A peine une semaine après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, la situation reste extrêmement instable. Le régime génocidaire israélien continue de mener des opérations militaires sporadiques dans l’enclave palestinienne, en violation totale de l’accord. Dans le même temps, l’aide humanitaire reste extrêmement limitée, d’après des organisations et le personnel de santé sur place.
Par l’Agence Média Palestine, le 16 octobre 2025.

Il y a une semaine, dans la nuit du mercredi 8 au jeudi 9 octobre, un accord de cessez-le-feu était trouvé entre Israël et le Hamas, après deux ans de génocide dans la bande de Gaza. Depuis, la situation reste fragile. Après un échange entre otages israéliens et palestiniens au début de la semaine, les remises des dépouilles d’otages israéliens morts se sont poursuivies ces derniers jours. Hier, les tensions ont culminé après que le Hamas a annoncé avoir déjà restitué tous les corps en sa possession. Un peu plus tard dans la journée, le groupe armé a annoncé la remise de deux autres corps d’otages retrouvés dans les décombres.
Israël menace de reprendre les attaques dans l’enclave palestinienne
Cette annonce du Hamas a été utilisée par l’armée israélienne pour accuser le mouvement politique qui gouverne la bande de Gaza de violer les termes du cessez-le-feu entré en vigueur la semaine dernière. Le ministre de la Défense israélien Israël Katz en a profité pour menacer le Hamas d’une reprise des bombardements : “Si le Hamas refuse de respecter l’accord, Israël, en coordination avec les Etats-Unis, reprendra les combats et fera le nécessaire pour une défaite totale du Hamas”.
Des accusations balayées par le Hamas qui a notamment expliqué la complexité des recherches de corps d’otages israéliens dans les décombres d’une zone pilonnée sans relâche depuis plus de deux ans par l’armée israélienne : “Quant aux corps restants, ils nécessitent de grands efforts et des équipements spéciaux pour les rechercher et les extraire, et nous déployons de grands efforts pour clore ce dossier”.
Pour le moment, neuf corps d’otages israéliens ont été rendus sur les 28 morts en captivité, les deux derniers ayant été retournés hier soir. Le Hamas a réitéré sa promesse d’honorer l’accord et de retourner les corps restants une fois qu’ils auront été retrouvés : “Nous avons rempli notre engagement au titre de l’accord en remettant tous les prisonniers israéliens vivants, ainsi que les corps auxquels nous avons pu accéder […] Quant aux dépouilles restantes, leurs récupération et extraction nécessitent des efforts considérables et un équipement spécial.”
Le régime génocidaire israélien ne s’est d’ailleurs pas privé lui-même de continuer à attaquer les Palestiniens malgré l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 10 octobre dernier. Mardi 14 octobre, deux Palestiniens ont été tués par un drone israélien dans l’enclave palestinienne, à l’est de la ville de Gaza, dans le quartier de Shuja’iyya. L’armée israélienne a déclaré que ces derniers avaient traversé la ligne de démarcation vers une zone interdite. Une déclaration contredite par l’organisation israélienne de vétérans Breaking the Silence, qui a expliqué sur X : “Soyons clairs : cette ligne n’existe que sur une carte, pas sur le terrain. Des Palestiniens sont abattus pour avoir franchi une ligne dont ils ignorent même l’existence. Les mêmes règles d’engagement que celles observées près des « sites d’aide » du GHF et à travers la bande de Gaza : des “zones interdites” traversez-les, et vous vous faites tirer dessus.”
Ce matin aussi, une attaque de drone dans la ville de Bani Suhaila à l’est de Khan Younès a fait deux blessés palestiniens. Une des deux personnes est morte plus tard dans la matinée, après avoir succombé à ses blessures. L’autre est toujours dans un état critique. Un autre palestinien est mort dans la ville de Gaza, deux jours après avoir été touché par un tir israélien.
L’aide humanitaire entre au compte-gouttes
En parallèle de ces menaces israéliennes de briser le cessez-le-feu et des attaques qui continuent à faire des victimes parmi les Palestinien, la situation humanitaire dans la bande de Gaza est toujours aussi dramatique d’après le directeur de l’hôpital d’Al-Shifa, Mohammed Abu Salmiya. Ce dernier n’a constaté “aucun progrès notable en matière de services de santé ou de disponibilité des médicaments depuis le début du cessez-le-feu”, selon Al Jazeera.
En plus de cette non-amélioration, la libération de nombreux prisonniers palestiniens dans un état médical déplorable à cause des mauvais traitements dans les geôles israéliennes a provoqué une hausse du nombre de soins nécessaires.
Concernant justement les hôpitaux dysfonctionnels en raison du manque de personnel, d’équipements et de médicaments, plusieurs associations palestiniennes ont dénoncé le maintien en détention du directeur de l’hôpital Kamal Adwan, le docteur Hussam Abu Safia, enlevé par les forces israéliennes à la fin de l’année 2024. C’est le cas du centre Al Mezan pour les droits humains, qui a déclaré : “La détention prolongée sans inculpation du Dr Abu Safia, dans un contexte de témoignages documentés faisant état de tortures, de conditions de détention inhumaines et d’absence totale d’indication quant à sa libération, laisse penser qu’il est détenu en otage” […] Al Mezan met en garde contre le fait qu’Israël pourrait utiliser sa détention, ainsi que celle de milliers d’autres Palestiniens, comme moyen de pression politique dans les négociations de cessez-le-feu en cours.”
L’aide humanitaire devait affluer après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Pourtant, six jours plus tard, Israël limite toujours drastiquement son entrée. D’après les termes de l’accord, six cent camions devaient pénétrer chaque jour dans la bande de Gaza. En réalité, seuls 300 entrent en moyenne, tout juste la moitié. Une journaliste sur place, Hind Khoudary, témoigne à Al Jazeera : “ Les Palestiniens veulent de la nourriture, ils veulent un abri, ils veulent des médicaments. Les enfants n’ont rien. Ils ont besoin de vêtements, de chaussures, de kits d’hygiène, de fournitures médicales, et rien ne sera distribué à la population tant que les entrepôts ne seront pas bien approvisionnés. C’est pourquoi nous ne voyons aucune distribution sur le terrain pour le moment.”
D’après elle, les camions qui entrent sont des camions commerciaux. Ils transportent donc des biens destinés à être vendus, mais que les Gazaouis ne peuvent pas acheter puisqu’ils n’ont plus rien et que les banques n’ont toujours pas rouvert.
Pour justifier la division par deux du nombre de camions d’aide humanitaire à entrer chaque jour dans l’enclave palestinienne, les autorités israéliennes ont invoqué le soi-disant non respect des termes de l’accord de cessez-le-feu par le Hamas. Pourtant hier encore, l’ONU réclamait par la voix de Tom Fletcher, coordinateur des secours d’urgence des Nations Unies, l’ouverture de tous les points d’accès à la bande de Gaza pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire : “Nous voulons que ça se fasse maintenant, dans le cadre de l’accord”. Le point d’accès qui cristallise cette question est celui de Rafah, seule frontière terrestre avec l’Egypte.
De nombreux camions d’aide y sont stationnés, prêts à délivrer leur cargaison aux Palestiniens. Ce point de passage devait ouvrir hier mais son ouverture a été retardée par les autorités israéliennes. Ces dernières ont d’ailleurs annoncé que le point de passage ouvrirait pour les déplacements de personnes mais pas pour faire entrer de l’aide humanitaire. Israël tient à garder la mainmise sur les conditions de distribution de cette aide en maintenant son transit par le seul point de passage de Kerem Shalom dans le sud du pays.
Pour autant, les Palestiniens se réjouissent de l’entrée des quelques camions d’aide humanitaire qui arrivent au bout du processus d’entrée dans la bande de Gaza, malgré les lenteurs administratives volontairement mises en place par le régime génocidaire. Un habitant palestinien raconte à Al Jazeera : “Par la grâce de Dieu, nous avons enfin commencé à recevoir de l’aide humanitaire. Je me suis rendu au marché et j’ai acheté des légumes en conserve. J’ai commencé à voir de la viande et du poulet à des prix abordables, comparé au passé. Je peux désormais mettre de la nourriture sur la table, et comme vous pouvez le voir, mes enfants mangent un repas décent, grâce à Dieu. Je prie pour que l’avenir nous réserve des jours plus heureux.”
Des propos tempérés par Amjad Shawa, directeur du réseau des ONG palestiniennes : “Le chemin vers la reprise est long. La crise alimentaire à Gaza ne sera pas résolue par quelques camions… Il faudra des efforts soutenus pour lutter contre la famine généralisée qui sévit à Gaza depuis près de deux ans.”
Pour cela, il faudra également que l’accord de cessez-le-feu ne se brise pas dans les prochaines semaines lorsque les prochaines étapes du plan seront discutées. Le dirigeant génocidaire Benjamin Netanyahu a déclaré dans une interview sur CBS son intention de parvenir à une démilitarisation totale du Hamas : “Premièrement, le Hamas doit rendre les armes, et deuxièmement, il faut s’assurer qu’il n’y a pas d’usines d’armes à Gaza. Il ne doit pas y avoir de trafic d’armes vers Gaza. C’est cela la démilitarisation.”.
En attendant, c’est bien l’armée israélienne qui continue d’assassiner des Palestiniens après près d’une semaine de cessez-le-feu officiel. D’après les derniers chiffres du ministère de la santé gazaoui publiés hier, au moins 67938 personnes sont mortes depuis le 7 octobre 2023 dans l’enclave palestinienne.



