Gaza, jour 754 : Israël massacre 110 Palestinien·nes en 24 heures 

L’armée israélienne a initié un massacre d’ampleur mardi soir dans la bande de Gaza, peu après avoir annoncé une vague de bombardements. Les attaques ont coûté la vie à 110 Palestinien·es, en plein cessez-le-feu. Ces violations s’ajoutent aux refus à répétition de lever les restrictions à l’entrée de l’aide humanitaire dans la bande de Gaza.

Par RM pour l’Agence Média Palestine, le 30 octobre 2025.

L’attaque a été lancée mardi 28 octobre en début de soirée. A l’origine de ce massacre, un prétexte opportunément saisi par le chef d’Etat génocidaire Benjamin Netanyahu. Alors que le Hamas avait annoncé la remise à la Croix Rouge d’une nouvelle dépouille lundi, les restes du corps ont été examinés par les autorités israéliennes et identifiés. L’otage en question s’appelait Ofir Tzarfati, et une partie de son cadavre avait déjà été rapatriée il y a deux ans. Un acte considéré comme “une violation flagrante” de l’accord de trêve par le bureau de Netanyahu. Suite à une réunion de sécurité conduite dans la foulée, les massacres ont commencé. 

Une nuit de bombardements meurtriers

Soutenu notamment par le Forum des familles d’otages (principale association israélienne militant pour le retour des Israéliens enlevés par le Hamas suite aux attaques du 7 octobre 2023), Netanyahu a saisi l’occasion pour “agir de manière décisive” contre l’organisation palestinienne, dans un élan va-t-en-guerre légitimé par cette association. Itamar Ben Gvir, ministre d’extrême-droite israélien chargé de la sécurité intérieure, a déclaré juste avant le début des bombardements : “Le Hamas continue de jouer et ne transfère pas immédiatement toutes les dépouilles[…]. Il est temps de lui briser ses jambes une bonne fois pour toutes”. 

Les bombes israéliennes ont frappé toute la bande de Gaza, de Khan Younès jusqu’à Gaza-ville dans le nord de l’enclave. Dans le quartier d’Al-Sabra, au sud de la ville, la famille Al-Banna a vu sa maison détruite, et avec elle plusieurs vies prises. Au centre de la bande de Gaza, une attaque particulièrement meurtrière a tué 18 Palestinien·es dans le camp de réfugiés d’Al Nuseirat, au centre de l’enclave. Non loin de là, dans le camp d’Inssan à Deir al-Balah, une frappe a tué cinq personnes dont plusieurs enfants, d’après l’agence de presse palestinienne Wafa

Au nord de l’enclave, à Beit Lahia, trois personnes sont mortes dans le bombardement d’une école abritant des déplacé·es. Ici comme ailleurs, de nombreux Gazaoui·es sont toujours coincés sous les décombres des habitations détruites. 

Le sud de la bande de Gaza n’a pas échappé à cette vague de frappes israéliennes. A Khan Younès, cinq civils sont morts dans le bombardement d’une voiture, tandis qu’une attaque sur le quartier d’Al-Qudra a causé la mort d’un homme et d’un enfant. Des tentes de déplacé·es ont été ciblées dans le camp d’Al Mawasi par des avions et des drones israéliens, faisant plusieurs blessés. Les attaques de l’armée israélienne se sont poursuivies dans la matinée, avant l’annonce par les autorités d’une reprise du cessez-le-feu à midi. 

Si les organisations internationales comme l’ONU et certains Etats occidentaux ont condamné cette nouvelle violation d’ampleur d’un cessez-le-feu qui semble n’en avoir que le nom, Trump a soutenu officiellement ces attaques contre la population gazaouie. Le président américain a invoqué le droit pour l’Etat israélien de riposter, après la mort d’un soldat de l’armée mardi après-midi dans une attaque attribuée au Hamas par le régime génocidaire (le groupe armé palestinien a nié la responsabilité de cette attaque). Une position qui renforce encore le sentiment d’impunité dont jouit l’Etat d’Israël, qui a enfreint le cessez-le-feu à de nombreuses reprises, à peine trois semaines après son entrée en vigueur. 

La population gazaouie traumatisée 

Cette nouvelle vague de massacres a coûté la vie à de nombreux Palestinien·nes, au moins 110 d’après le ministère de la Santé de l’enclave dont 46 enfants, et a aussi ravivé de nombreux traumatismes parmi les civils, déjà conscients de la fragilité du cessez-le-feu. Les espoirs de la population gazaouie ont été vite douchés, et les attaques israéliennes d’hier soir qui ont fait deux morts à proximité de Beit Lahya ne vont certainement pas arranger la situation. 

Khadija Al-husni, réfugiée au camp de Shati, s’est confiée à Al Jazeera : “Les dernières attaques ont eu lieu alors que les gens commençaient à respirer à nouveau, essayant de reconstruire leur vie […] Soit il y a une trêve, soit il y a une guerre, les deux ne peuvent pas coexister. Les enfants ne pouvaient pas dormir ; ils pensaient que la guerre était finie.”

Pour Hani Mahmoud, correspondant à Gaza-ville, “un bref espoir de calme s’est transformé en désespoir. Pour beaucoup de gens, cela rappelle cruellement les premières semaines du génocide en termes d’intensité et d’ampleur des destructions causées par les bombardements massifs sur la ville de Gaza” .

L’ONU a également condamné cette violation majeure du cessez-le-feu et ses conséquences psychologiques sur la population gazaouie déjà à bout de forces : “Les lois de la guerre sont très claires quant à l’importance primordiale de protéger les civils et les infrastructures civiles. Il est affligeant que ces morts interviennent alors que la population de Gaza (…) commençait à croire qu’il y avait un espoir que les violences prennent fin”. 

Un sentiment bien résumé par le témoignage de Mazen Shaheen, habitante de l’enclave palestinienne : “Nous avons commencé à nous remettre sur pied pendant les deux premières semaines après la guerre, mais ensuite, la trêve a été rompue ; heureusement, cela n’a pas duré longtemps. Nous n’avions même pas eu le temps de reprendre notre souffle que la deuxième rupture a eu lieu.” Et après la sidération, la peur et les espoirs brisés, vient le temps des interrogations : Où sont les garanties internationales qui avaient été promises ? Où sont les pays médiateurs qui ont contribué à négocier le cessez-le-feu et se sont engagés à en assurer la poursuite ?” .

Israël a violé 125 fois le cessez-le-feu depuis son entrée en vigueur le 11 octobre dernier, d’après le Bureau des médias gazaoui. 

Israël continue de bloquer délibérément l’aide humanitaire 

L’accord de cessez-le-feu signé le 10 octobre devait permettre l’entrée massive de denrées alimentaires, de matériel médical et d’un grand nombre d’autres produits de première nécessité dans la bande de Gaza étranglée d’une main de fer par le blocus israélien. Rappelons qu’il y a deux mois, l’ONU alertait sur la famine qui menaçait de s’étendre à toute l’enclave palestinienne. Pourtant, trois semaines après le début de la trêve, force est de constater qu’Israël manque gravement à ses obligations. 

L’ONG Médecins Sans Frontières réclamait encore hier dans un communiqué “un acheminement massif et sans entrave de l’aide humanitaire, afin de soulager les souffrances de la population et de lui permettre de vivre dans des conditions sûres et dignes” . L’organisation affirme qu’Israël continue d’utiliser le blocage de l’aide humanitaire comme une arme de guerre. 

D’après les ONG, la baisse des températures va aggraver rapidement la situation humanitaire, alors que les déplacé·es  suite aux bombardements à répétition dans l’enclave survivent toujours entassés dans des camps où tout manque : nourriture, tentes, matériel de soins… Le directeur de la Société de secours médicale à Gaza a annoncé que 40% des patient·es en attente d’un rein sont morts faute d’assistance médicale. 350 000 patient·es diabétiques dans l’enclave ne sont pas suivis. Pour cette organisation de santé, le système de soins s’effondre au-delà de ce que l’on peut imaginer, aboutissant à un “abandon médical incontrôlé causé par le siège”. 

Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a de nouveau réclamé la levée totale des blocages de l’entrée de l’aide humanitaire dans son dernier point quotidien publié hier soir : “Pour mener à bien le plan humanitaire de 60 jours, l’ONU et ses partenaires humanitaires ont besoin que le cessez-le-feu soit respecté. Mais ils ont également besoin de points de passage plus fonctionnels, de la levée des obstacles bureaucratiques, d’itinéraires sûrs et viables à l’intérieur de Gaza, d’un accès sans entrave, y compris pour les ONG, et d’un financement continu.” Le point de passage de Rafah, lieu-clé pour l’acheminement de l’aide humanitaire, reste fermé à ce jour. malgré les demandes d’ouverture répétées de la communauté internationale. 


Si l’entrée en vigueur du cessez-le-feu a permis une augmentation de l’entrée de cette aide humanitaire tant attendue, les obstacles israéliens sont toujours présents et l’arrivée de la nourriture et du matériel de première nécessité jusque dans les mains des civils gazaouis reste un véritable parcours du combattant : “les partenaires humanitaires affirment que les gens ont du mal à se procurer de la viande, des légumes et des fruits, et que la plupart des familles dépendent des céréales, des légumineuses et de petites quantités de produits laitiers“.

La situation dans la bande de Gaza reste extrêmement fragile, et les violations du cessez-le-feu par Israël compliquent la délivrance de l’aide. Nous n’en sommes pourtant qu’à la première phase de ce plan. La seconde prévoit le désarmement du Hamas, une condition terrible qui risque de compromettre définitivement la trêve. 70% des Palestinien·nes seraient d’ailleurs opposés à cette mesure, qui laisserait le pays sans défense face au régime colonial israélien. Le dernier bilan du ministère de la Santé gazaoui fait état de 211 morts palestinien·es et près de 600 blessé·es depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, portant le bilan total des morts palestiniens depuis le 7 octobre 2023 à 68 533 personnes. 

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