La détention illégale du docteur Hussam Abu Safiya prolongée de six mois par Israël

Emprisonné depuis 10 mois sans inculpation ni procès, le médecin avait été pressenti pour faire partie des prisonniers libérés lundi dernier, et de nombreux appels internationaux exigent sa libération.

Par l’Agence Média Palestine, le 17 octobre 2025



De nombreux défenseurs des droits des Palestiniens voient en Hussam Abu Safia l’incarnation de la résilience des médecins palestinien-nes, alors qu’Israël a systématiquement pris pour cible le secteur de la santé à Gaza pendant plus de deux ans.


Durant des semaines, le docteur Hussam Abu Safiya a été le seul médecin restant à l’hôpital Kamal Adwan, assiégé par Israël du 28 octobre au 27 décembre 2024.


« Le ciblage de l’hôpital est un crime contre le système de santé, et le monde doit y mettre fin immédiatement, car nous soignons les blessé·es tout en subissant des bombardements israéliens constants », déclarait-il alors. « Nous appelons le monde à arrêter la machine à tuer israélienne et à mettre fin immédiatement au ciblage de l’hôpital, qui est censé bénéficier d’une protection internationale. »


Il avait continué de soigner ses patient·es et d’appeler au respect du droit international, qui promet la protection des hôpitaux et des personnes qui s’y trouvent. Lorsque l’armée israélienne a lancé son assaut final sur l’établissement, des centaines de civils y vivaient encore, blessé·es, malades ou réfugié·es là après avoir été expulsé·es ou vu leurs maisons détruites.


Plus de 240 personnes ont été arrêtées lorsque l’armée israélienne a forcé l’évacuation de l’hôpital, et de nombreux témoignages rapportent que beaucoup ont été battu·es et humilié·es. Les patient·es et soignant·es ont été placé·es les bras levés, en sous-vêtement, entre deux rangées de blindés et une large partie de l’hôpital a été incendiée par l’armée israélienne. 


L’image du docteur Hussam Abu Safiyah se dirigeant, seul au milieu de gravats, vers les chars israéliens où les soldats l’avaient appelé pour l’arrêter, a fait le tour du monde, et suscité l’indignation générale et de nombreux appels à sa libération ainsi qu’à la fin du génocide et du ciblage des hôpitaux par Israël.


Une détention illégale et des traitements inhumains


« Depuis le début de la guerre contre la bande de Gaza, mon père a déployé des efforts colossaux pour soutenir le système de santé délabré et a apporté son soutien et son aide aux patients et à la population du nord de Gaza qui ont été confrontés aux conditions les plus difficiles d’un siège étouffant qui a duré 84 jours, y compris des bombardements continus, la faim, l’oppression et la privation », expliquait sa famille dans un communiqué paru quelques jours plus tard. « Au cours de cette période, notre père a perdu son fils bien-aimé, Ibrahim, et a été lui-même gravement blessé. Malgré cela, notre père a continué à accomplir son devoir en toute sincérité. Aujourd’hui, il est détenu dans la prison israélienne de Sde Teiman, connue pour ses crimes contre les prisonniers palestiniens ».


Malgré les appels internationaux exigeant sa libération, le docteur Hussam Abu Safiya est emprisonné depuis 10 mois, d’abord à Sde Teiman puis à la prison d’Ofer, en vertu de la loi sur les « combattants illégaux », soit sans connaissance des charges ni procès. Il s’est vu refuser l’accès à un avocat pendant 47 jours.


Son avocat affirme qu’il a été victime de torture, et des témoins rapportent qu’il a perdu près de 25 kilos, contracté la gale sans recevoir de traitement approprié, et verrait son état de santé général se détériorer gravement.


« Lors de sa dernière visite à la prison militaire d’Ofer début juillet 2025, l’avocate a rapporté que le Dr Hussam et d’autres détenus avaient été victimes d’agressions et de coups », a affirmé Amnesty International.


Les détenu·es palestinien·es et les groupes de défense des droits humains ont signalé des cas de torture, de violences sexuelles et d’autres conditions abusives dans les prisons israéliennes, des actes qui se sont encore multipliés pendant les deux années de guerre contre Gaza.

Beaucoup des prisonniers libérés lundi dans le cadre du cessez-le-feu présentent des signes de maltraitante et une perte de poids importante.


Sa détention prolongée de six mois


Hier, le tribunal de district de Bir al-Sabi’ a décidé de prolonger la détention du Dr Hussam Abu Safiya de six mois supplémentaires en vertu de la loi sur les combattants illégaux. L’avocat du Dr Abu Safiya a contesté la légalité de sa détention comme de sa prolongation, soulignant l’absence de toute preuve à charge et l’absence de toute accusation formelle à son encontre. 


Issam Younis, directeur du Centre pour les droits humains Al Mezan, dont est membre l’avocat du médecin, a déclaré dans un communiqué:


« La décision prise aujourd’hui de prolonger la détention du Dr Abu Safiya est totalement infondée et confirme une fois de plus qu’il est détenu en otage. Il n’a jamais été inculpé, s’est vu initialement refuser l’accès à un avocat et a subi des traitements inhumains depuis son enlèvement, notamment des tortures et la privation de nourriture, qui ont gravement nui à sa santé physique. Le Dr Abu Safiya n’a pas été autorisé à assister à l’audience en personne, mais notre avocat a déclaré qu’il désespérait d’être libéré. Lorsqu’il a eu la possibilité de s’exprimer, il a répété qu’il n’avait rien fait de mal et a demandé au tribunal pourquoi il avait été détenu en premier lieu. »


Al Mezan considère qu’Israël utilise la détention du Dr Abu Safiya, ainsi que celle de milliers d’autres détenu·es palestinien·nes, comme une monnaie d’échange pour créer un levier politique dans les négociations de cessez-le-feu en cours. « Traiter les détenus comme un levier politique de cette manière constitue une prise d’otages, ce qui est une violation flagrante du droit international humanitaire », ajoute le communiqué.


 »Al Mezan demande la libération immédiate et inconditionnelle du Dr Hossam Abu Safiya et de tous les autres Palestiniens détenus arbitrairement. Al Mezan appelle en outre la communauté internationale à prendre des mesures significatives pour faire pression sur Israël afin qu’il mette fin à son recours systématique et généralisé à la détention arbitraire des Palestiniens, les prenant en otage pour obtenir un avantage politique et les soumettant à la torture, à la famine et à d’autres formes de traitements cruels, inhumains et dégradants. »

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