L’armée israélienne a tué quatre Gazaouis durant les dernières 24 heures. Un Palestinien est mort dans un bombardement sur le camp de Jabalia hier dans la soirée, tandis que trois autres ont été la cible d’une attaque à proximité de Khan Younis, dans le sud de l’enclave palestinienne. Ces exécutions portent le bilan humain à 260 Gazaouis assassinés depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu il y a 34 jours.
Par l’Agence Média Palestine, le 13 novembre 2025.

C’est un communiqué de l’armée israélienne qui a annoncé le résultat de l’opération militaire hier. Les soldats auraient “identifié quatre terroristes armés du côté est de la ligne jaune, dans la zone sous contrôle opérationnel israélien”. Ils ont été abattus dans une zone sous contrôle d’Israël, à l’est de la ligne jaune. Quant au quatrième palestinien assassiné, il se trouvait dans le nord de la bande de Gaza, au sein du camp de réfugiés de Jabalia, lorsqu’il est tombé sous les tirs de l’armée israélienne.
Des campagnes de bombardements violentes
Ce jeudi matin, à l’aube du 34ème jour de cessez-le-feu à Gaza, l’armée israélienne a conduit des raids d’ampleur du nord au sud de l’enclave palestinienne : au nord à proximité de Beit Lahya, à l’est de la ville de Gaza et enfin à Khan Younis, dans les zones sous contrôle d’Israël.
D’après Al Jazeera, “Les Palestiniens ont entendu le bruit des explosions au cours des quatre dernières semaines, depuis l’annonce du cessez-le-feu qui était censé mettre fin à tous les actes de violence sur le terrain.L’armée israélienne a continué à démolir et à faire exploser de nombreux bâtiments résidentiels encore debout.”
1500 immeubles ont été détruits dans les zones contrôlées par Israël depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. D’après la BBC, “les nouvelles photos […] montrent que des quartiers entiers contrôlés par les Forces de défense israéliennes (FDI) ont été rasés en moins d’un mois, apparemment à la suite de démolitions”. Ces images satellites analysées par la BBC montre surtout la rigueur méthodique avec laquelle Israël s’emploie à détruire les infrastructures restantes sur la bande de Gaza déjà meurtrie par deux ans de bombardements intenses.
D’ailleurs, d’après la BBC elle-même, “le nombre réel de bâtiments détruits pourrait être nettement plus élevé, certaines zones n’étant pas couvertes par les images satellites utilisées par BBC Verify pour son évaluation.” Dans de nombreux quartiers situés derrière la ligne de démarcation qui marque le début du territoire de l’enclave sous contrôle de l’État génocidaire israélien, des comparaisons d’images avant/après le cessez-le-feu mettent en lumière la destruction de quartiers entiers jusqu’alors épargnés par l’artillerie israélienne.
Les responsables de l’armée d’occupation justifient ces opérations par une supposée nécessité sécuritaire : “Selon l’accord, toutes les infrastructures terroristes, y compris les tunnels, doivent être démantelées dans toute la bande de Gaza. Israël agit en réponse aux menaces, aux violations et aux infrastructures terroristes.” Pourtant, plusieurs experts dénoncent des destructions qui contreviennent aux termes du cessez-le-feu, à l’image de H.A. Hellyer, chercheur anglais spécialisé dans les questions de sécurité : “Il s’agit clairement d’une violation du cessez-le-feu mais Washington refuse de le reconnaître comme tel, insistant sur le fait que le cessez-le-feu doit être respecté, même s’il n’est pas réellement respecté.”
90% de la végétation de la bande de Gaza est détruite
Les bombardements emportent des immeubles, des infrastructures de santé et d’éducation, mais aussi la végétation de l’enclave palestinienne. Trop peu abordée, cette conséquence des campagnes aériennes militaires de l’armée israélienne est pourtant fondamentale. C’est ce qu’a rappelé le maire de Khan Younis hier dans une déclaration où il affirme que 90% de la végétation de la bande de Gaza a été dévastée.
Ce drame pour l’écosystème local entraîne des nuisances directes pour les conditions de vie des Palestiniens dans l’enclave, d’après Alaa Al-Batta (le maire de Khan Younis) : “Tout a été
détruit à Gaza dans le cadre d’un plan étudié et systématique, y compris la surface agricole. Nous sommes confrontés à une véritable catastrophe qui entraîne la propagation de maladies et d’épidémies.”
En août dernier déjà, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture avançait ce terrible chiffre : 98,5% des terres agricoles de l’enclave palestinienne avaient été détruites ou rendues inaccessibles. A la mi-octobre, Said Alsaloul, un Palestinien de Gaza, témoignait à Al Jazeera de la destruction du champ d’oliviers de sa famille : “Les bombes ont cessé, mais tout est dévasté […] L’objectif de l’occupant était non seulement de rendre les Palestiniens de Gaza sans abri, mais aussi incapables de subvenir à leurs besoins. Il est bien sûr beaucoup plus facile de déraciner les personnes dépossédées et appauvries, celles qui ont perdu leur lien avec la terre.”
En août dernier, ils ont pénétré la parcelle de sa famille et “déraciné 55 oliviers, 10 palmiers et cinq figuiers”. A Gaza comme en Cisjordanie, l’armée israélienne s’emploie à la destruction des vies palestiniennes, des habitations mais aussi de toutes les cultures qui garantissent l’autonomie alimentaire de la population.
16 500 Gazaouis attendent une évacuation d’urgence
Aux destructions des terres et des infrastructures dans l’enclave s’ajoute le manque criant de matériel médical pour les malades. D’après le dernier bilan du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), 165 personnes ont été évacuées de la bande de Gaza pendant le premier mois de cessez-le-feu. C’est seulement 20 personnes de plus qu’au mois précédent, quand la guerre génocidaire israélienne battait son plein. D’après OCHA, “16 500 personnes nécessitent toujours des soins médicaux spécialisés urgents en dehors de Gaza”. Et pour cause, malgré le cessez-le-feu, 60% des infrastructures de santé dans l’enclave palestinienne sont toujours à l’arrêt.
L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) a quant à elle annoncé que plus de 700 000 mouvements de population à l’intérieur de la bande de Gaza ont été enregistrés depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Sur les 2,1 millions de Palestiniens à Gaza, près de la moitié sont des réfugiés internes.
L’aide humanitaire peine toujours à arriver dans la bande de Gaza malgré le nombre d’ONG présentes à proximité des territoires palestiniens avec du matériel médical, de la nourriture et des tentes à disposition. Israël continue en effet de restreindre drastiquement l’entrée de ces biens dans l’enclave palestinienne. D’après OCHA, plus de 3550 tonnes de matériel ont été empêchées d’entrer dans la bande de Gaza par l’État génocidaire.
Israël a communiqué hier sur la réouverture immédiate du point de passage de Zikim au nord de la bande de Gaza, après plus de deux mois de fermeture et après de multiples appels de la communauté internationale. En attendant, Hani Mahmoud, reporter pour Al Jazeera, raconte une situation qui s’aggrave de jour en jour sur le terrain : “Les nuits commencent à devenir très froides et bientôt, nous allons connaître de fortes précipitations. Les tentes qui abritent les personnes déplacées ne sont pas adaptées pour résister à ces conditions météorologiques à l’approche de l’hiver.” Depuis le 7 octobre 2023, 69187 Gazaoui-es sont morts et 170 703 blessés, d’après le dernier bilan du ministère de la Santé de l’enclave publié aujourd’hui.



