la police et les forces de sécurité intérieure. En s’en prenant systématiquement aux institutions chargées du maintien de l’ordre, Israël visait à créer une vacance de pouvoir et à semer la désorganisation au sein de la population. Selon plusieurs sources locales, l’armée israélienne aurait également financé et armé des gangs criminels et certains clans pour combattre le Hamas et piller l’aide humanitaire, accentuant ainsi les divisions sociales.

Aujourd’hui, les conséquences de cette désintégration se manifestent sur le terrain. Alors que la guerre s’essouffle et que les troupes israéliennes se retirent de plusieurs zones, des affrontements éclatent entre membres du Hamas et clans locaux. Pendant le conflit, le ministère de l’Intérieur avait créé la Force Flèche (Arrow Force), une unité chargée de lutter contre les pilleurs d’aide et contre les familles accusées de collaboration avec Israël. Vendredi, ses membres ont mené un raid contre la résidence de la famille Dogmosh à Gaza-ville. Le même jour, des heurts entre le Hamas et d’autres familles à Deir al-Balah ont fait un mort dans les rangs du mouvement.

Le redéploiement du Hamas dans la bande de Gaza suscite désormais la crainte des groupes ayant collaboré avec l’armée israélienne au cours de la guerre, notamment celui de Yasser Abu Shabab à Rafah-Est, celui de Hussam al-Asthal, ainsi que d’autres factions locales. Sur les réseaux sociaux, ces groupes sont tournés en dérision, beaucoup de Gazaouis les qualifiant de “grands perdants” du conflit, alors que des rumeurs indiquent qu’Israël ne prévoit pas de les évacuer pour les protéger d’éventuelles représailles du Hamas.

Sur le plan humanitaire, la Fondation humanitaire de Gaza (GHF) — une organisation soutenue par Israël et gérée par les États-Unis — a cessé ses activités au moment du retrait israélien. Accusée par les Palestiniens d’avoir causé la mort de plus d’un millier de civils lors de distributions d’aide décrites comme de véritables “pièges mortels”, la GHF a commencé à démonter ses installations vendredi soir, selon des photos diffusées en ligne. Le départ de la Fondation confirme qu’elle ne participera pas à la distribution de l’aide durant le cessez-le-feu.


Traduction : CB pour l’Agence Media Palestine 
Source : Mondoweiss

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