Gaza, jour 765 : « Le génocide n’a cessé que dans les médias »
Israël procède à des meurtres de Palestinien-nes et continue d’orchestrer la famine à Gaza, en violation de ses engagements dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu signé il y a une mois.
Par l’Agence Média Palestine, le 10 novembre 2025

Deux Palestinien-nes, dont un enfant, ont été assassiné-es par un drone israélien à l’est de Khan Younis aujourd’hui. Trois autres ont été assassiné-es samedi dernier. Le premier a été tué dans le camp de Bureij. Les deux autres ont été tué-es à proximité de la « ligne jaune », cette ligne invisible qui délimite la zone de contrôle israélien.
Un enfant palestinien est mort samedi également, tué dans le déclenchement d’un engin explosif laissé par les forces israéliennes dans la ville de Khan Younis. Les munitions non-explosées sont une grave menace pour les habitant-es de Gaza qui retournent sur les sites bombardés et inspectent les gravats, et les enfants en sont les premières victimes.
« Le génocide n’a cessé que dans les médias », déplore Manar Jendiya, une habitante de Gaza dont la sœur a été tuée par Israël il y a deux semaines. Dans une interview au média Middle East Eye, elle rapporte des explosions quotidiennes et des tirs israéliens qui continuent de faire des morts et des blessés, tandis que des drones survolent la région en diffusant des enregistrements inquiétants.« [Les médias] ont cessé d’en parler, mais pour nous, il se poursuit toujours. »
L’accord de « paix » à Gaza, porté par Donald Trump, a été conclu il y a désormais un mois, mais la situation depuis n’est pas si différente sur le terrain. 241 Palestinien-nes ont été assassiné-es par Israël depuis le début du prétendu « cessez-le-feu », et Israël continue d’imposer des restrictions criminelles à l’entrée d’aide alimentaire.
« Famine orchestrée »
Le porte-parole de la Maison Blanche, Dylan Johnson, se félicitait dimanche dans une interview pour Al Jazeera de ce que les États-Unis « mènent actuellement un effort historique pour répondre aux besoins critiques des Gazaouis », insistant sur le fait que l’administration du président américain Donald Trump s’engage à traiter les Palestiniens « avec dignité et respect ».
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), seule la moitié de l’aide alimentaire nécessaire parvient actuellement à Gaza, tandis que le bureau des médias du gouvernement de Gaza a déclaré jeudi que depuis le début du cessez-le-feu, seuls 28 % du nombre convenu de camions d’aide humanitaire ont été autorisés à entrer, soit un total de 4 453 véhicules, bien en deçà des 15 600 promis. Cela représente une moyenne de 171 camions humanitaires, bien en deçà des 600 prévus par l’accord.
Dans la journée d’hier, dimanche 10 novembre, 270 camions sont entrés dimanche à Gaza par le point de passage de Kerem Abu Salem (appelé Kerem Shalom en Israël) et la porte d’al-Karara (Kissufim, pour les Israéliens), ont rapporté nos collègues sur le terrain. Parmi ces livraisons figuraient 126 camions d’aide humanitaire, 127 camions transportant des marchandises commerciales, 10 camions-citernes et 7 camions transportant du gaz de cuisine.
Le bureau des médias accuse également Israël de « famine orchestrée », affirmant que les autorités israéliennes ont interdit l’entrée de plus de 350 produits alimentaires de base, notamment les œufs, la viande, le fromage, les légumes et les compléments alimentaires, tout en autorisant la vente (à des prix exorbitants) de produits de faible valeur nutritive tels que les boissons gazeuses, le chocolat et les chips.
« Cela prouve que l’occupant met délibérément en œuvre une politique de manipulation alimentaire comme arme contre les civils », a déclaré le bureau de presse dans un communiqué.
La menace de l’hiver
Outre la nourriture, l’eau et les médicaments, Israël bloque également des livraisons de matériaux et véhicules de construction destinés à entamer les travaux de réhabilitation des bâtiments partiellement détruits, et de reconstruction des autres, totalement détruits. Israël bloque également l’entrée de tentes, en violation de ses engagements dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.
Selon un sondage récent de l’Institut palestinien pour le progrès économique et social, 72,8 % des gazaoui-es vivent actuellement dans une tente, contre 63,9 % en août dernier. Avec 80 % des structures détruites à Gaza depuis deux ans et les déplacements répétés des 2 millions d’habitant-es, l’arrivée de l’hiver constitue une menace vitale pour la population.
« Les vieilles tentes usées que possèdent les gens ici ne les protégeront pas du froid et de la pluie », craint un habitant d’un camp de tentes, qui explique manquer de tout, de la literie aux vêtements chauds. « Une partie est vendue au marché noir à des prix élevés, bien au-delà des moyens d’une personne moyenne qui n’a pas de travail, pas de revenus et qui a tout perdu pendant deux ans de guerre. »
L’an dernier, l’hiver avait coûté la vie à au moins 17 Palestinien-nes, principalement des enfants. Ce chiffre ne comprend pas les décès liés à des maladies bénignes qui, faute d’infrastructure médicale fonctionnelle, n’ont pas pu être traitées. L’hiver qui arrive est annoncé par les météorologues comme rude, et les habitant-es sont encore plus vulnérables que l’an passé.
« C’est une autre forme de guerre, celle que vivent toutes les familles déplacées, privées des moyens de subsistance élémentaires », explique un mère palestinienne sur Middle East Eye. « J’ai frôlé la mort avec mes enfants à de nombreuses reprises, non seulement à cause des missiles et des incendies, mais aussi à cause des maladies, de la faim, de la chaleur estivale, des insectes, du froid hivernal et du manque d’hygiène. »



